« Fais danser la poussière » : Marie Dô, Tatiana Seguin et la danse

Marie Dô et Nastasia Caruge

Sa carnation caramel et le secret qui entourent sa naissance auraient pu à jamais compromettre la vie de Maya, l’héroïne du téléfilm Fais danser la poussière, proposé ce mardi sur les antennes de France 2. C’était sans compter avec la danse. Derrière la caméra, les parcours de Marie Dô, auteure du roman autobiographique éponyme, et de Tatiana Seguin, son incarnation à l’écran, se font parfois écho. Quand, devant l’écran, l’émotion de la fiction répond à celle de l’œuvre.

La danse, passion salvatrice pour une jeune fille dont l’identité reste un point d’interrogation. Fais danser la poussière, diffusé ce mardi soir sur France 2, est l’histoire de Maya, une petite fille métisse, née d’un père noir et d’une mère blanche, qui grandit dans l’ignorance de son géniteur alors que tout le ramène à lui. Maya se sait différente de sa mère ou encore de sa tante – sa couleur de peau et la frisure de sa chevelure en témoignent -, et pourtant sa naissance reste un mystère pour elle. Ce poids pèsera sur son enfance et son adolescence, notamment quand sa mère se remarie. Mais bientôt, elle trouve dans sa passion pour la danse le moyen de s’en décharger et de se construire entre Paris et New York, où elle intègre le célèbre ballet afro-américain d’Alvin Ailey.

Derrière cette fiction télévisuelle réalisée par Christian Faure et portée par la jeune Tatiana Seguin, danseuse et maintenant comédienne, se cache l’histoire d’une femme. Son nom de plume : Marie Dô. On lui doit le magnifique livre éponyme paru en 2006 aux éditions Plon. L’émotion diffuse ressentie en regardant le téléfim est celle que les mots de Marie Dô ont déjà suscité. A l’origine de cette adaptation, trois femmes : la co-fondatrice d’Eloa Prod, la comédienne France Zobda qui a acquis les droits du livre et produit le téléfilm, Cathérine Jean-Joseph, alors chargée de programmes à France 2 et Marie Dô qui a coécrit le scénario. « Une adaptation est non sans difficulté. C’est violent. Il y a des gens qui rentrent chez vous avec respect et concertation, d’autres agissent comme s’ils étaient chez eux, au point d’essayer d’expulser le propriétaire. C’est une expérience douloureuse, enrichissante, exaltante et assez initiatique», explique-t-elle sans langue de bois.

L’adaptation, que Marie Dô compare volontiers à une césarienne pour ce qui est de l’écriture du scénario, a donné naissance à un beau bébé. Pour elle, l’œuvre de Christian Faure est tout simplement « bouleversante ». « C’est ma vie ! », poursuit-elle. Une vérité à laquelle le public et le jury du dernier Festival de télévision de Luchon ont été sensibles en récompensant deux fois Fais danser la poussière. Ils auront été également charmés par les chorégraphies aériennes réalisées par Marie Dô, qui incarne dans le téléfilm l’assistante d’Alvin Ailey. « Le grand plaisir pour moi dans cette adaptation a été la danse, de chorégraphier tous les ballets et de retrouver mes amis danseurs. A l’instar d’Hilario, un grand de la danse, qui incarne Alvin Ailey, le mentor américain. J’ai choisi 50 danseurs après en avoir auditionné 200. C’est important pour moi d’avoir une liberté artistique. Je suis une rebelle et je n’aime pas être trop dirigée ».

Danseuses

Marie Dô et Nastasia CarugeL’autre grande satisfaction de Marie Dô : la connivence avec celles qui l’incarnent à des périodes successives de sa vie. « J’en ai choisi deux et j’ai expérimenté avec ces trois petites Maya une harmonie, une fusion… Elles (Ambre N’Doumbé, Nastasia Caruge et Tatiana Seguin) se sont glissées dans mon histoire avec beaucoup de respect, de tendresse et de partage ». Tatiana Seguin et Marie Dô ont en effet en partage l’amour de la danse. La première danse depuis l’âge de deux ans, entraînée par une mère professeure de danse. Elle rentre au conservatoire à Paris à l’âge de 14 ans où elle passe cinq ans. Son diplôme en poche, elle fait ses débuts sur scène dans la comédie musicale Les Demoiselles de Rochefort . Tatiana rencontre plus tard Kamel Ouali qui la recrute notamment pour une autre comédie musicale : Cléopâtre. Entre les deux spectacles, de la télévision, une tournée avec Kylie Minogue ou une collaboration avec Beyoncé.

