Gabon-Guinée équatoriale : après le verdict de la CIJ, Libreville et Malabo ouvrent un nouveau chapitre diplomatique


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Mbanié
Mbanié

Le différend territorial opposant le Gabon à la Guinée équatoriale est entré dans une nouvelle phase. Le siège de l’Union africaine a servi, ce mardi 28 juillet, de cadre à la signature d’un accord d’engagement conjoint entre les deux pays.

Si le bras de fer territorial qui empoisonne les relations entre le Gabon et la Guinée équatoriale depuis les années 1970 n’est pas totalement refermé, un pas important a tout au moins été franchi ce 28 juillet 2026. Dans la capitale éthiopienne, les représentants des deux pays ont signé un document clé, un accord d’engagement conjoint visant à appliquer la décision rendue par la Cour internationale de justice (CIJ) sur la souveraineté des îles de Mbanié, Cocotier et Conga.

Une décision judiciaire désormais irrévocable

La cérémonie, organisée sous les auspices de l’Union africaine, a réuni le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, le ministre équato-guinéen des Affaires étrangères, Simeón Oyono Esono Angüe, ainsi que le président de la Cour constitutionnelle du Gabon, Dieudonné Aba’a Owono. Ensemble, les trois responsables ont paraphé un texte instituant un mécanisme conjoint de concertation et de médiation chargé d’assurer le suivi technique de l’application de la décision internationale et de poursuivre les discussions sur les frontières terrestre et maritime.

Le 19 mai 2025, la Cour internationale de justice avait mis un terme à plusieurs décennies de procédures en donnant raison à la Guinée équatoriale sur la question de la souveraineté des trois îlots. La juridiction, saisie d’un commun accord par Libreville et Malabo en 2021, avait conclu que les arguments avancés par le Gabon ne permettaient pas de remettre en cause le cadre juridique hérité de la période coloniale.

Les juges avaient alors rappelé que la délimitation de la frontière terrestre devait s’appuyer sur la convention franco-espagnole de 1900, tandis que la frontière maritime devait être établie conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982. La signature de l’accord d’Addis-Abeba ne revient donc pas sur cette décision : elle en organise simplement la mise en œuvre dans un climat de coopération.

Des îles modestes, mais un enjeu énergétique majeur

Au cœur du différend figure Mbanié, une île d’environ trente hectares, accompagnée des îlots de Cocotier et de Conga, situés dans le golfe de Guinée. Leur superficie est modeste, mais leur position stratégique est considérable. Ces territoires se trouvent dans une zone maritime réputée riche en hydrocarbures et en ressources halieutiques. Depuis plusieurs décennies, les perspectives d’exploitation pétrolière alimentent les tensions entre les deux États. Chacun voit dans le contrôle de ces espaces un enjeu économique et géopolitique majeur.

Le contentieux a connu plusieurs épisodes de crispation, notamment dans les années 1970, lorsque les deux pays ont revendiqué simultanément leur souveraineté sur Mbanié. Malgré quelques tensions militaires limitées, Libreville et Malabo ont toujours privilégié les canaux diplomatiques, jusqu’à décider ensemble de porter leur différend devant la CIJ.

En accueillant la signature de cet accord, l’Union africaine confirme son ambition de promouvoir des solutions africaines aux différends entre États membres. Mahmoud Ali Youssouf a salué « l’engagement commun en faveur du dialogue, de la coopération, du bon voisinage et du règlement pacifique des différends dans un esprit d’unité africaine ». Cette déclaration illustre la volonté de l’organisation continentale de faire du respect du droit international et de la négociation les piliers de la stabilité régionale. Le nouveau mécanisme conjoint devra désormais accompagner les travaux techniques relatifs au tracé précis des frontières terrestres et maritimes, tout en veillant à prévenir toute résurgence des tensions.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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