Il faut revenir à un commerce équitable

L’Etat ivoirien entend réguler la libéralisation de la filière cacao et veut faire entendre sa voix au sommet de la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’agriculture et l’alimentation). Alphonse Douati, ministre ivoirien de l’Agriculture, revient sur les grandes lignes de sa politique.

Depuis cette saison, les producteurs ivoiriens de cacao sont assurés d’un seuil minimum pour écouler leur produit. 325 F CFA le kilo. De passage à Paris où il participe au salon européen du chocolat, Alphonse Douati, ministre de l’Agriculture, insiste sur la révolution de la filière du cacao et du café. Interview express.

Afrik : Quelle est la situation du cacao ivoirien ?

Alphonse Douati : Par le passé, c’était l’Etat qui gérait la filière cacao, mais nous avons procédé à sa libéralisation. Nous avons constaté que la libéralisation n’a pas été suivie de mesures d’accompagnement. Donc, nous avons pris des mesures de régulation.

Afrik : Quelles sont, concrètement, ces mesures ?

Alphonse Douati : Nous avons créé trois organes de régulation et inclus les producteurs dans la prise de décision. Nous avons aussi créé un fonds de 9 milliards de F CFA pour les producteurs du cacao. L’organisme réunissant exportateurs et producteurs a convenu de fixer un prix minimum de 325 F CAF le kilo de cacao. C’est une première, une révolution dans la filière ! Cela représente pour le producteur un gain de 125 F CFA par kilo. L’Etat gagne 125 milliards de F CFA !

Afrik : Le président de l ‘Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire (ANAPROCI ), Henri Amouzou, se montre réticent quant à vos réformes…

Alphonse Douati : Nous n’avons aucun problème avec les producteurs. La bourse du café et du cacao a voulu s’arroger des prérogatives qui ne sont pas de son ressort. Le président Laurent Gbagbo a signé un décret pour la création d’un organe de régulation et de contrôle. L’organisation de gestion du fonds des producteurs nous a demandé de remettre à ces derniers une somme de 7 milliards. Nous l’avons fait. Aujourd’hui, la filière jouit de la transparence.

Afrik : Quelles sont les priorités de la filière du cacao ?

Alphonse Douati : Le cacao jouit d’un nouveau cadre. Nous axons notre action sur l’insertion des nationaux dans le marché avec une meilleure approche. Le but de notre démarche est la lutte contre la pauvreté.

Afrik : Avez-vous reçu des garanties sur l’aide européenne ?

Alphonse Douati : Le principe est acquis. Nous sommes actuellement dans la période du ciblage des priorités. Pour l’instant, les discussions se portent sur le café.

Afrik : L’Association des pays producteurs de café (ACPC), dont fait partie la Côte d’Ivoire, arrête ses activités en janvier 2002. Elle a échoué à contrôler les prix des cours mondiaux …

Alphonse Douati : Non, nous ne sommes pas retirés de cette organisation et nous essayons de convaincre nos partenaires de revoir leur position. Il ne faut pas casser ce genre d’institutions mais les réorganiser, réduire les coûts de fonctionnement

Afrik : Quelle position allez-vous défendre au sommet de FAO ?

Alphonse Douati : Les filières agricoles sont dans une situation très précaire. Au sommet de la FAO, nous allons plaider pour un commerce plus équitable.