
Un ressortissant cambodgien expulsé des États-Unis affirme avoir été transféré de force vers l’Eswatini. L’homme dénonce des conditions de détention difficiles après son arrivée dans ce pays d’Afrique australe. Son témoignage relance les critiques sur un programme d’expulsions vers des États tiers.
Pheap Rom, installé aux États-Unis depuis les années 1980, a été envoyé en Eswatini après sa sortie de prison. Dans un entretien accordé à l’AFP, il décrit un transfert vers un pays qu’il n’avait jamais visité. À son arrivée, il affirme avoir été placé en détention dans des conditions strictes. Son récit expose les conséquences humaines de ces accords d’expulsion.
Une déportation vers l’inconnu
Tout commence par une décision administrative brutale. Après avoir purgé une peine de 15 ans de prison aux États-Unis pour tentative de meurtre, une faute qu’il reconnaît et pour laquelle il a payé sa dette, Pheap Rom a été arrêté par les services d’immigration américains (ICE). Au lieu d’être renvoyé vers son Cambodge natal, il a été enchaîné et placé dans un avion en direction de Mbabane, la capitale de l’Eswatini.
L’incompréhension de cet homme de 43 ans était totale. « Je ne comprenais pas pourquoi j’étais expulsé en Afrique puisque je suis cambodgien« , a-t-il confié. Malgré ses demandes pour contester cette décision, les autorités américaines l’ont contraint à l’exil dans le cadre d’un accord opaque visant à transférer des migrants jugés indésirables vers des pays tiers.
La misère des geôles de Matsapha
À son arrivée sur le tarmac en Eswatini, Pheap Rom a été accueilli par des militaires armés et cagoulés. Loin d’une simple réinstallation, son séjour s’est transformé en un nouveau calvaire carcéral. Détenu au centre de Matsapha, il affirme avoir vécu dans des conditions de « misère » extrême. Les prisonniers n’avaient droit qu’à une seule sortie de 15 minutes par jour et un unique appel téléphonique hebdomadaire.
Le plus alarmant reste l’absence totale de droits juridiques. Bien que des avocats locaux aient tenté de rencontrer ces expulsés, l’accès leur a été systématiquement refusé par les autorités de la dernière monarchie absolue d’Afrique. Pheap Rom souligne que les gardiens le traitaient comme un criminel actif, ignorant qu’il avait déjà purgé la totalité de sa peine en sol américain.
Un accord financier au mépris des droits humains
Cette situation n’est pas le fruit du hasard, mais d’un contrat financier. L’Eswatini s’est engagé à accueillir jusqu’à 160 personnes expulsées des États-Unis en échange d’une somme de 5,1 millions de dollars. Pour les organisations de défense des droits humains comme Human Rights Watch, ce dispositif s’apparente à une forme de traite d’êtres humains. Ici, des individus sont déplacés sans leur consentement vers des zones géographiques avec lesquelles ils n’ont aucun lien.
L’administration américaine justifie ces mesures en qualifiant ces expulsés de « barbares » que leurs propres pays refuseraient de reprendre. Une affirmation contredite par les autorités cambodgiennes, qui précisent n’avoir jamais refusé le rapatriement direct de leurs ressortissants par le passé.
Le retour au pays et le goût de la liberté
Après des mois d’incertitude et de détention en Afrique, Pheap Rom a finalement pu être rapatrié à Phnom Penh en mars dernier. Il est seulement le deuxième expulsé de ce programme à regagner sa terre d’origine. Désormais installé dans la capitale cambodgienne, l’homme tente de se reconstruire après avoir passé plus d’un tiers de sa vie derrière les barreaux, entre l’Amérique et l’Afrique.
S’il garde des cicatrices de ce périple forcé, il voit en ce retour une « seconde chance« . Son témoignage reste cependant un avertissement sur le sort des autres hommes toujours détenus en Eswatini. Ceux-ci sont des victimes collatérales de politiques migratoires de plus en plus radicales et mercantiles.




