Abdallah Oumbadougou, de Desert Rebel

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La chanteuse camerounaise Sally Nyolo, Amazigh Kateb, de Gnawa Diffusion, ou encore Guizmo, de Tryo, tous se sont associés au bluesman touareg du Niger, Abdallah Oumbadougou, pour mener à bien le projet de culture équitable Desert Rebel. L’album est né au début du mois de novembre et tout ce monde se retrouve sur scène, mardi, au Cabaret Sauvage, à Paris, pour un concert exceptionnel.

« Si c’est bien ce projet que nous réalisons, c’est vous que j’attendais depuis des années. » C’est ce qu’a déclaré le chanteur nigérien Abdallah Oumbadougou à Farid Merabet, à la fin de l’année 2004, lorsque le producteur est venu le chercher au Niger pour lui proposer de collaborer à un projet musical basé sur le principe de l’échange équitable. L’idée était de réunir des artistes d’horizons divers autour du chanteur touareg et de son groupe, Takrist n’Tada, afin de composer un album dont les revenus lui profiteraient. 6% iront ainsi à ses deux écoles de musique, à Agadez et à Arlit, « après amortissement des frais de production ». Le projet a donné naissance début novembre à Desert rebel.

Amazigh Kateb et ses musiciens de Gnawa Diffusion, le guitariste de la Mano Negra, Daniel Jamey, Imothep, d’Iam ou encore Guizmo, l’énergique chanteur de Tryo, se sont associés à Abdallah pour interpréter ses plus fameux titres de blues du Sahara et apporter leur touche dans de nouvelles créations. Amazigh et Guizmo s’en donnent ainsi à cœur joie dans 70 litres, sur un tempo reggae roots qu’ils affectionnent. Dans Yangogo, sur un air rythmé par le soufle du vent, Sally Nyolo répond à Abdallah Oumbadougou qui souffre de la difficulté de devenir un homme et de rompre le cordon ombilical.

« Les Touaregs ne rêvent pas de l’Europe »

« C’est une nuit sur la dune de Tigidit, à 70 Km d’Agadez, que nous avons commencé à jouer ensemble et à travailler sur la chanson Salam aleikoum », se remémore Abdallah, assis sur une parcelle d’herbe, sur les hauteurs du parc des Buttes Chaumont, à Paris. Ont suivit des dizaines de concerts, en France, au Canada, en Espagne, avant les séances d’enregistrements dans des studios français. Bien trop de temps passé loin de chez lui. « J’ai besoin d’espace, devant et derrière moi », plaide-t-il, coincé en plein coeur de Paris. Pour se rendre au bureau de la production, dans le quartier de la Bastille, les bâtiments ne l’aident pas à se repérer, au contraire.

desert-rebel.jpgAbdallah Oumbadougou a pris la route en 1984, à pied, pour travailler sur les chantiers de Tamanrasset le jour et jouer de la guitare la nuit. « En 1985, je faisais parti des gens refoulés, se souvient-il, le chech sur le visage tombant sur un épais pull en laine. Les clandestins africains rêvent de l’Europe et viennent à Tamanrasset pour cela. Nous (Touaregs) ne rêvons pas de l’Europe mais nous allons en Algérie, au Mali ou en Libye car nous sommes de la même famille. » Alors il ne tarde pas à regagner « Tam », où « seuls les policiers » lui compliquent la vie. Il commence à se faire un nom dans la communauté touareg, lorsqu’il part travailler à Sebha, dans le sud de la Libye, où les combattants des camps libyens viennent le chercher. Ils l’invitent à les accompagner dans les camps d’entraînement de Tripoli, où il est accueilli « comme un roi ».

C’est cette histoire des combattants touaregs que François Bergeron raconte, toujours dans le cadre du projet « Desert Rebel », dans un film dont la sortie est prévue pour noël 2006. Comme ses compatriotes du groupe Tinariwen, Abdallah fait alors de ses chansons une arme. C’est le cas d’un titre, qui circulait sur des cassettes enregistrées dans des conditions rudimentaires, où il lance un SOS à ses compatriotes alors qu’il est encerclé par l’armée, avec des combattants, sur le sommet d’une montagne.

Un poste radiocassette contre une guitare

Le jeune Abdallah ne se destinait pas à cette vie. « Je suis fait pour la musique », assure-t-il de ses grands yeux noirs, et d’un ton doux dont on ne le croit pas capable sur scène. « Quand j’entendais de la musique dans la rue, n’importe où, je m’arrêtais. » Un jour, sur un marché à Arlit, il demande à son père de lui acheter un poste radiocassette à 17 500 FCFA. « Il y avait une cassette que je n’arrêtais pas d’écouter. C’était de la musique soudanaise, je crois, qui ressemble parfois à la musique saharienne, avec des claviers et du saxo. » L’année suivante, il tombe sur une guitare dont le prix est fixé à 15 000 FCFA. Il se sépare de son poste et achète la guitare. « Je ne savais pas la régler et quelqu’un m’a aidé un an après. Deux ans plus tard, une personne m’a donné des cours. »

Aujourd’hui, Abdallah parle de l’amitié et de l’amour, dans ses chansons, mais aussi de l’éducation, des problèmes d’eau ou encore de la question touareg et de l’« unité » chère aux Etats sahariens. « Nous avons besoin de sentir que le gouvernement comprend que nous sommes Nigériens, explique-t-il. Mais il faut que l’on ait les mêmes choses qu’au sud. » Et que l’Etat ne prenne pas l’uranium qui pollue la région d’Arlit, où il est produit, sans profiter au nord. « Je vois des choses qui se passent dans mon pays qui ne sont pas normales. Vous êtes où les gens qui ont de l’amour pour le pays ? »

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