
Le gouvernement kényan a annoncé, hier jeudi, que 19 citoyens kényans avaient trouvé la mort alors qu’ils combattaient sur le front ukrainien dans les rangs de l’armée russe. Trente-deux autres sont portés disparus et deux sont détenus comme prisonniers de guerre en Ukraine. Ces déclarations interviennent alors que plusieurs enquêtes documentent le recrutement de ressortissants africains dans l’armée russe. Ce, sur fond de promesses d’emplois, de rémunérations élevées et de naturalisation accélérée.
Le ministre kényan des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi, a déclaré, ce 7 mai 2026, devant une commission sénatoriale que 19 Kényans avaient trouvé la mort sur le front ukrainien. Il a également indiqué que 32 autres étaient portés disparus au combat, tandis que deux citoyens kényans sont détenus comme prisonniers de guerre en Ukraine. Selon le chef de la diplomatie kényane, le nombre de Kényans enrôlés dans l’armée russe est passé de 250 à 291. Un porte-parole du ministère kényan des Affaires étrangères a confirmé à l’AFP que les décès signalés étaient survenus sur la ligne de front ukrainienne.
Rapatriements et discussions avec Moscou
Musalia Mudavadi a précisé que 53 recrues kényanes avaient jusqu’à présent été rapatriées. Il a affirmé que de nouveaux éléments avaient été révélés concernant des Kényans enrôlés dans les forces spéciales russes. Le ministre s’était rendu à Moscou, en mars, afin de s’entretenir avec de hauts responsables russes au sujet de l’enrôlement de citoyens kényans dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Cette visite intervenait au moment où les critiques fusent au Kenya après plusieurs informations faisant état d’enrôlements forcés de ressortissants kényans.
D’après les services de renseignement kényans, le nombre réel de citoyens recrutés dans l’armée russe serait supérieur aux chiffres officiellement annoncés. Les estimations évoquent plus de 1 000 Kényans enrôlés après avoir été approchés par des recruteurs leur promettant des emplois lucratifs. Plusieurs enquêtes ont documenté des méthodes de recrutement ciblant des ressortissants africains. Des promesses de revenus élevés, d’emplois en Russie et de procédures accélérées de naturalisation auraient été utilisées pour attirer des candidats avant leur déploiement sur le front ukrainien.
Recrutement de ressortissants africains
Un rapport publié par l’ONG Inpact, en partenariat avec le projet Khachu Zhit/I want to live, affirmait, en février dernier, que 1 416 combattants originaires de 35 pays africains auraient été recrutés dans les rangs de l’armée russe depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022. Selon ce document, des réseaux composés d’intermédiaires locaux, d’agences de voyage, de campagnes ciblées sur les réseaux sociaux et d’anciens combattants participeraient au recrutement de ressortissants africains. Le rapport mentionne également des cas d’étudiants ou de travailleurs africains déjà présents en Russie qui auraient subi des pressions pour signer des contrats militaires.
Le rapport d’Inpact a fait état de 14 Sénégalais identifiés parmi les combattants africains recrutés dans l’armée russe. Six d’entre eux auraient trouvé la mort sur le front ukrainien. Les personnes décédées étaient âgées de 25 à 37 ans, selon les informations relayées par la presse sénégalaise à partir du document de l’ONG. Le rapport évoque des primes à la signature pouvant atteindre 30 000 dollars, ainsi que des salaires mensuels compris entre 2 200 et 2 500 dollars. Une assurance maladie et une naturalisation accélérée figuraient également parmi les promesses faites aux recrues étrangères.
Conditions de recrutement et de déploiement
Selon les informations compilées par les auteurs du rapport, la formation militaire dispensée aux recrues étrangères était parfois limitée à quelques semaines, voire quasi inexistante dans certains cas documentés. Les combattants étaient ensuite rapidement déployés dans les zones de combat. Le document indique également que plusieurs recrues n’auraient jamais obtenu la nationalité russe promise lors de leur engagement. Des retards administratifs et l’absence de régularisation auraient été signalés dans différents dossiers examinés par les auteurs de l’enquête.
En Afrique du Sud, les autorités ont confirmé le rapatriement de 17 ressortissants sud-africains impliqués dans la guerre en Ukraine. Le Président Cyril Ramaphosa a déclaré que ces citoyens, âgés de 20 à 39 ans, auraient été recrutés de force pour participer au conflit. Selon la Présidence sud-africaine, quatre hommes étaient déjà rentrés dans le pays, onze autres étaient en route et deux se trouvaient encore en Russie au moment de l’annonce. Une enquête officielle a été ouverte afin d’établir les circonstances de leur enrôlement et d’identifier d’éventuels réseaux impliqués.
Présence de combattants étrangers dans la guerre
Depuis le début de la guerre en Ukraine, plusieurs rapports indépendants ont confirmé la présence de combattants étrangers des deux côtés du front. L’Ukraine a officiellement mis en place une « Légion internationale » destinée aux volontaires étrangers. Du côté russe, les enquêtes évoquent des circuits de recrutement plus discrets reposant sur des contrats militaires, des réseaux d’intermédiaires et des campagnes ciblées à destination de ressortissants étrangers, notamment africains.




