Maroc-Israël : Netanyahou embarrasse Mohammed VI, une normalisation déjà minoritaire


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Le Maroc et Israël : Mohammed VI et Netanyahu
Le Maroc et Israël : Mohammed VI et Netanyahu

Deux affaires distinctes ont mis au jour, à cinq mois d’intervalle, des propos racistes visant des Marocains dans l’entourage de Benyamin Netanyahou. La dernière touchant directement son épouse Sara. Officiellement, Rabat n’a pas réagi. Dans les faits, cette normalisation avec Israël que Mohammed VI poursuit  n’a jamais recueilli l’adhésion des Marocains et à peine 6 % d’entre eux se disent aujourd’hui favorables à la reconnaissance d’Israël, selon le dernier Indice arabe. Les insultes ne vont pas améliorer cela.

Une normalisation minoritaire

Cette normalisation reste un choix porté par Mohammed VI et le Palais et rejeté par l’opinion. Selon l’Indice arabe 2025, publié en janvier 2026 par le Centre arabe de recherche et d’études politiques de Doha, 89 % des Marocains sondés se disent opposés à la reconnaissance d’Israël, contre 6 % favorables. C’est un chiffre en chute constante depuis les 20 % enregistrés en 2022, au lendemain de la signature des accords d’Abraham. Le Maroc figure ainsi parmi les opinions publiques arabes les plus hostiles à la normalisation, aux côtés de la Libye, de la Jordanie et du Koweït.

Ce décalage nourrit une lecture critique portée depuis 2020 par les partis hostiles à la reprise des relations, à commencer par le PJD. Elle a resurgi avec force après l’affaire Ziv Agmon en mars dernier, plusieurs commentateurs marocains y voyant moins un dérapage individuel qu’un symptôme du regard porté sur le partenaire marocain depuis Tel-Aviv. Un texte de Jeune Indépendant évoquait à ce sujet « l’impensé colonial et la condescendance structurelle » qui, selon l’auteur, sous-tendrait la relation. Deux affaires distinctes, à cinq mois d’intervalle, viennent aujourd’hui nourrir cet argumentaire.

L’affaire Agmon, point de départ, la plainte Ben Hamo, dernier épisode en date

En mars 2026, la chaîne Channel 12 avait diffusé des enregistrements de Ziv Agmon, porte-parole et chef de cabinet par intérim de Benyamin Netanyahou, dans lesquels il qualifiait un député du Likoud d’origine marocaine de « Marocain attardé » et un autre de « babouin », avant d’ajouter, à propos des origines des Marocains : « d’où viennent nos Marocains. D’Afrique. Babouin, c’est un singe. » Netanyahou avait d’abord maintenu son collaborateur en poste malgré le tollé, avant de céder à la pression de son propre camp : Ziv Agmon a quitté ses fonctions début avril 2026.

Cinq mois plus tard, Rami Ben Hamo, qui a travaillé plus d’une décennie au bureau du Premier ministre israélien et à sa résidence officielle, a déposé plainte mardi devant le tribunal régional du travail de Jérusalem. Il réclame 450 000 shekels (environ 115 000 euros) de dommages et intérêts, affirmant avoir subi, pendant plusieurs années, des humiliations quotidiennes de la part de Sara Netanyahou dont une expression visant directement ses origines : « Marocain peu raffiné », selon la traduction reprise par plusieurs médias, d’autres versions évoquant un « Marocain non civilisé » ou un « Marocain arriéré ».

L’ancien salarié affirme aussi voir été soumis à des cadences de travail dépassant le cadre légal, jusqu’à 80 heures supplémentaires par mois selon sa plainte, et obligé de faire des taches dégradantes. Sa procédure n’est pas isolée car un autre employé de la résidence en avait engagé une similaire un mois plus tôt, et plusieurs anciens membres du personnel de Sara Netanyahou ont déjà obtenu des indemnisations pour des faits comparables. Le bureau du Premier ministre a rejeté ces nouvelles accusations, les qualifiant de « fake news » relevant, selon lui, d’une manœuvre politique visant Benyamin Netanyahou à l’approche d’échéances électorales.

Pendant ce temps, la coopération s’approfondit

Ces polémiques successives n’ont eu, jusqu’ici, aucune incidence visible sur la coopération israélo-marocaine. Les liens militaires se sont au contraire renforcés au cours de l’année : en janvier 2026, à l’occasion du cinquième anniversaire de la normalisation issue des accords d’Abraham, les armées des deux pays ont signé un plan de travail militaire conjoint lors de la troisième réunion de leur commission militaire mixte, tenue à Tel-Aviv. L’armée israélienne a qualifié le Royaume de « partenaire clé pour la stabilité régionale ».

Sur le dossier palestinien, Rabat continue en parallèle de défendre mollement la création d’un État palestinien dans les frontières de juin 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, une position rappelée à plusieurs reprises en 2026 par le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita. Le 5 août, le Royaume a participé, représenté par son ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi, à une réunion ministérielle tenue à Amman sur la protection d’Al-Qods et de ses lieux saints, où il a réaffirmé son soutien aux droits du peuple palestinien. Une ligne à double sens que porte sur un fil d’équilibriste Mohammed VI, premier soutien d’Israël et en même temps président du Comité d’Alqods, sans jamais la rouvrir au débat public.

À la date du 27 août 2026, la diplomatie marocaine n’a pas réagi publiquement à l’affaire Ben Hamo, tout comme elle avait gardé le silence après l’affaire Agmon en mars. Un silence que deux occurrences en cinq mois rendent plus commenté, car comme le dit l’adage, qui ne dit mot consent.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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