
MaXhosa Africa a ouvert la séquence le 28 septembre en devenant la première marque sud-africaine à présenter un défilé complet inscrit au calendrier officiel de la Paris Fashion Week. Casablanca, MOSSI et Xuly Bët prennent le relais d’ici au 6 octobre. Chacune de ces maisons entretient avec l’Afrique un rapport qui lui est propre, de la production sur le continent à l’héritage familial.
MaXhosa, seize ans pour arriver à Paris
Lundi 28 septembre, Laduma Ngxokolo a présenté la collection printemps-été 2027 de MaXhosa Africa dans les salons de la résidence de l’ambassadeur d’Afrique du Sud, à Paris. Aucune marque sud-africaine n’avait auparavant organisé de défilé complet inscrit au calendrier officiel de la Fashion Week parisienne.
Le créateur a placé cette première sous le signe d’une Afrique prospère. « C’est l’Afrique dans laquelle nous voulons tous vivre, où l’économie prospère, où la criminalité recule, où la vie politique est moins corrompue. C’est cette Afrique que nous essayons de montrer ici », a-t-il expliqué à l’agence.

Fondée en 2010, MaXhosa s’est imposée grâce à ses mailles très colorées, inspirées notamment des motifs xhosa. À Paris, plusieurs silhouettes portaient des noms de pays africains tricotés à même les vêtements, dans une démarche ouvertement panafricaine.
La marque se distingue aussi par son modèle économique. Elle possède ses propres ateliers de tricotage à Johannesburg et à East London et s’approvisionne en laine dans la province du Cap-Oriental. Elle emploie environ 300 personnes, presque toutes en Afrique du Sud. Après Londres, New York et Lagos, Paris doit l’aider à accélérer son développement international, et MaXhosa espère accueillir des investisseurs dès l’an prochain.
Casablanca, le Maroc comme imaginaire
Vendredi 2 octobre, à 14 h 30, Casablanca défile à son tour dans le calendrier officiel. Fondée en 2018 par Charaf Tajer, la maison est parisienne, mais porte la marque des origines marocaines de son fondateur.
Né et élevé à Paris, Charaf Tajer a choisi le nom de Casablanca en référence à la ville où ses parents se sont rencontrés, dans un atelier textile. Le Maroc nourrit depuis ses débuts la palette de la maison, aux côtés d’un univers plus occidental fait de tennis, de sportswear et d’art de vivre méditerranéen. Sans se réclamer d’une mode « africaine », la marque a fait de cet héritage familial l’un des fondements d’une maison devenue pleinement internationale.
Mossi, la couture comme ascenseur social
Dimanche 4 octobre, Mossi Traoré présentera sa collection. Né à Paris de parents maliens, fils d’un éboueur et d’une femme de ménage, le créateur a grandi à Villiers-sur-Marne, dans le Val-de-Marne. Sa marque MOSSI, lancée en 2018 propose un prêt-à-porter féminin éthique qui emprunte beaucoup aux techniques de la haute couture avec des drapés, volumes sculptés, empiècements en cascade, manches spectaculaires.

Son lien avec l’Afrique est d’abord celui d’une histoire familiale, celle de l’immigration malienne en banlieue parisienne. En 2015, il a créé à Villiers-sur-Marne les Ateliers Alix, une école qui transmet les techniques de la haute couture à des jeunes éloignés des circuits traditionnels de la mode. Son nom rend hommage à Madame Grès, qui signa ses premières collections sous celui d’Alix Grès.
Xuly Bët, pionnier du recyclage textile
Mardi 6 octobre, Lamine Badian Kouyaté présentera Xuly Bët. Né à Bamako et installé en France depuis 1982, le créateur a lancé sa maison en 1991. Son nom signifie « ouvre grand les yeux » en wolof.
Bien avant que l’upcycling ne devienne un argument marketing, Lamine Badian Kouyaté découpait et recomposait des vêtements de seconde main. Ses coutures rouges volontairement apparentes, ses matières synthétiques et ses associations de motifs sont rapidement devenues la signature de Xuly Bët. Trois décennies plus tard, le recyclage et le métissage culturel qu’il pratiquait dès ses débuts figurent dans le discours de nombreuses jeunes marques.
Torishéju, Akobie et Telfar, hors calendrier
D’autres signatures liées au continent sont présentes dans la capitale cette saison, en dehors du calendrier officiel. La créatrice Torishéju Dumi, d’origine nigériane et brésilienne, a présenté sa collection le 29 septembre à la salle Wagram. Le designer américain d’origine libérienne Telfar Clemens présente sa marque Telfar le 6 octobre.
Parmi les dizaines de maisons inscrites au calendrier officiel, les marques directement issues du continent restent rares. Laduma Ngxokolo en faisait le constat auprès de Reuters : « Je me bats depuis seize ans pour avoir une place à la table. Nous estimons que le continent africain reste sous-représenté. »




