Ebola en Ituri : une rentrée sous tension, les élèves appelés en renfort


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Ebola Des élèves apprennent les gestes de prévention contre Ebola dans une école primaire de l’Ituri, le 16 mai 2026 @UNICEF/UNI993198/Ndomba
Ebola Des élèves apprennent les gestes de prévention contre Ebola dans une école primaire de l’Ituri, le 16 mai 2026 @UNICEF/UNI993198/Ndomba

À l’occasion de la rentrée scolaire 2026-2027, le gouverneur militaire de l’Ituri veut faire des élèves des sentinelles contre Ebola. Chaque semaine, les établissements devront consacrer un moment à la sensibilisation à la prévention d’Ebola et les gestes qui peuvent freiner sa propagation.

À Bunia, la lutte contre Ebola franchit désormais les portes des salles de classe. Alors que l’Ituri reste au centre de la riposte contre l’épidémie, le gouverneur militaire, le général-major Gaby Kasongo Mulumba, veut mobiliser l’école, un allié souvent sous-estimé. Lors de la cérémonie officielle de rentrée scolaire, mardi 1er septembre au Complexe scolaire Sainte Joséphine Bakhita, l’autorité provinciale a demandé aux responsables des établissements d’organiser chaque semaine des séances de sensibilisation consacrées à la prévention d’Ebola.

Faire des gestes barrières des réflexes

Le message du gouverneur ne laisse aucune place à l’ambiguïté : la prévention ne doit pas attendre l’apparition d’un nouveau foyer ou la multiplication des cas. Elle doit devenir une routine. Les établissements scolaires devront donc profiter de plusieurs moments de la journée pour rappeler les comportements à adopter face au virus. Le salut au drapeau, les quelques minutes précédant la récréation ou encore la sortie des classes pourront servir de cadre à ces rappels sanitaires. L’ambition est de faire entrer progressivement la prévention dans les habitudes des enfants. Car face à une maladie aussi redoutée qu’Ebola, l’information ne vaut que si elle est comprise, répétée et surtout appliquée. Au 2 septembre, la RDC comptait 6 186 cas confirmés et 3 007 décès, l’épidémie s’étant propagée dans six provinces.

En prenant cette décision, les autorités de l’Ituri misent sur la capacité des élèves à transmettre les messages au-delà des murs de l’école. Un enfant sensibilisé peut, une fois rentré chez lui, expliquer à ses parents ce qu’il a appris, rappeler les comportements à éviter et attirer l’attention de son entourage sur les mesures de protection. Les élèves peuvent ainsi constituer un réseau de jeunes relais très utiles pour la prévention.

L’Ituri toujours en première ligne

Cette initiative prend un relief particulier alors que l’Ituri demeure l’épicentre de la 17ᵉ épidémie d’Ebola enregistrée en RDC. Les déplacements de populations, les difficultés d’accès à certaines zones et les fragilités du système de santé compliquent la riposte. Dans ces conditions, la sensibilisation communautaire reste l’un des premiers remparts contre la propagation du virus. Les écoles offrent précisément un cadre où il est possible de toucher les élèves et, par leur intermédiaire, leurs familles et leurs communautés.

Cette mobilisation des élèves intervient cependant dans un contexte particulièrement tendu. Avant la rentrée, des représentants de parents et d’enseignants avaient demandé que la reprise des cours soit reportée dans les zones les plus touchées. Les autorités ont choisi de maintenir l’ouverture des établissements, tout en prévoyant l’enseignement à distance dans les secteurs considérés comme les plus exposés. Ce choix place les écoles face au double impératif de préserver la continuité pédagogique sans transformer les salles de classe en nouveaux lieux de transmission.

Ainsi, en Ituri, la classe devient aussi un espace de prévention, de responsabilité et de transmission des bons réflexes. Car dans une épidémie, une information répétée au bon moment peut parfois faire la différence. Et cette fois, le message est destiné à résonner jusque dans les cours de récréation.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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