Surtaxe américaine : le Maroc exposé sur son industrie, l’Algérie protégée par ses hydrocarbures, la Tunisie hors du dispositif


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Pays du Maghreb
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Depuis le 24 juillet 2026, les États-Unis appliquent un droit additionnel de 12,5 % aux marchandises marocaines, algériennes et libyennes. La Tunisie et la Mauritanie ne figurent pas parmi les soixante économies visées. Mais en réalité, l’ampleur réelle de la mesure dépend surtout des exemptions accordées par Washington.

Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a signé le 23 juillet l’avis d’action qui clôt soixante enquêtes ouvertes le 12 mars au titre de la section 301 du Trade Act de 1974. Les droits sont entrés en vigueur le lendemain à 00h01, heure de New York. Trois des cinq États de l’Union du Maghreb arabe y figurent, tous au taux maximal, le Maroc, l’Algérie et la Libye. La Tunisie et la Mauritanie en sont absentes.

Le grief américain porte sur le droit douanier des pays visés. L’USTR leur reproche de n’avoir ni adopté ni fait appliquer une interdiction d’importer des marchandises issues du travail forcé. Pour autant, aucune accusation ne porte sur le recours au travail forcé dans leurs chaînes de production. Cinquante-quatre économies sont classées défaillantes sur ces deux critères, de la Chine au Japon en passant par l’Égypte.

Ce que remplace la nouvelle surtaxe

Le 20 février, la Cour suprême américaine a jugé, par six voix contre trois, dans l’affaire Learning Resources v. Trump, que la loi IEEPA n’autorisait pas le président à instaurer des droits de douane. Toute l’architecture tarifaire construite depuis 2025 est tombée. Quatre jours plus tard, la Maison-Blanche activait pour la première fois la section 122 du Trade Act et imposait une surtaxe mondiale de 10 %. Le texte de 1974 la plafonne à 150 jours, et seul le Congrès pouvait la prolonger. Elle a expiré le 24 juillet à 00h01. Les droits de la section 301 ont pris le relais dans la même minute, sans date d’expiration cette fois.

Les 12,5 % s’ajoutent au droit NPF applicable à chaque produit. Une marchandise marocaine jusqu’ici admise en franchise au titre de l’accord de libre-échange avec Washington peut donc supporter 12,5 %. Seuls les biens canadiens et mexicains conformes à l’accord nord-américain et les textiles du CAFTA-DR échappent intégralement au dispositif. Les marchandises chargées avant le 24 juillet et déclarées à la consommation avant le 28 bénéficient d’une tolérance.

Maroc : un accord de libre-échange qui perd de sa valeur

Les États-Unis ont importé 1,9 milliard de dollars de marchandises marocaines en 2025, selon l’USTR. L’accord entré en vigueur le 1er janvier 2006 avait supprimé la quasi-totalité des droits entre les deux pays. Il n’est pas juridiquement remis en cause, mais l’avantage compétitif qu’il procurait aux exportateurs marocains s’érode.

Les engrais et la roche phosphatée figurent parmi les produits exclus du champ de la mesure. L’annexe finale de l’USTR, élargie de 471 lignes tarifaires après consultation publique, couvre l’énergie, les minerais critiques, les produits pharmaceutiques et les engrais. Le principal poste stratégique du royaume est donc préservé. Washington était déjà allé plus loin le 29 juin avec une proclamation présidentielle déclarant l’état d’urgence sur l’approvisionnement américain en engrais phosphatés et suspendant pour huit mois la perception des droits compensateurs qui visent l’OCP depuis 2021.

Restent les biens manufacturés et les produits agricoles transformés, notamment automobile, composants électroniques, agrumes, conserves de poisson. Pour ces exportateurs, l’arbitrage se jouera entre l’absorption du surcoût sur les marges et sa répercussion sur les prix de vente américains.

Algérie et Libye : l’exemption énergétique amortit le choc

L’Algérie a exporté 2,2 milliards de dollars vers le marché américain en 2025, davantage que le Maroc. Les hydrocarbures dominent ces ventes, et Washington a exclu le pétrole brut, les produits pétroliers, le gaz naturel, le GNL, le charbon et le coke. Les engrais, autre poste significatif des exportations algériennes, relèvent également des lignes exemptées.

L’exposition réelle se limite donc aux ventes hors hydrocarbures et hors engrais, c’est à dire agroalimentaire, matériaux de construction, sidérurgie ou céramique. C’est précisément le segment qu’Alger cherche à développer, avec un objectif présidentiel de 10 à 15 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures. L’Algérie n’est donc pas impactée dans ses exportations, mais dans ses objectifs de diversification.

La Libye se trouve dans une configuration voisine. Les importations américaines de marchandises libyennes ont atteint 1,4 milliard de dollars en 2025, presque exclusivement des produits pétroliers, eux aussi exclus. La surtaxe figure bien dans la décision américaine, donc son assiette effective concernant la Libye sera étroite.

Tunis et Nouakchott hors du dispositif

La Tunisie ne fait pas partie des soixante économies visées. Ses produits restent soumis aux droits américains ordinaires. Washington en a importé pour un milliard de dollars en 2025 : huile d’olive, dattes, vêtements, engrais, composants électroniques. Sur plusieurs de ces lignes, les entreprises tunisiennes concurrencent des fournisseurs marocains désormais grevés de 12,5 points, un écart qui pèsera surtout sur les produits à faible marge. Tunis pourra aussi en faire un argument auprès d’investisseurs cherchant une base maghrébine d’exportation vers le marché américain. Rien n’interdit toutefois à l’USTR d’ouvrir de nouvelles enquêtes ou de modifier ses listes.

Les États-Unis taxent à 12,5 % le Maroc, l'Algérie et la Libye depuis le 24 juillet. La Tunisie et la Mauritanie échappent au dispositif.
Les États-Unis taxent à 12,5 % le Maroc, l’Algérie et la Libye depuis le 24 juillet. La Tunisie et la Mauritanie échappent au dispositif.

La Mauritanie échappe elle aussi au dispositif, dans des proportions sans rapport. Les États-Unis n’ont importé que 700 000 dollars de marchandises mauritaniennes en 2025, en recul de 75 % sur un an, contre près de 170 millions de dollars d’exportations américaines vers Nouakchott. L’exemption relève de la statistique plus que de l’économie. Elle prendra du sens si les projets miniers et gaziers du pays montent en charge.

Le Brésil, soumis au même taux, a dénoncé une décision arbitraire et injustifiée et annoncé des droits de rétorsion. Contrairement aux régimes précédents, celui-ci n’a aucune date d’expiration. Sa levée passera soit par les juridictions commerciales américaines, soit par l’adoption, dans les pays visés, de l’interdiction d’importation que l’USTR réclame.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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