
Du 19 au 22 mars, le festival Atlantide réunit à Nantes une cinquantaine d’auteurs du monde entier. Sous la houlette d’Alain Mabanckou, l’Afrique s’impose une nouvelle fois comme un continent littéraire incontournable.
Créé en 2013 par La Cité des Congrès et Le Lieu Unique, le festival Atlantide s’est imposé comme un rendez-vous majeur de la « littérature-monde » en France. Depuis 2018, c’est l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou qui en assure la direction artistique, imprimant sa marque à cette manifestation qui fait de Nantes, quatre jours durant, « la capitale de l’optimisme et de l’imaginaire-monde ».
Pour cette quatorzième édition, les voix africaines résonnent avec une force particulière. Du Soudan à la République démocratique du Congo, en passant par l’Algérie et le Sénégal, le continent se déploie dans toute sa diversité littéraire.
Alain Mabanckou, un capitaine enraciné dans deux continents

Né en 1966 à Pointe-Noire, au Congo, Alain Mabanckou entretient avec Nantes une relation singulière. C’est dans cette ville qu’il a posé le pied pour la première fois en France, en 1989, pour y étudier le droit. « Elle a toujours symbolisé ma découverte de la France », confie-t-il. Une ville marquée par l’histoire de la traite négrière, certes, mais aussi une cité qu’il a vue se transformer en « ville multiculturelle, riche de nombreuses associations ».
Prix Renaudot 2006 pour Mémoires de porc-épic, premier écrivain francophone à siéger au jury du Booker Prize, Mabanckou incarne cette littérature sans frontières que défend Atlantide. « Je souhaite que la jeunesse prenne le pouvoir par la culture », martèle-t-il, faisant de la transmission aux nouvelles générations l’une des priorités du festival.
Steve Aganze, révélation congolaise

