Face à Ebola, le président de l’Union africaine plaide contre la fermeture des frontières


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Le Président burundais, Evariste Ndayishimiye
Le Président burundais, Evariste Ndayishimiye

Le Président burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, a lancé mardi 23 juin à Kinshasa un appel à la solidarité régionale face à l’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement la République démocratique du Congo et l’Ouganda.

En visite officielle auprès de son homologue Félix Tshisekedi, Évariste Ndayishimiye a exhorté les États africains à éviter les fermetures de frontières. Le dirigeant burundais soutient que l’isolement des pays touchés risquerait davantage de compliquer la lutte contre le virus que de la renforcer.

Ebola : l’appel à la solidarité plutôt qu’à l’isolement

À un moment où la nouvelle flambée d’Ebola continue de susciter l’inquiétude sur le continent, Évariste Ndayishimiye a choisi un message de coopération plutôt que de repli. Lors d’une conférence de presse conjointe avec Félix Tshisekedi à Kinshasa, le chef de l’État burundais a plaidé pour une réponse collective fondée sur les recommandations scientifiques et le partage des informations sanitaires. « J’appelle tous les États à ne pas fermer les frontières, mais plutôt à être solidaires en traitant cette maladie ensemble », a-t-il déclaré.

La fermeture des postes frontaliers ne constitue pas une solution efficace face à une maladie qui se propage dans des régions caractérisées par d’importants mouvements de populations, de commerçants et de travailleurs transfrontaliers, selon le Président burundais. Il a cité l’exemple du Burundi, qui a maintenu ses frontières ouvertes tout en renforçant les contrôles sanitaires, la surveillance épidémiologique et les dispositifs de prévention.

Une épidémie qui inquiète l’Afrique

La nouvelle vague de l’épidémie d’Ebola causée par la souche Bundibugyo progresse rapidement dans l’est de la RDC et a déjà franchi la frontière ougandaise. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le bilan s’établit désormais à 1 048 cas confirmés et 267 décès, dont la grande majorité en RDC, dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et, dans une moindre mesure, du Sud-Kivu. L’Ouganda enregistre pour sa part 19 cas confirmés et deux décès, liés à des infections importées depuis le territoire congolais.

Les autorités sanitaires et leurs partenaires internationaux font face à un défi considérable dans cette région déjà en proie à l’insécurité et son corollaire, les déplacements de populations, et à une forte mobilité transfrontalière. L’OMS estime d’ailleurs que le risque de propagation demeure « très élevé » en RDC et « élevé » en Ouganda, tout en soulignant que les pays voisins doivent privilégier la préparation et la surveillance plutôt que des mesures restrictives généralisées.

Éviter les erreurs du passé

L’intervention du Président burundais s’inscrit dans un débat récurrent lors des crises sanitaires africaines. Pendant les précédentes épidémies d’Ebola ou encore durant la pandémie de Covid-19, plusieurs pays avaient opté pour la fermeture de leurs frontières afin de limiter les risques d’importation des cas. Dans ce dernier cas, la fermeture des frontières a carrément été un phénomène mondial.

Mais de nombreux experts sanitaires rappellent que ces mesures ont souvent des effets limités sur la propagation du virus tout en provoquant des conséquences économiques et sociales importantes. Dans la région des Grands Lacs, où les échanges commerciaux quotidiens constituent une source essentielle de revenus pour des milliers de familles, une fermeture prolongée pourrait fragiliser davantage les populations déjà affectées par les conflits et la crise humanitaire.

Un appel à renforcer la riposte

Au-delà de la question des frontières, Évariste Ndayishimiye a également appelé la communauté internationale à accroître son soutien à la RDC et à l’Ouganda. Les deux pays poursuivent actuellement les opérations de dépistage, de traçage des contacts, de prise en charge des malades et de sensibilisation des communautés. L’OMS, les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies et plusieurs partenaires internationaux ont déjà intensifié leur mobilisation, mais les besoins financiers et logistiques restent considérables.

À Kinshasa, le message du président de l’Union africaine se veut donc clair : face à Ebola, la solidarité régionale, la confiance dans la science et la coopération transfrontalière restent les réponses les plus efficaces pour contenir l’épidémie et éviter qu’elle ne se transforme en crise continentale.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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