L’Afrique vers un Mondial de… merde aux États-Unis de Trump !


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Le Président des Etats-Unis, Donald Trump
Le Président des Etats-Unis, Donald Trump

Il y a des phrases qui collent à l’histoire d’un dirigeant comme une tache indélébile. Lorsque Donald Trump avait qualifié plusieurs pays africains de « shithole countries » des « pays de merde », beaucoup avaient voulu croire à un simple dérapage vulgaire de plus, une outrance parmi tant d’autres dans la bouche d’un homme habitué à l’insulte comme méthode politique. Mais les années passent et une évidence s’impose : ce mépris n’était pas une maladresse. C’était une doctrine.

À l’approche de la Coupe du monde 2026 organisée en grande partie aux États-Unis, des milliers d’Africains découvrent aujourd’hui une réalité brutale : l’Amérique n’a jamais réellement voulu d’eux. Supporters, journalistes, entrepreneurs, artistes, familles, étudiants ou simples passionnés de football se heurtent à un mur administratif de plus en plus opaque. Refus de visas, délais interminables, exigences financières absurdes, suspicion systématique : pour beaucoup d’Africains, le rêve du Mondial américain tourne déjà au cauchemar.

Le plus ironique est que Washington adore pourtant parler d’ »inclusion », de « diversité » et de « rayonnement mondial du sport ». Les États-Unis veulent accueillir « le monde », mais à condition de pouvoir choisir soigneusement quelle partie du monde a le droit d’entrer sur leur territoire. Et l’Afrique, manifestement, reste coincée dans la catégorie des populations suspectes.

Présomption de culpabilité migratoire

Car derrière le durcissement des conditions de visa se cache une vérité que personne n’ose dire franchement : un Africain qui demande un visa américain est d’abord considéré comme un migrant potentiel avant d’être vu comme un visiteur. Peu importe qu’il ait un emploi stable, des revenus corrects ou une invitation officielle. Peu importe qu’il vienne simplement assister à un match ou couvrir la compétition. Il doit d’abord prouver qu’il ne représente pas une menace. Une présomption de culpabilité migratoire qui ne dit pas son nom.

Les témoignages se multiplient déjà dans plusieurs capitales africaines. Des demandeurs convoqués après des mois d’attente pour des entretiens de trois minutes. Des refus automatiques sans explication sérieuse. Des dossiers rejetés malgré des garanties financières solides. Des supporters qui économisent pendant des années pour réaliser un rêve et qui se retrouvent humiliés devant un guichet consulaire.

L’hypocrisie américaine atteint des sommets

Le football est pourtant présenté depuis toujours comme une fête universelle. Une Coupe du monde organisée sur le sol américain devrait être l’occasion de rapprocher les peuples, de célébrer la diversité des supporters et l’universalité du sport. Mais à voir le traitement réservé aux Africains, cette universalité a des frontières très précises.

L’hypocrisie américaine atteint ici des sommets. Les États-Unis passent leur temps à donner des leçons de démocratie, d’ouverture et de droits humains au reste de la planète. Ils sermonnent les autres pays sur les discriminations, les libertés et la circulation des personnes. Mais lorsqu’il s’agit d’ouvrir leurs propres frontières, le discours change brutalement. Le pays qui prétend incarner le « monde libre » devient une forteresse obsédée par le contrôle, la peur de l’étranger et la paranoïa migratoire.

Quand le soupçon reprend le dessus

Le plus choquant est sans doute l’inégalité flagrante du traitement réservé selon les origines géographiques. Un supporter européen ou canadien peut souvent voyager presque sans contraintes. Pour beaucoup d’Africains, en revanche, obtenir un visa américain relève du parcours du combattant. Comme si la passion du football avait plus de valeur lorsqu’elle vient du Nord.

Cette politique révèle aussi un rapport profondément paternaliste entre Washington et l’Afrique. Les États-Unis aiment l’Afrique lorsqu’il s’agit de matières premières, de marchés émergents, d’influence géopolitique ou de photos diplomatiques. Ils adorent les talents africains dans leurs universités, leurs laboratoires ou leurs clubs sportifs. Ils célèbrent les stars africaines lorsqu’elles enrichissent la culture mondiale. Mais dès qu’il s’agit d’accueillir massivement des citoyens africains ordinaires sur leur territoire, le soupçon reprend immédiatement le dessus.

Une Coupe du monde amputée

Le message implicite est limpide : l’Africain est acceptable tant qu’il est utile, exceptionnel ou rentable. Sinon, il devient un risque. Et pendant ce temps, la FIFA regarde ailleurs. Comme souvent. L’organisation aime se présenter comme une grande famille universelle mais demeure étrangement silencieuse lorsque les politiques migratoires des pays hôtes menacent l’accès même à la compétition. Pourtant, une Coupe du monde où des milliers de supporters africains ne peuvent pas voyager librement est une Coupe du monde amputée d’une partie essentielle de son âme.

Car personne ne peut sérieusement parler de football mondial sans l’Afrique. Le continent fournit des joueurs aux plus grands clubs, des talents aux plus grands championnats et une passion populaire incomparable. Les stades africains vibrent pour le football avec une intensité que beaucoup de pays riches ont perdue depuis longtemps. Exclure les supporters africains du Mondial par des barrières administratives revient à transformer cette compétition en événement réservé aux privilégiés des pays « bien classés » dans la hiérarchie mondiale des passeports.

Une relation de domination mondiale

Au fond, le visa est devenu l’un des instruments les plus brutaux des inégalités contemporaines. Un Européen voyage avec une facilité presque invisible tant elle lui paraît normale. Un Africain, lui, doit constamment prouver qu’il mérite de circuler. Une relation de domination mondiale derrière chaque demande de visa, où certains passeports ouvrent les portes et d’autres déclenchent immédiatement la méfiance.

Donald Trump exprime crûment ce qu’une partie de l’establishment américain pense tout bas depuis longtemps. Les mots étaient ignobles, mais les politiques qui suivent le sont parfois davantage encore parce qu’elles habillent le mépris de procédures administratives respectables. Le plus tragique est que beaucoup d’Africains continuent malgré tout de considérer les États-Unis comme un horizon ultime, un modèle ou un rêve inaccessible.

Pays de merde » : une simple phrase ou une vision du monde

Pourtant, l’Amérique actuelle envoie un signal on ne peut plus clair. Elle veut le prestige mondial de la Coupe du monde, les milliards générés par l’événement, les audiences planétaires et l’image d’ouverture qui l’accompagne. Mais sans les foules africaines jugées trop pauvres, trop nombreuses ou trop « à risque ». Une Coupe du monde sans les supporters africains ne serait pas seulement injuste. Elle serait profondément hypocrite.

Et peut-être qu’au fond, le véritable problème n’est pas que Trump ait insulté l’Afrique il y a quelques années. Le problème, c’est que l’Amérique semble aujourd’hui déterminée à prouver qu’il ne s’agissait pas seulement d’une phrase, mais d’une vision du monde.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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