Parmi les découvertes de cette édition figure Steve Aganze, jeune auteur de 26 ans né à Bukavu, dans l’est de la RDC. Son premier roman, Bahari-Bora (« Bel océan tranquille » en swahili), paru en août 2025 aux éditions Récamier, a fait l’événement de la rentrée littéraire. L’ouvrage raconte le parcours d’une jeune fille enlevée à 13 ans par des rebelles, qui parvient à s’enfuir après cinq années de captivité pour découvrir qu’elle est enceinte.
Lauréat du Prix de la Vocation 2025, Steve Aganze a été remarqué par Alain Mabanckou lors du Livre sur la Place à Nancy. D’une plume « à la fois tranchante et caressante », selon les critiques, il dresse le portrait poignant des femmes congolaises victimes des conflits armés. Finaliste du Prix Voix d’Afrique en 2023, il représente cette nouvelle génération d’écrivains africains que le festival s’attache à mettre en lumière.
Blaise Ndala, archéologue de l’histoire congolaise
Autre voix majeure de la RDC, Blaise Ndala présente son quatrième roman, L’Équation avant la nuit (JC Lattès). Cet écrivain canadien d’origine congolaise, installé à Ottawa depuis 2007, y explore un pan méconnu de l’histoire : le rôle de l’uranium congolais dans la course à la bombe atomique pendant la Seconde Guerre mondiale.
De la mine de Shinkolobwe au Katanga jusqu’aux laboratoires du projet Manhattan, Ndala met en lumière les « autoroutes de l’atome » et leurs conséquences dévastatrices sur les populations locales. « L’uranium hier, aujourd’hui le coltan et tous les autres minerais, c’est toujours la même chose », observe l’auteur, qui n’hésite pas à questionner les élites congolaises contemporaines.
Le festival accueillera également une conversation sur « l’après-choc colonial », où Blaise Ndala croisera le regard de Nedjma Kacimi et Xavier Le Clerc sur les violences héritées du passé.
Abdelaziz Baraka Sakin, la voix du Soudan en exil
Adulé dans le monde arabe, censuré dans son pays natal, le Soudanais Abdelaziz Baraka Sakin incarne la figure de l’écrivain en résistance. Né en 1963, ses racines plongent au Darfour et au Tchad voisin. Son œuvre, publiée en Égypte ou en Syrie, circule clandestinement au Soudan.
Après Le Messie du Darfour (Prix Littérature-Monde 2017), La Princesse de Zanzibar (interdit à Oman et au Koweït) et Les Jango (censuré au Soudan), il présente à Atlantide Le corbeau qui m’aimait (Zulma, septembre 2025). Ce roman nous plonge dans la Jungle de Calais, à travers l’histoire de deux migrants soudanais dont les rêves se brisent face à la dureté de l’exil. Vivant lui-même entre la France et l’Autriche, Baraka Sakin transforme son expérience personnelle en une œuvre « sensible, engagée et humaniste ».
Il participera notamment à la table ronde « Identités hybrides », aux côtés de la Québécoise d’origine algérienne Katia Belkhodja et du Sénégalais Rouda, pour évoquer ces identités façonnées par l’exil et la migration.
David Diop et la mémoire des tirailleurs
Figure majeure de la littérature française, David Diop, né à Paris en 1966 mais ayant grandi au Sénégal, est attendu avec son nouveau roman Où s’adosse le ciel (Julliard, août 2025). Enseignant-chercheur spécialiste des représentations européennes de l’Afrique au siècle des Lumières, il dirige un groupe de recherche sur ce thème à l’université.
Son œuvre interroge inlassablement les liens entre Europe et Afrique, la violence coloniale et ses traces dans les mémoires contemporaines. Il participera à la conversation « N’oubliez jamais », consacrée aux récits de vengeance et de réparation, aux côtés d’Abdelaziz Baraka Sakin et de la Coréenne Mirinae Lee.
Insa Sané et Rouda : les voix de la banlieue
Le festival fait également la part belle aux écrivains français d’origine africaine qui interrogent l’identité française contemporaine. Le Sénégalais Insa Sané, installé en France, rencontrera les collégiens autour de son roman Mon ex, ma mère et moi, portrait vif et polyphonique de la vie en banlieue.
Rouda, slameur, rappeur et poète né à Montreuil en 1976, pionnier du mouvement slam, présentera Les Jardins perdus (Liana Levi, 2025). Ce roman mêle le politique et l’intime pour dresser un portrait de la France d’aujourd’hui à travers le parcours de deux frères confrontés à l’extrême droite.
Une soirée contre la censure avec Nour Elassy
Temps fort du festival, la traditionnelle soirée contre la censure, organisée en partenariat avec le PEN Club français, mettra à l’honneur cette année Nour Elassy, jeune poétesse palestinienne de 23 ans. Née dans le quartier d’Al-Tuffah au nord de Gaza, elle a fui vers la France et poursuit aujourd’hui un master en sciences politiques à l’EHESS.
Ses poèmes, publiés sur Instagram en français, anglais et italien, ont attiré l’attention d’Annie Ernaux, qui a cité ses paroles en juin 2025 : « Si le monde peut nous regarder disparaître sans rien faire, rien de ce qu’il prétend défendre n’est réel. »
Laurent Mauvignier inaugure les débats
Le romancier Laurent Mauvignier, Prix Goncourt 2025 pour La Maison vide, ouvrira le festival avec sa leçon inaugurale intitulée « Je est un nous ». Une réflexion sur la place du collectif dans la fiction, qui résonne avec la démarche même d’Atlantide : faire entendre une polyphonie de voix venues des quatre coins du monde.
Informations pratiques
- Festival Atlantide : Les Mots du Monde
- Du 19 au 22 mars 2026
- Au Lieu Unique et dans la ville de Nantes
- Entrée libre et gratuite
- www.atlantide-festival.org

Liste des invités : Laurent Mauvignier (France) · Adèle Yon (France) · Sheena Patel (Royaume-Uni) · David Diop (France) · Arno Bertina (France) · DOA (France) · Catherine Millet (France) · Alice Ferney (France) · Mirinae Lee (Corée du Sud) · Olivia Rosenthal (France) · Abdelaziz Baraka Sakin (Soudan) · Wendy Delorme (France) · Steve Aganze (République démocratique du Congo) · Feurat Alani (Irak) · Stéphanie Arc (France) · Katia Belkhodja (Algérie/Québec) · Kaśka Bryla (Autriche) · Antonio Carmona (France) · Jean-Christophe Cavallin (France) · Lise Charles (France) · Marie Charrel (France) · Velibor Čolić (Bosnie-Herzégovine) · Camille Corcéjoli (France) · Victor Dekyvère (France) · Anne-Sophie Dumeige (France) · Cristian Fulaș (Roumanie) · Ariana Harwicz (Argentine) · Victor Jestin (France) · Nedjma Kacimi (Algérie) · Karim Kattan (Palestine/France) · Xavier Le Clerc (Algérie) · Abdellatif Laâbi (Maroc) · Alain Mabanckou (Congo/France/États-Unis) · Bernard Magnier (France) · Laure Murat (France) · Blaise Ndala (République démocratique du Congo) · Marta Orzel (Pologne/France) · Coline Pierre (France) · Louise Rose (France) · Rouda (France) · Yonatan Sagiv (Israël) · Insa Sané (Sénégal) · Vanessa Schneider (France) · Colin Thibert (France) · Gonçalo M. Tavares (Angola) · Emma Troude-Beheregaray (France) · Rosario Villajos (Espagne)



