
L’annonce était plus ou moins attendue, mais elle ravive une question qui n’a jamais complètement disparu du débat politique bissau-guinéen. Umaro Sissoco Embaló, renversé par les militaires en novembre 2025 alors que les résultats de la Présidentielle tardaient à être publiés, affirme désormais qu’il sera candidat au prochain scrutin. Son retour annoncé en Guinée-Bissau, après plusieurs mois d’exil, donne un relief nouveau aux accusations selon lesquelles le coup d’État aurait pu servir ses intérêts.
« Oui, je serai candidat », a déclaré l’ancien Président, ce lundi 28 septembre. Le scrutin présidentiel et législatif est prévu le 6 décembre. Selon plusieurs sources, Embaló devrait rentrer au pays le 4 octobre. Les autorités de transition ne semblent pas vouloir s’y opposer. Fernando Vaz, porte-parole du gouvernement installé par les militaires, rappelle que tout citoyen bissau-guinéen dispose du droit de rentrer dans son pays et de présenter sa candidature, sous réserve de l’examen des conditions légales.
Un coup d’État au moment le plus sensible
Le calendrier des événements de novembre 2025 reste au cœur des interrogations. Le 23 novembre, les Bissau-Guinéens avaient voté pour choisir leur Président. Umaro Sissoco Embaló et son principal adversaire, Fernando Dias, avaient tous deux revendiqué la victoire. Trois jours plus tard, alors que la Commission électorale devait annoncer les résultats provisoires, des militaires prenaient le contrôle du pays et suspendaient le processus électoral.
La Commission électorale a ensuite déclaré ne plus être en mesure d’achever le scrutin : des bulletins, des procès-verbaux et les serveurs contenant les données électorales avaient été saisis ou détruits. Aucun résultat définitif de cette élection n’a donc permis de départager les deux camps. C’est dans ce contexte que Fernando Dias et d’autres responsables de l’opposition avaient accusé Umaro Sissoco Embaló d’avoir organisé ou favorisé un « faux coup » destiné à empêcher une éventuelle défaite. Ces accusations ont également été relayées par certains observateurs et acteurs de la société civile. Elles n’ont toutefois jamais été établies par une enquête publique permettant de conclure que l’ancien Président avait effectivement orchestré le putsch.
Une transition qui change les règles du jeu
Depuis, la junte a fixé au 6 décembre la nouvelle Présidentielle et les législatives. Mais elle a également profondément modifié le cadre institutionnel. Selon les résultats provisoires proclamés par la Commission électorale, le texte soumis à référendum le 30 août a recueilli 70 % des suffrages exprimés. C’est un texte renforçant considérablement les pouvoirs du Président, notamment sa capacité à nommer et révoquer le Premier ministre et le gouvernement, ainsi qu’à dissoudre le Parlement dans certaines circonstances.
L’opposition, notamment le PAIGC de Domingos Simoes Pereira, avait appelé au boycott de cette consultation et dénoncé les restrictions imposées pendant la transition. Pour elle, l’enchaînement des événements alimente le soupçon d’un processus politique préparé pour favoriser certains acteurs.
Mais un élément complique aussi la lecture d’un éventuel scénario préparé pour le retour d’Umaro Sissoco Embaló : la nouvelle Constitution prévoit cinq années de résidence continue en Guinée-Bissau pour pouvoir briguer la Présidence. Or Embaló a quitté la Guinée-Bissau après le putsch de novembre 2025 et réside depuis lors à l’étranger. Cette absence paraît difficilement conciliable avec l’exigence de cinq années de résidence continue. La question de son éligibilité devra donc être tranchée par les institutions compétentes.
Le retour d’Embaló comme révélateur
L’annonce de sa candidature ne constitue donc pas, à elle seule, une preuve que le coup d’État de novembre 2025 aurait été orchestré par l’ancien Président. Elle donne cependant de nouveaux arguments à ceux qui, depuis le début, considèrent que l’interruption du processus électoral a pu profiter à son camp. Il faudra maintenant suivre de près la succession des événements à partir du retour annoncé de l’ancien dirigeant.
Les conditions de son retour, la décision sur son éligibilité, la liberté d’action de l’opposition et la transparence du scrutin permettront surtout de mesurer la nature du rapport qui s’est installé entre l’ancien Président et le pouvoir issu du 26 novembre 2025.





