FIBDA 2026 : un Camerounais et un Tunisien sur le podium d’Alger, la BD congolaise raconte sa survie


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FIBDA Alger 2026
FIBDA Alger 2026

Le Camerounais Mezensi Nipanko et le Tunisien Ahmed Touj figurent au palmarès du concours international de la 18e édition du Festival international de la bande dessinée d’Alger (FIBDA), clôturée lundi 5 octobre. Invité du festival, le Congolais Jérémie Nsingi y a décrit une bande dessinée qui, faute de librairies, est allée chercher ses lecteurs dans les cours d’école.

Le premier prix du concours international, ouvert aux auteurs professionnels déjà publiés, est revenu au Français Émilien Cousin. Le Camerounais Mezensi Nipanko se classe deuxième avec Mirage, le Tunisien Ahmed Touj troisième avec Rose Blanche. Deux des trois places du podium reviennent donc à des auteurs africains.

Organisé du 1er au 5 octobre sur l’esplanade de Riadh El Feth, le FIBDA qui a battu son record de fréquentation avait placé cette édition sous le thème « Le roman graphique : carrefour de l’image et du verbe ». Treize pays étaient représentés, Algérie comprise. La Tunisie, l’Égypte et la République démocratique du Congo y côtoyaient des créateurs européens, japonais, américains et palestiniens.

À la clôture, le commissaire du festival, Salim Brahimi, a salué une forte fréquentation et l’intérêt du public pour la BD et le manga. La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, avait souligné à l’ouverture le référencement du festival sur la plateforme de suivi des politiques culturelles de l’UNESCO, qui documente les mesures présentées par les États.

À Kinshasa, une BD sans librairies

La rencontre consacrée au roman graphique en RDC, dimanche 4 octobre, a donné au festival sa tonalité la plus africaine. Jérémie Nsingi, auteur, illustrateur et réalisateur de films d’animation installé à Kinshasa, y a raconté l’arrivée de sa génération dans un marché encore bien fourni, juste avant que les pillages ne fassent fermer librairies et maisons d’édition. Les auteurs se sont retrouvés avec leurs planches, sans personne pour les publier ni les vendre.

Pour rendre ses albums plus accessibles, il s’est tourné vers l’impression en Chine. Dans un entretien accordé en juillet à Actualite.cd, il expliquait avoir développé cette démarche d’autoédition à partir de 2018, après avoir découvert des possibilités de fabrication de qualité à des tarifs inférieurs à ceux pratiqués localement. D’autres auteurs congolais ont depuis emprunté cette voie.

Avec son association d’auteurs, Nsingi organise aussi des mini-festivals dans les établissements scolaires, pendant les récréations ou à la sortie des classes, en accord avec les responsables. « Le public ne sait pas où nous rejoindre, nous, on est allés vers le public », a-t-il expliqué à Alger.

 

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Une histoire de plus d’un siècle, un projet avec Gims

Dans son ouvrage Histoire de la BD congolaise, Christophe Cassiau-Haurie situe l’apparition de la bande dessinée dans les journaux du pays en 1921, sous forte influence franco-belge. Nsingi cite parmi ses références Barly Baruti et Bernard Mayo, tout en revendiquant une identité graphique personnelle et des personnages plus réalistes.

Il a présenté au festival un échantillon de son prochain album, encore inédit, qui imagine le chanteur Gims en super-héros. L’auteur dit vouloir s’appuyer sur la notoriété de l’artiste pour raconter les réalités de la RDC plutôt que signer une biographie. Une publication est envisagée d’abord à Kinshasa, puis en France et en Belgique, sans calendrier ferme annoncé.

Repères : Les autres distinctions du FIBDA 2026

Dans la catégorie Meilleur projet, réservée aux auteurs algériens de plus de 16 ans, ont été distingués Slimane Ouchen (Fatma N’Summer), Sabrine Imène Mekali (Ultima Beyond the Stars) et Melissa Bounouniche (Beyond the Tide). Chez les moins de 16 ans, Anya Saci et Ryad Boutmeur ont été récompensés.

Le concours manga de l’ambassade du Japon a consacré Ziad Adlane, Fella Maya et Meziane Mohamed. Le jury du concours cosplay était présidé par la dessinatrice américaine Alitha Martinez. Un hommage a été rendu au dessinateur Tayeb Arab, disparu en décembre 2025.

La diffusion, une question ancienne pour la BD africaine

Le témoignage de Nsingi fait écho à des difficultés régulièrement documentées par Afrik.com. En 2010, Christophe Cassiau-Haurie soulignait déjà dans nos colonnes le manque de visibilité de la bande dessinée africaine, malgré la présence de nombreux créateurs. L’association Afro-Bulles, lancée officiellement en 2002 autour d’Alix Fuilu, cherchait précisément à favoriser leur publication.

A redécouvrir, Chaos debout à Kinshasa, de Barly Baruti et Thierry Bellefroid, revisite le contexte du combat Ali-Foreman de 1974. Le Mystère de la Terre pourpre adapte quant à lui le roman du Congolais Tima Ouamba, que l’écrivain avait présenté à Afrik.com à Brazzaville en 2015.

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