Industrie militaire : Maroc et Algérie, deux modèles opposés


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Comparatif entre un blindé marocain et un blindé algérien
Maroc et Algérie développent leurs industries d'armement à travers des partenariats étrangers, selon deux modèles de production et de contrôle industriel distincts.

Les premières tourelles de combat assemblées au Maroc doivent être livrées à l’armée en mars 2027. Le Royaume y voit une production nationale, alors que capitaux et technologies viennent d’Israël et d’Inde. L’Algérie, associée depuis 2011 à des industriels allemands dans des usines dont l’État détient la majorité, a fait un autre choix.

Selon Reuters, l’entreprise Moroccan Military Industry (MMI) commencera en mars 2027 à livrer aux Forces armées royales (FAR) des tourelles téléopérées de 30 millimètres. Elles équiperont les blindés WhAP 8×8 que l’indien Tata Advanced Systems fabrique à Berrechid, au sud de Casablanca, et dont les premiers exemplaires ont été remis à l’armée fin 2025. Environ un tiers des composants de ces véhicules sont aujourd’hui produits sur place, l’objectif étant d’atteindre 50 %.

Une filiale d’Elbit au cœur du dispositif

Le contrat de référence remonte à février 2026. Elbit Systems annonçait alors la vente, à un « client international » rapidement identifié comme le Maroc, de tourelles UT30 MK2 et de leurs munitions, pour environ 277 millions de dollars étalés sur trois ans. MMI, présentée par plusieurs médias spécialisés comme la filiale marocaine du groupe israélien, en assure le volet local dans la zone franche de MidParc, près de l’aéroport Mohammed V.

Sa branche munitions tourne déjà à Sidi Yahya du Gharb, près de Kénitra. L’usine produirait des obus de 155 mm et de 30 mm aux normes de l’OTAN, avec une capacité annoncée de plus de 250 000 munitions par an. Les six références fabriquées figurent au catalogue d’Elbit, et certaines matières premières critiques restent importées.

MMI insiste sur son caractère national car 99 % de ses salariés, ingénieurs compris, seraient marocains, a assuré sa direction à Reuters. L’argument permet à Rabat de parler de production nationale, alors que l’origine israélienne de la technologie reste politiquement sensible.

La dépendance vis-à-vis d’Israël en question

Cette implantation prolonge une relation devenue centrale depuis la normalisation avec Israël, en décembre 2020, et le protocole de coopération militaire de novembre 2021. Elbit a depuis vendu au Maroc 36 obusiers ATMOS 2000 pour quelque 370 millions de dollars, préférés aux Caesar du français KNDS, ainsi que des lance-roquettes PULS pour environ 150 millions. Selon le SIPRI, Israël est devenu le troisième fournisseur d’armes du Royaume, avec 11 % de ses importations.

Le dirigeant de MMI affirme à Reuters qu’un pays européen membre de l’OTAN doit acheter des équipements fabriqués au Maroc, sans en préciser l’identité, les volumes ni le calendrier. Aucun acheteur n’a été identifié publiquement à ce jour. Il faut rappeler que les équipements dérivés de technologies israéliennes restent en principe soumis, pour toute vente à un pays tiers, au contrôle qu’Israël exerce sur l’exportation de son savoir-faire de défense.

En Algérie, l’État reste majoritaire

L’Algérie s’est engagée plus tôt dans la production locale, en gardant le contrôle du capital. Dès 2011, son ministère de la Défense nationale s’est associé à l’allemand Rheinmetall et au fonds émirati Aabar pour fabriquer des blindés Fuchs 2 à Aïn Smara, près de Constantine, avec un objectif de 1 200 véhicules en dix ans. L’entité publique EDIV détient 51 % de Rheinmetall Algérie, le groupe allemand 5 %. Les moteurs MTU de ces engins sont produits à Oued Hamimime, dans la même région.

Sous la supervision de la direction des fabrications militaires du ministère, des véhicules Mercedes-Benz sortent aussi des usines de Tiaret et de Rouiba. Ils équipent l’Armée nationale populaire, le ministère de l’Intérieur, la police et des entreprises publiques et privées, ce qui ouvre à la filière des débouchés civils. L’établissement de constructions mécaniques de Khenchela, actif depuis 1990, revendique une fabrication entièrement locale, et un établissement spécialisé de l’armée développe ses propres drones, dont l’Aurès 700.

La technologie des blindés reste allemande mais contrairement à l’accord entre israël et le Maroc, l’État algérien conserve  la décision sur ce qui est produit, et pour qui.

Des budgets en hausse des deux côtés

Alger consacre plus de 3 200 milliards de dinars à la défense dans sa loi de finances 2026, environ 24,5 milliards de dollars. Rabat a prévu 157 milliards de dirhams, soit quelque 17 milliards de dollars, en hausse de 18 %. La montée en puissance des usines marocaines n’a pas encore réduit les achats à l’étranger et en mars, le SIPRI a classé le Royaume premier importateur d’armes d’Afrique sur la période 2021-2025, avec des importations en hausse de 12 %. Les achats algériens recensés ont reculé sur la même période.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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