La mode sous influence africaine

La mode parisienne abrite de plus en plus de jeunes créateurs d’origine africaine. Ces artistes venus d’ailleurs transfigurent rites et traditions pour donner vie à des collections contemporaines. Loin des clichés d’une mode carte postale où l’avait confinée l’Occident.

Babouches et djellabahs revisitées brillent sur tous les podiums depuis quelques étés. Et pourtant. La mode venue d’Afrique, c’est bien plus que cela. Les jeunes créateurs qui se battent pour lancer leurs collections portent un regard plus contrasté sur leur travail. Et semblent s’inscrire dans une démarche commune : rendre hommage à la richesse africaine sans verser dans la caricature comme l’ont souvent fait les Occidentaux.

 » Mes racines, c’est mes tripes, mais dans mes collections, c’est le brassage que j’exprime. Le voyage, le choix d’un parcours « , déclare Karim Tassi, Marocain d’origine. Diplômé de Casablanca, il s’installe à Paris en 1990. Il fait ses armes au sein de la marque Infinitif avant de lancer sa première collection sous son nom en mars 1999. Silhouette oblongue et fluide pour une femme libre et urbaine : débardeurs à capuche, pantalons paréo, tuniques à manches amovibles. Où encore sahariennes et cache-poussière à poches rapportées, tee-shirt optique en organza floqué, en somme, un style  » sport-arabian-chic « …  » J’aime jouer les oppositions entre les matières rustiques, techniques et soyeuses, explique Karim Tassi. C’est par touches que mes racines se dévoilent. « 

 » Des vêtements-à-penser « 

Ce mélange subtil de l’Afrique des origines et de modernité européenne se retrouve chez la surprenante Sakina M’sa. Dans un tout autre genre, cette jeune Comorienne de 28 ans refuse que l’on cantonne la mode africaine à quelques folklores. De prime abord, sa technique est d’une originalité à faire frémir : elle enterre les tissus…pour mieux les teindre. Pendant cinq à sept jours pour que la terre oxyde la couleur. Aux quatre coins du globe, elle installe ses étoffes dans des galeries où chaque visiteur peut nuancer les teintes à son goût. Troublant travail de la terre, vif symbolisme des racines, du sol d’où l’on naît.

En véritable sociologue du vêtement, Sakina M’sa conçoit des  » vêtements-à-penser « .  » Je réfléchis au milieu socio-culturel, à l’environnement, explique Sakina M’sa. Chacun de mes modèles porte sa date de naissance. «  Ses vêtement se distinguent par des coupes sobres, architecturales, des finitions étudiées. Pas besoin de recourir aux tissus africains. A l’inverse de la Sénégalaise Fatim Djim qui crée ses dessins originaux pour les faire imprimer ensuite en Afrique. Son émotion africaine à elle, c’est le cauri. Elle a récupéré cet objet de culte et de voyance pour créer des robes bijoux ou Combi, des bustiers.  » Je ne revendique pas une culture africaine, explique la créatrice. Une partie de moi est ici, en France, et cela se voit dans mes vêtements. «  A l’instar de Xuly.Bët, la marque très tendance de Lamine Badian Kyate qui ne tiens pas à mettre ses racines maliennes à toutes les sauces. Brassage, métissage, des termes désormais incontournables, lorsqu’on se frotte à la mode.

 » La plurialité, ce n’est pas donné à tous, conclut Tassi. On ne puise pas impunément dans les traditions. Ce qui compte, c’est le vécu. Et pas les visions caricaturales des années 80, quand Saint-Laurent ou Jean-Louis Scherrer confectionnaient d’exubérants imprimés fauve ou des sarouels en crêpe Georgette, pour nourrir de nouveaux idéaux. «  Brassage, métissage, des termes désormais incontournables lorsqu’on se frotte à la mode.