Inside Man, un polar efficace

Avec Denzel Washington et Chiwetel Ejiofor dans les rôles principaux, Spike Lee revient avec Inside Man, un polar cosmopolite, à l’image de New York, qui se place dans la grande tradition américaine des films de braquage.

Par Mame Diarra

Les films de Spike Lee donnent envie de participer à un tournage, ne serait-ce que pour l’ambiance qu’on devine explosive derrière chaque scène. Et on le ressent encore plus en voyant Inside Man, une histoire de braquage filmée nerveusement avec de fréquents allers-retours. Les buildings sont, cette fois, mis en lumière, les statues ou les gargouilles figées dans les édifices de l’establishment new-yorkais, avec cette Manhattan « Trust » Bank, en décor principal. La confiance, donc, pour des clients qui ne se doutent pas un instant qu’ils vont participer à un braquage aux méthodes rares et aux motifs obscurs, que l’on découvrira grâce à une intrigue parfaitement ficelée et une réalisation maîtrisée pour surprendre le spectateur jusqu’à la dernière minute.

Jeu de pistes

En maître de cérémonie, Spike Lee distille donc les éléments, joue avec la caméra, contourne, survole, trace, capte l’expression d’un visage, fait parler l’humour des citoyens new-yorkais de tous horizons : un employé de banque sikh, une aguichante traductrice albanaise, un flic d’origine italienne aux euphémismes étranges, un gamin mordu de jeux vidéos violents, pour nous plonger dans un univers cosmopolite, récurrent dans ses films, à travers une cohabitation spatiale restreinte et révélatrice. Mais la diversité est là, celle qui manque tant dans le cinéma français avec ce casting à faire pâlir d’envie nos acteurs de la métropole. Et si de grands comédiens tiennent les rôles principaux, le reste de l’équipe enthousiasme : chaque réplique, chaque plan, ayant son importance. Le réalisateur a un constant souci du détail, comme un jeu de labyrinthe avec des indices qui mèneront au dénouement final.

Et Vive New York…

Spike Lee y situe donc l’action du film avec des personnages réalistes auxquels on pourrait s’identifier, leur humanité étant véritablement accentuée par une situation extrême. Le tout accompagné d’une bande son rythmée qui fait rêver cette grande mégalopole américaine, avec une mention spéciale pour Brooklyn, le quartier où le réalisateur a grandi, sans oublier les références à la politique internationale de Bush, mais lâchées de façon décalée et comique. Et si le réalisateur a toujours été engagé dans la représentation visuelle de la communauté noire dans presque tous ses films, leur donnant de beaux rôles, on sent avec Inside Man, une ouverture plus grande, une universalité dans la distribution des rôles, un peu comme dans La 25e heure où le personnage principal était un Blanc joué par Edward Norton. Ici, c’est Clive Owen qui fait face à Denzel Washington en inspecteur malin, secondé par l’acteur britannique Chiwetel Ejiofor en collaborateur, puis Jodie Foster surprenante et inattendue en négociatrice à talons hauts, ou encore Christopher Plummer en banquier altruiste. Tous réunis ici pour notre plus grand plaisir. Inside Man, se déguste donc à petit feu et se digère ensuite avec milles commentaires. Alors, à vos sièges !

 Inside Man, L’homme de l’Intérieur,

Un film de Spike Lee,

Sortie le 12 avril.

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