
Dans son Global Gender Gap Report 2026, le Forum économique mondial estime que l’Afrique subsaharienne a comblé 68,8 % de l’écart entre les sexes. Au rythme actuel, la région atteindrait la parité en 102 ans, soit plus tôt que la moyenne mondiale. La Namibie atteint le 4ᵉ rang mondial et le Kenya signe la plus forte progression.
Le Forum économique mondial (WEF) a publié le 16 septembre la vingtième édition de son rapport annuel sur les écarts entre les femmes et les hommes (voir le rapport officiel). L’indice passe au crible 145 économies à travers quatre dimensions : la participation à la vie économique, l’éducation, la santé et le pouvoir politique. Le bilan mondial reste mitigé car si 69,2 % de l’écart est comblé, il faudrait encore 120 ans pour l’effacer complètement. Le WEF parle de progrès devenus « fragiles », en particulier dans la sphère politique, où la présence des femmes aux postes de direction recule depuis 2022.
L’Afrique subsaharienne se distingue dans ce tableau par la vitesse de sa progression. Elle reste sixième sur les huit régions étudiées, mais elle a gagné 1,6 point en un an. Son horizon de parité est passé de 107 ans dans l’édition 2025 à 102 ans aujourd’hui, le troisième plus court du classement. Depuis le lancement de l’indice en 2006, la région a réduit son écart global de six points.
L’éducation, moteur de l’année
C’est sur le terrain scolaire que la région a le plus avancé cette année. Le sous-indice consacré à l’éducation a bondi de 5,8 points, pour atteindre 89,5 %. Il demeure pourtant la dimension la plus faible de l’Afrique subsaharienne, qui reste la dernière région du monde sur ce critère. L’accès des femmes à l’enseignement supérieur s’est cependant nettement amélioré sur le long terme, avec un gain de 28,1 points depuis 2006.
Le Kenya gagne 33 places et se classe désormais 65ᵉ, ce qui constitue la plus forte progression mondiale de l’édition. Son score global passe de 0,689 à 0,721, essentiellement grâce à l’éducation, où il grimpe de 0,847 à 0,965. Juste derrière, le Ghana remonte de 32 rangs et atteint la 56ᵉ place (73,2 %). L’Angola, désormais 87ᵉ (70,5 %), en gagne 30. Plus bas dans le classement, le Niger et le Nigeria améliorent eux aussi leur score, respectivement de 4,2 et 2,7 points, ce dernier atteignant 67,6 %.
La Namibie dans le top 10 mondial, le Tchad en dernière position
Avec 84,5 % de l’écart comblé, la Namibie occupe la quatrième place mondiale. Seuls trois pays nordiques la devancent, et elle passe devant le Royaume-Uni et l’Allemagne. C’est le seul pays africain du top 10. Le rapport souligne l’élection en 2025 de Netumbo Nandi-Ndaitwah, première femme à la tête du pays. Le Burundi, 26ᵉ avec 77,1 %, arrive en tête des pays à faible revenu. Il précède de peu le Rwanda (28ᵉ), l’Afrique du Sud (30ᵉ) et le Liberia (43ᵉ).
Le WEF relève que l’Afrique subsaharienne présente les écarts entre pays les plus marqués de toutes les régions. Le Tchad ferme le classement mondial à la 145ᵉ place, avec 57,8 %. La République démocratique du Congo (142ᵉ, 59,5 %) et le Mali (140ᵉ, 61,9 %) figurent eux aussi parmi les économies les moins bien notées. Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest restent sous la moyenne régionale, dont le Sénégal (67 %) et la Côte d’Ivoire (66 %).
La comparaison d’une année sur l’autre appelle une précaution. L’Éthiopie, la Guinée, le Soudan et l’Ouganda ne figurent pas dans l’édition 2026, faute de données suffisantes. Le Soudan et la Guinée figuraient en 2025 parmi les derniers du classement, et leur absence peut flatter la moyenne régionale. Le Malawi fait en revanche son retour dans l’indice, à la 99ᵉ place.
Emploi et pouvoir politique : un rattrapage inégal
Sur le plan économique, la région affiche 70,6 % de l’écart comblé, ce qui la place au quatrième rang mondial pour cette dimension. Depuis 2006, la plus forte avancée concerne la part des femmes parmi les cadres dirigeants et les hauts responsables, en hausse de 28,7 points. Leur participation au marché du travail a progressé de 18,7 points sur la même période, et l’écart de revenus estimés s’est resserré de 16,4 points.
Le pouvoir politique reste le point faible. Seuls 18,1 % de l’écart sont comblés dans ce domaine, et la présence des femmes au Parlement n’a gagné que 11,6 points en vingt ans. À la tête des États, la parité n’est atteinte qu’à 5,1 %. Ce constat rejoint l’alerte globale du WEF sur le recul des femmes dans les fonctions de direction politique.
L’Afrique du Nord toujours en queue de peloton
Le WEF regroupe l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient dans une même région, qui reste la dernière du classement. Elle n’a comblé que 62,5 % de l’écart entre les sexes et sa progression est quasi nulle, avec 0,2 point gagné en un an et 4,2 points depuis 2006. À ce rythme, la parité y serait atteinte dans 182 ans.
L’éducation y est presque à parité (97,8 %), mais la participation économique plafonne à 44,8 %, et la part des femmes actives sur le marché du travail a même reculé depuis 2006. Avec 11,5 % de l’écart comblé, la région enregistre le plus faible score du monde en matière de pouvoir politique.






