
La chute de Mekele face aux forces fédérales éthiopiennes et à la Tigray Peace Force marque un sérieux revers pour le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Pour la première fois, une partie des combattants tigréens ayant autrefois combattu sous ses couleurs se retrouve désormais dans le camp qui entend réduire son influence. Mais cette rupture suffit-elle à faire du TPLF un mouvement indésirable dans son propre fief ?
À Mekele, le retrait des forces du TPLF a permis aux combattants de la Tigray Peace Force (TPF), alliés à l’armée fédérale, de prendre position dans la capitale du Tigré. Le symbole est particulièrement fort. Pendant des décennies, le TPLF a été la principale force politique et militaire de la région. Il a également joué un rôle central dans la coalition qui a dirigé l’Éthiopie pendant près de trente ans, avant son affrontement avec le Premier ministre, Abiy Ahmed. Aujourd’hui, certains anciens combattants tigréens qui lui étaient liés participent à sa défaite. Selon son commandant, Abraha Shumeye, la TPF vise plus loin que la victoire militaire. Elle cherche à mettre fin à l’influence exercée par l’ancienne direction du Tigré sur la population. La TPF veut ainsi apparaître comme une nouvelle force politique et sécuritaire capable de tourner la page du passé.
Une population qui veut surtout vivre en paix
Sur le terrain, les préoccupations sont pourtant moins politiques. Alemat Solomon, combattant de la TPF, constate avec amertume que la jeunesse tigréenne a perdu des années dans les conflits. « Nous ne construisions pas et nous ne développions pas. Nous étions en guerre », explique-t-il. Cette lassitude est sans doute l’un des principaux facteurs qui fragilisent aujourd’hui le TPLF. La guerre de 2020-2022 a profondément marqué la société tigréenne. Le bilan humain reste extrêmement lourd, avec des estimations s’élevant à plusieurs centaines de milliers de morts.
L’accord de Pretoria, signé en novembre 2022 sous l’égide de l’Union africaine, avait permis de faire taire les armes. Il n’avait toutefois pas réglé les différends politiques et sécuritaires qui opposaient Addis-Abeba au TPLF.
Le TPLF est battu, mais n’a pas disparu
La reprise de Mekele est indéniablement un coup dur. Le TPLF avait lancé une nouvelle offensive le 23 septembre et s’était emparé de la capitale régionale ainsi que de son aéroport avant de se retirer sous la pression des forces fédérales et de leurs alliés. Mais perdre Mekele ne signifie pas perdre toute capacité de résistance. Debretsion Gebremichael, dirigeant du TPLF, a affirmé que le retrait répondait à des considérations stratégiques et que ses forces entendaient poursuivre le combat. Des informations font état d’une volonté de privilégier désormais une guerre plus mobile.
Le risque est donc celui d’une transformation du conflit plutôt que de sa disparition. Le Tigré pourrait basculer dans une nouvelle phase de guérilla, avec des conséquences particulièrement lourdes pour une population déjà épuisée par des années de conflits.
Une crise qui déborde du Tigré
À cette bataille interne s’ajoute une dimension régionale inquiétante. Les relations entre Addis-Abeba et Asmara se sont brutalement détériorées. L’Érythrée a annoncé le 1er octobre la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Éthiopie, après que cette dernière l’a accusée de soutenir l’alliance dirigée par le TPLF. Asmara rejette ces accusations. L’Union africaine appelle désormais l’Éthiopie, l’Érythrée et l’Égypte à la retenue, redoutant une escalade régionale.
Alors, le TPLF est-il devenu indésirable au Tigré ? La réponse reste incertaine. Son autorité militaire est sérieusement ébranlée et sa légitimité est contestée jusque dans les rangs de ceux qui lui étaient autrefois proches. Mais son implantation historique, elle, demeure réelle. La bataille de Mekele a peut-être marqué la fin d’une époque. Elle ne permet, toutefois, pas encore d’affirmer que les Tigréens ont définitivement tourné le dos au TPLF.





