
Un an après son arrivée au ministère des Relations avec le Parlement, Guy Loando Mboyo a fait du dialogue entre l’Exécutif et le Législatif sa priorité. Académie parlementaire, suivi des recommandations adressées au gouvernement, coordination de l’agenda législatif : à 43 ans, cette figure de la majorité présidentielle consolide sa place dans le dispositif de Félix Tshisekedi.
Kinshasa, 13 août 2025. Costume sombre impeccable et large sourire comme à son habitude, Guy Loando Mboyo prend officiellement possession de son nouveau ministère. Depuis quatre ans, cet avocat occupait sans discontinuer le portefeuille de l’Aménagement du territoire. Quelques jours plus tôt, le président Félix Tshisekedi l’a nommé ministre d’État chargé des Relations avec le Parlement dans le gouvernement Suminwa II.
Le changement de décor est important. Celui de méthode, beaucoup moins. À peine installé, Guy Loando fixe sa priorité : « renforcer le dialogue républicain entre le Gouvernement et le Parlement » et poursuivre, dit-il, « avec le même esprit de réforme » le travail engagé dans ses précédentes fonctions. Une déclaration d’intention rapidement suivie de rencontres avec les responsables des institutions, dont le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, afin d’améliorer la coordination entre action gouvernementale et travail législatif.
À 43 ans, Guy Loando connaît déjà bien les deux côtés du Palais du Peuple. Élu sénateur de la Tshuapa en 2019 avant d’entrer au gouvernement en 2021, il a également été élu député national en décembre 2023 et de nouveau sénateur en 2024. Une expérience parlementaire qui lui donne une connaissance directe d’une institution dont il est désormais l’un des principaux interlocuteurs au sein de l’Exécutif.
De l’Aménagement du territoire au Parlement
Son passage à l’Aménagement du territoire lui a surtout donné une réputation de ministre réformateur. Lorsqu’il quitte le ministère en août 2025, la RDC vient d’adopter sa première loi consacrée à l’aménagement du territoire depuis l’indépendance, remplaçant un cadre réglementaire remontant à… 1957. Sous son mandat ont également été élaborés une politique nationale d’aménagement du territoire, un schéma national d’aménagement du territoire, des guides méthodologiques pour les provinces et un géoportail national. Plus de 500 agents ont par ailleurs été mécanisés en quatre ans.

À son arrivée aux Relations avec le Parlement, Loando entend appliquer la même méthode à un portefeuille moins visible mais politiquement sensible : organiser, anticiper et fluidifier. « Guy a de très bonnes relations avec la Première ministre et les différents responsables au sein des deux assemblées. Il sait mettre de l’huile dans les rouages institutionnels », résume un ministre. Dans un système politique où le gouvernement doit composer avec une majorité parlementaire aussi large qu’hétérogène, cette capacité de médiation est tout sauf accessoire. « Il est à la fois très proche du président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji, et de celui du Sénat, Sama Lukonde, un atout considérable à son poste », souligne un membre du premier cercle du chef de l’Etat.
Quelques jours seulement après son installation, le nouveau ministre rencontre ainsi le vice-premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito, pour préparer le passage du projet de loi de finances 2026 devant le Parlement. Le budget, rappelle alors Loando, se prépare, se fait approuver, s’exécute puis se contrôle : son ministère doit donc disposer suffisamment tôt des informations nécessaires pour assurer l’interface entre les deux pouvoirs.
Une Académie pour professionnaliser les parlementaires
Mais son projet le plus emblématique est ailleurs. Le 21 octobre 2025, deux mois après son arrivée, Guy Loando et le ministre de la Formation professionnelle, Marc Ekila, signent l’arrêté créant la première Académie parlementaire de RDC, l’APA-RDC. L’objectif est de créer un lieu permanent de formation et de recherche consacré au droit et aux pratiques parlementaires, accessible aux élus mais également aux personnels travaillant avec les institutions. Pour Loando, l’Académie doit devenir une école de « professionnalisme parlementaire ».
Le dispositif est complété par un mécanisme de suivi des recommandations adressées par le Parlement à l’Exécutif. En janvier 2026, le ministre réunit membres du gouvernement, secrétaires généraux et experts pour examiner leur niveau d’exécution. Derrière la mécanique administrative se joue une question plus politique : celle de la redevabilité du gouvernement devant les élus.
En mai, reçu par Félix Tshisekedi, Loando fait encore du suivi de l’agenda législatif et des textes prioritaires du gouvernement le cœur de ses échanges avec le chef de l’État. Une fonction d’intermédiaire qu’il semble avoir progressivement transformée en centre de gravité de son ministère.

« À ce poste, Guy est comme un poisson dans l’eau », observe un proche du président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara. « Il est extrêmement loyal envers le président Tshisekedi mais c’est quelqu’un de très ouvert, qui n’est pas sectaire et qui est capable de parler avec des gens qui ne sont pas de son camp », fait quant à lui observer un ancien ministre.
Très politique
Car Loando n’est pas seulement technicien. Fondateur du parti Agissons pour la République (AREP), membre de la coalition AB (Agissons et Bâtissons), il construit depuis plusieurs années sa propre implantation politique, notamment dans le Grand Équateur. Son parcours atypique, qu’il a retracé dans une autobiographie parue récemment aux Editions Baudelaire, nourrit cette ambition. Né en 1983 à Bokungu, dans l’actuelle province de la Tshuapa, fils d’enseignants, il étudie le droit à l’Université de Kinshasa avant de devenir avocat d’affaires et de se spécialiser dans le secteur minier. Il crée ensuite son cabinet, GLM & Associates, puis développe plusieurs activités entrepreneuriales avant de faire son entrée en politique.
Cette trajectoire ascensionnelle lui vaut d’être particulièrement scruté. Son nom est apparu en juillet 2025 dans une enquête de l’OCCRP et de la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique portant sur des marchés liés à des infrastructures routières. Loando en a vigoureusement contesté les conclusions. Interrogé, il a expliqué que les faits évoqués concernaient une période antérieure à 2019 alors qu’il n’était encore qu’avocat et a assuré n’avoir participé « ni de près ni de loin » à la gestion quotidienne ou aux opérations bancaires de la société, liée à des intérêts chinois, mise en cause dans le travail des journalistes.
Mais Guy Loando n’en a cure. Le cuir épais, il continue de tracer sa route. Un an après son changement de portefeuille, il semble avoir trouvé un poste à sa mesure : moins exposé que certains ministères régaliens, mais placé au cœur de la mécanique du pouvoir. Entre une Présidence qui fixe le cap, un gouvernement qui doit le transformer en textes et un Parlement qui les examine et les vote, Guy Loando occupe un espace qu’il connaît bien : la discussion et la négociation. A Kinshasa où les rivalités politiques restent vives, aplanir les différends et faire dialoguer les institutions entre elles n’est pas un mince exploit.




