Maroc : l’homosexualité en classe, tabou au pays de Mohammed VI


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Après trois ans de procédure, le tribunal de première instance de Kénitra a prononcé une lourde peine contre une ressortissante française. L’enseignante française a été condamnée à 18 mois de prison pour avoir évoqué l’homosexualité devant ses élèves. Une affaire révélatrice du traitement judiciaire réservé à l’homosexualité au pays de Mohammed VI.

Après trois ans de procédure, une enseignante d’un établissement de la Mission française à Kénitra a été condamnée à un an et demi de prison ferme pour « incitation de mineurs à l’homosexualité » et « outrage à l’islam ».

Un procès sensible dans un climat tendu

Le tribunal a également prononcé une amende de 100 000 dirhams. Il impose en outre un suivi psychologique en détention et interdit à l’enseignante d’approcher les deux mineurs pendant cinq ans après sa libération. Un dirham symbolique devra être versé aux parents plaignants.

Les faits remontent à fin 2022. L’enseignante aurait évoqué les droits LGBT+ lors d’une prise de parole sur les violations des droits humains dénoncées pendant la Coupe du monde au Qatar, et ses élèves auraient brièvement aperçu une image de deux hommes qui s’embrassent, alors qu’elle effectuait une recherche à propos des « péchés » dans l’islam.

Plusieurs parents d’élèves et anciens écoliers ont publiquement pris la défense de la professeure, organisant un rassemblement devant l’établissement pour dénoncer un « règlement de comptes ». Ces soutiens mettent en avant son professionnalisme et son engagement tout au long de sa carrière. La direction de la Mission française l’avait suspendue de ses fonctions dès 2023, alors qu’elle s’apprêtait à faire valoir ses droits à la retraite après des décennies d’enseignement.

L’homosexualité toujours criminalisée au Maroc

Cette décision s’inscrit dans un cadre légal particulièrement répressif qui prévaut au Maroc en matière de droits LGBT+. Dans ce pays, l’homosexualité est punie jusqu’à trois ans d’emprisonnement en vertu de l’article 489 du code pénal, tandis que la « propagande LGBT » est considérée comme une atteinte à la religion, passible de peines allant de trois à cinq ans de prison. Un durcissement vis à vis de la population LGBT dans la mouvance de ce qui se passe dans de nombreux pays africains.

L’affaire survient dans un contexte de tensions croissantes autour des établissements scolaires français au Maroc. Les écoles de la Mission française, qui accueillent 46 000 élèves dans 45 établissements, dont 70% de Marocains, sont dans le viseur de certains élus qui les accusent de saper les principes religieux et nationaux du pays. Pourtant, ces écoles sont aussi un des fondements de la réussite scolaire des jeunes marocains pour accéder aux grandes écoles française comme Polytechnique.

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