
L’ancien ministre zambien Mutotwe Kafwaya, 49 ans, est mort après avoir été touché par balle lors d’une opération menée par les forces de sécurité à Lusaka, au lendemain de l’élection présidentielle. Son décès, confirmé plusieurs jours après les faits, intervient dans un contexte politique marqué par des contestations électorales et des inquiétudes sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées les élections.
Les autorités zambiennes ont confirmé la mort de Mutotwe Kafwaya après une opération conjointe des forces de sécurité menée vendredi 18 juillet à Lusaka, au lendemain de l’élection présidentielle. L’ancien ministre aurait été mortellement blessé lors d’une intervention sur une propriété présentée par les autorités comme appartenant à l’opposant Brian Mundubile.
Selon la police, les agents auraient essuyé des tirs à leur arrivée sur les lieux. Les forces de sécurité auraient alors riposté. « Au cours de l’intervention, un homme non identifié a été mortellement blessé et l’arme à feu a été récupérée », a déclaré la police qui a précisé que des membres de la famille ont par la suite identifié la victime comme étant Kafwaya.
Onze personnes ont également été arrêtées au cours de cette opération. Les autorités accusent le parti de Brian Mundubile, le NRPUP, d’activités liées à une insurrection, à une milice ainsi qu’au stockage d’armes de guerre. Des accusations fermement rejetées par l’opposant, qui les qualifie de « fabrications totales ». Brian Mundubile affirme par ailleurs que la propriété visée par le raid était sa propre résidence.
Retour sur le parcours de l’ancien ministre
Mutotwe Kafwaya avait fait son entrée au Parlement en 2016. Il avait ensuite rejoint le gouvernement de l’ancien président Edgar Lungu et a occupé successivement les fonctions de ministre des Travaux à partir de 2018, puis celles de ministre des Transports l’année suivante.
Après la défaite d’Edgar Lungu face à Hakainde Hichilema lors de la présidentielle de 2021, Kafwaya avait conservé son mandat parlementaire dans l’opposition.
La confirmation tardive de son décès suscite de nombreuses interrogations. Brian Mundubile avait déclaré mardi n’avoir reçu aucune information sur le lieu où se trouvait l’ancien ministre après avoir appris qu’il avait été blessé par balle lors de l’opération. Face à la pression publique qui exigeait des explications aux autorités, la police a officiellement confirmé la mort de l’ancien ministre mercredi.
Une présidentielle sous tension
Le décès de Kafwaya intervient dans un contexte politique déjà tendu après l’élection présidentielle. Selon les résultats officiels, le président sortant Hakainde Hichilema a remporté un deuxième mandat de cinq ans avec environ 60 % des suffrages. Brian Mundubile, arrivé en deuxième position avec 38 %, conteste le résultat et a annoncé son intention de saisir la justice. L’opposant dénonce des irrégularités dans le processus de décompte.
Si les observateurs régionaux et internationaux ont décrit le jour du scrutin comme globalement pacifique, plusieurs d’entre eux ont exprimé des préoccupations concernant les conditions ayant précédé l’élection. La mission d’observation de l’Union européenne a évoqué des restrictions de campagne et un accès limité aux médias.
Dans son rapport publié mercredi, la mission européenne a également relevé une dégradation importante du processus de compilation des résultats après une suspension de six heures.
En effet, la Commission électorale avait interrompu les opérations en invoquant des violences visant son personnel et des allégations de vol d’urnes. Les observateurs ont signalé des retards dans l’inscription des résultats sur les procès-verbaux, des faiblesses dans la vérification entre les données numériques et les documents papier ainsi que plusieurs interruptions dans les centres de compilation. La présence importante de militaires dans certains centres a également été perçue comme intimidante par les observateurs européens.
Les droits humains au cœur des inquiétudes
Dans ce climat post-électoral tendu, la Commission des droits de l’homme de Zambie a appelé les autorités à faire toute la lumière sur le sort des personnes arrêtées ou dont la localisation demeure inconnue dans le cadre des opérations de sécurité.
L’institution demande que toute personne maintenue en détention au-delà du délai légal soit inculpée et présentée devant la justice ou libérée. Elle réclame également des enquêtes indépendantes sur les éventuelles détentions arbitraires et disparitions signalées depuis les opérations sécuritaires.