Si, sur le plan professionnel, la danse n’est plus à l’ordre du jour pour Marie Dô, qui a commencé sa carrière à 15 ans pour y mettre fin à 32 ans parce qu’elle ne voulait pas quitter sa fille, elle continue de l’être pour le plaisir. Une activité indispensable qui a permis aux deux femmes de se rencontrer. « Je la connaissais d’un cours de moderne (Tatiana Seguin et Marie Dô ont pris ensemble des cours chez Peter Doss à Paris) et je n’avais pas osé la proposer parce qu’elle avait les cheveux rasés, raconte Marie Dô. Plus tard, J’ai envoyé un mail au directeur de casting (Stéphane Finot) sans oser en parler au réalisateur. Quand Stéphane l’a auditionnée. On s’est lancé ». « Nous nous étions croisées, se souvient pour sa part Tatiana Seguin. Mais c’est une connaissance commune qui lui a parlé de moi. J’ai envoyé des photos sans y croire vraiment parce que je ne suis pas comédienne. Du moins, je ne l’étais pas encore (rires). »

Point commun encore avec Marie Dô : le ballet Alvin Ailey dont Tatiana suivra en 2007 les cours de l’école qui y est associée. « Quand on est métisse et qu’on fait du jazz », note Tatiana Seguin, le ballet Alvin Alley est la « référence ». « Tatiana est une superbe danseuse », souligne Marie Dô. La danse, même s’il n’a pas la même fonction pour les deux femmes selon Tatiana Seguin, est une passion commune dont la finalité est identique. « Maya est sauvée par la danse. Tatiana, elle, quand elle ne danse pas, elle meurt », analyse la jeune comédienne pour qui ce rôle fut à la fois confortable et angoissant. Être dans la peau de quelqu’un qu’on connaît, une démarche délicate. « Pour une première expérience d’actrice, cela m’a facilité les choses d’avoir la vraie en face de moi. Marie Dô m’a donné des indications précises. C’était d’ailleurs perturbant en début de tournage, j’avais des réactions qui étaient les siennes. L’expérience est aussi angoissante parce que je ne voulais pas la décevoir.»

Métisses

Benoît Marechal, Marie Dô et Tatiana SeguinMademoiselle Seguin est devenue naturellement Maya. Du moins, presque. Car pour la métisse angoumoisine, le parcours difficile de Maya est une inconnue. « Je n’ai jamais souffert de mon métissage. J’ai eu la chance d’être élevée par un papa noir et une maman blanche. » Si Tatiana n’a jamais eu à s’interroger sur la couleur de sa peau, son séjour américain en 2007 va changer la donne. Tout comme ce fut le cas pour l’héroïne de Fais danser la poussière. « J’habitais à Harlem, et c’était la première fois que je me sentais « Black ». Ce sont les Etats-Unis qui m’ont fait découvrir ce côté-là ».

Celui d’être noir, ce qui n’est toujours pas une sinécure en France, relève Marie Dô. « Les Français sont heureux qu’Obama soit élu mais en France, un Black, un métis ou quelqu’un d’un peu basané accède difficilement à un portefeuille gouvernemental par exemple, même si Sarkozy fait des efforts. La réalité, c’est qu’être noir ou métis en France n’est pas une chose qui s’accepte aisément. Je ne suis pas une militante pour la cause noire : mon père est noir (guinéen), ma mère est blanche (russe et bretonne). Je suis une militante pour la cause humaine et universelle », insiste Marie Dô. « J’ai toujours un problème avec tout ce qui relève de la ghettoïsation et du communautarisme, poursuit l’écrivain (…) Le métis a un devoir : celui de l’harmonie et du partage. Le métis est fait pour rassembler, pas pour séparer. Le métissage est un message universel.»

« Je pense avoir fait la paix avec mon enfance, conclut Marie Dô. Mon exemple n’est intéressant que s’il peut apporter une réponse à ceux qui n’ont pas résolu cette problématique ». Celle de leur identité. En attendant, l’histoire de Maya a déjà changé la vie de quelqu’un. « Je ne pensais pas m’amuser autant » sur un tournage, constate Tatiana Seguin. « Si un jour quelqu’un est intéressé, je suis là ! », déclare, un magnifique sourire aux lèvres, la jeune femme qui compte se perfectionner en comédie.

 « Fais danser la poussière »

Diffusion : mardi 9 février 2010 à 20h35 sur France 2

Durée : 90 min

Le téléfilm est suivi à 22h05 d’un débat animé par Christophe Hondelatte sur le thème « La revanche des mal-aimés », avec notamment Marie Dô.