Guerre au Moyen-Orient : le prix du carburant s’envole au Nigeria et en Sierra Leone après le blocage du détroit d’Ormuz 


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Une station-service
Des pompes dans une station-service

Le calme précaire qui régnait sur les marchés énergétiques mondiaux vient de voler en éclats. Dix jours après le déclenchement des frappes israélo-américaines sur l’Iran, l’onde de choc ne se limite plus aux chancelleries diplomatiques ou aux bourses occidentales. En Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement au Nigeria et en Sierra Leone, les automobilistes et les usagers des transports subissent de plein fouet les conséquences d’un conflit situé à des milliers de kilomètres.

L’escalade militaire au Moyen-Orient s’est transformée, en l’espace de quelques heures, en une crise du pouvoir d’achat immédiate pour des millions de foyers africains.

Un baril de pétrole en plein vertige mondial

L’élément déclencheur de cette crise est la panique qui s’est emparée des marchés financiers le lundi 9 mars. En une seule matinée, le prix du baril de pétrole a connu une ascension fulgurante de 30 %, franchissant la barre symbolique des 115 dollars. Cette flambée dépasse en intensité celle observée lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le verrouillage stratégique du détroit d’Ormuz, point de passage de 20 % du brut mondial, alimente toutes les craintes. Le Brent, référence internationale, s’est envolé pour atteindre 114 dollars. Il crée une pression insoutenable sur les pays importateurs mais aussi, paradoxalement, sur les producteurs dont les capacités de raffinage restent limitées.

La fin de l’essence à moins de 1000 nairas au Nigeria

Au Nigeria, géant pétrolier du continent, le statut de producteur ne protège plus de la volatilité des cours. En moins d’une semaine, le prix du litre d’essence a bondi de 20 %, brisant le plafond psychologique des 1000 nairas. Alors que le tarif stagnait autour de 835 nairas malgré la fin des subventions publiques l’an dernier, il s’affiche désormais à 1 095 nairas dans de nombreuses stations de Lagos. Bien que la raffinerie d’Aliko Dangote ait promis de prioriser le marché local pour éviter les pénuries physiques, la réalité économique s’impose aux pompes : le coût de l’énergie explose, et avec lui, toute l’économie domestique.

Le secteur des transports pris dans l’engrenage

L’impact le plus douloureux de cette crise se fait sentir dans les transports publics. À Lagos, les chauffeurs de bus n’ont eu d’autre choix que de répercuter cette hausse sur les passagers. Le trajet habituel de 800 nairas est passé à 1 000 nairas en quelques jours. Cette inflation des transports est un fardeau supplémentaire pour une population dont les salaires n’augmentent pas. L’inquiétude grandit chez les travailleurs qui craignent que la prolongation des hostilités au Moyen-Orient ne pousse les tarifs vers des sommets encore jamais atteints, transformant chaque déplacement quotidien en un défi financier.

Une vigilance accrue face aux risques de spéculation

Si la Sierra Leone et le Nigeria surveillent avec angoisse l’évolution du conflit, la situation est tout aussi tendue en Europe où le litre de gazole a parfois franchi la barre des 2,50 euros. Partout, les gouvernements tentent de s’organiser pour éviter que la panique ne mène à des abus commerciaux. Des contrôles quotidiens sont évoqués pour discipliner les distributeurs qui profiteraient de la conjoncture. En Afrique de l’Ouest, l’enjeu est double : maintenir l’approvisionnement pour éviter les scènes de cohue dans les stations et limiter la casse sociale dans une région où le prix du carburant reste le principal baromètre de la stabilité politique.

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
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