Fibre optique transsaharienne : par Niamey, Alger retisse ses liens avec le Sahel


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Algérie-AES Alger renoue avec le Sahel
Après la crise diplomatique de 2025, l’Algérie a progressivement rétabli ses relations avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso, en s’appuyant sur la coopération énergétique, économique et sécuritaire

L’Algérie et le Niger ont mis en service mardi, à Assamaka, la liaison en fibre optique qui relie désormais leurs réseaux. L’inauguration consacre le rapprochement entre Alger et Niamey, au moment où les relations entre l’Algérie et le Mali connaissent un net dégel.

Le ministre algérien de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, et son homologue nigérien de la Communication et des Nouvelles technologies de l’information, Hamani Kargné, ont présidé la cérémonie de mise en service de la liaison en fibre optique mardi 6 octobre à Assamaka, à la frontière entre les deux pays.

La liaison relie In Guezzam, dans l’extrême Sud algérien, à l’axe Arlit-Agadez au Niger. Réalisée par les équipes d’Algérie Télécom et de Niger Télécom, elle dispose dès sa mise en service d’une capacité de 100 gigabits par seconde, qui pourra être augmentée en fonction de la croissance des échanges numériques. Il s’agit, selon le ministre algérien, de la première interconnexion transfrontalière effectivement mise en exploitation entre deux pays voisins dans le cadre de la Dorsale transsaharienne à fibre optique.

Pour Niamey, l’enjeu dépasse la vitesse de connexion. Hamani Kargné a présenté le projet comme un moyen de « désenclaver et connecter les populations, les administrations et les entreprises » aux réseaux national et mondial. Pays sans accès à la mer, le Niger dispose désormais d’une voie supplémentaire vers les infrastructures internationales de télécommunications et, à terme, vers les câbles sous-marins auxquels l’Algérie est connectée.

Un projet panafricain qui avance par tronçons

La Dorsale transsaharienne est issue du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Son comité de liaison, installé en Algérie, réunit six pays : l’Algérie, le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Mali et la Mauritanie.

L’Algérie a achevé depuis plusieurs années sa partie principale de 2 548 kilomètres de fibre optique entre Alger et In Guezzam, auxquels s’ajoute une liaison vers Tindouf, à proximité de la frontière mauritanienne. Alger affiche l’ambition de devenir un pôle régional de connectivité et de permettre aux États enclavés du Sahel d’accéder à la bande passante internationale qui transite par son territoire.

Au Niger, le projet a été lancé en 2017, mais les travaux n’ont réellement démarré qu’en 2021. En novembre 2025, les autorités ont procédé à la réception provisoire de 1 031 kilomètres de fibre optique, destinés à relier le réseau nigérien aux frontières algérienne, tchadienne, nigériane, béninoise et burkinabè. Le financement, d’environ 30 milliards de francs CFA, associe le Groupe de la Banque africaine de développement et une contribution de l’État nigérien.

Le Tchad constitue l’un des prochains maillons attendus. Sa composante prévoit 503 kilomètres de fibre entre Massaguet et la frontière nigérienne, via Massakory, Ngouri, Mao, Rig-Rig et Daboua. Lancés en 2023 grâce notamment à un financement européen administré par la BAD, les travaux connaissaient encore des retards au début de 2026. À l’échelle des six pays, plusieurs maillons manquent donc encore avant que la dorsale fonctionne comme un corridor continu.

Niamey, trait d’union entre Alger et Bamako

Le rôle du Niger ne se limite pas aux télécommunications cardepuis le début de l’année, Niamey a repris une place centrale dans la stratégie sahélienne d’Alger.

Après les attaques coordonnées du 25 avril contre plusieurs villes et positions militaires maliennes, menées notamment par le JNIM et le Front de libération de l’Azawad, l’Algérie a fermement condamné l’offensive. Deux jours plus tard, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a réaffirmé le soutien d’Alger à « l’unité du Mali, tant sur le plan territorial que sur celui de son peuple et de ses institutions », et son rejet de toutes les formes de terrorisme.

La rupture entre Alger et Bamako a ensuite pris fin et le 10 juillet, les deux pays ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture réciproque de leurs espaces aériens, après quinze mois de fortes tensions. L’International Crisis Group a salué cette détente et appelé les deux capitales à la consolider, en commençant par la sécurisation de leur frontière commune.

Niamey a joué un rôle discret dans ce rapprochement. Michaël Béchir Ayari, analyste principal à Crisis Group, a évoqué en juillet sur RFI une « médiation claire et nette du Niger », entamée avant même les attaques d’avril. Le Niger avait lui-même normalisé ses relations avec Alger quelques mois plus tôt.

Et demain, Bamako ?

Ce contexte donne à l’inauguration d’Assamaka une portée politique. Le câble s’inscrit dans une stratégie algérienne de retour au Sahel par les infrastructures et la coopération économique, après plusieurs années d’éloignement.

Le Mali demeure membre du comité de liaison. Un projet présenté dès 2011 prévoyait 942 kilomètres de fibre entre Bamako, Gao, Kidal et la frontière algérienne, avec une branche vers le Niger par Ansongo et Labbezanga.

Son tracé traverse une partie des régions les plus instables du nord du Mali, ce qui suppose d’abord de sécuriser la zone frontalière. C’est précisément la priorité que Crisis Group fixe aux deux capitales. À Assamaka, Sid Ali Zerrouki a d’ailleurs rattaché la nouvelle liaison aux travaux du comité des six pays, Mali compris.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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