
Le président Ismaïl Omar Guelleh a été réélu pour un sixième mandat à la tête de Djibouti avec 97,81 % des voix selon les résultats officiels. Ce scrutin, marqué par le boycott d’une partie de l’opposition, conforte la longévité politique du chef de l’État. Les autorités mettent en avant la stabilité du pays dans une région sensible.
Le verdict des urnes est tombé ce samedi matin à Djibouti, confirmant ce que tous considéraient comme une simple formalité administrative. Ismaïl Omar Guelleh, celui que ses partisans surnomment affectueusement « IOG », vient de s’assurer une longévité politique exceptionnelle. À 78 ans, le doyen des chefs d’État de la région entame un sixième mandat après une victoire écrasante qui laisse peu de place à la contestation intérieure, mais soulève de nombreuses questions sur l’avenir démocratique du pays.
Un plébiscite sans réelle concurrence
Selon les chiffres officiels communiqués par le ministère de l’Intérieur, Ismaïl Omar Guelleh a récolté 97,81 % des suffrages exprimés. Face à lui, Mohamed Farah Samatar, leader du Centre démocrate unifié (CDU) et figure quasiment inconnue du grand public, n’a pu recueillir que 2,19 % des voix. Cette campagne, qualifiée par beaucoup de « sens unique », s’est déroulée dans un calme plat, sans les heurts qui agitent parfois les voisins directs de Djibouti.
L’opposition historique, représentée par des partis tels que l’ARD et le MRD, avait choisi de boycotter le scrutin. Pour ces formations, le processus électoral est totalement verrouillé par l’appareil d’État, rendant toute alternance impossible. Elles réclament désormais une transition démocratique négociée sous l’égide de la communauté internationale, une demande qui semble, pour l’heure, rester lettre morte.
Le paradoxe de la participation et de la stabilité
Si le taux de participation officiel affiche un score robuste de 80,33 % pour environ 260 000 inscrits, le ressenti sur le terrain à Djibouti-Ville a été plus nuancé. Tout au long de la journée de vendredi, les bureaux de vote de la capitale ont semblé peu fréquentés, les électeurs s’y rendant au compte-gouttes.
Néanmoins, pour l’entourage du président, ce résultat valide la quête de « stabilité » dans une Corne de l’Afrique en proie à des tensions permanentes.
Pour se représenter, Ismaïl Omar Guelleh a dû bénéficier d’une révision constitutionnelle opérée en novembre dernier. Celle-ci a supprimé la limite d’âge de 75 ans qui l’aurait empêché de briguer ce nouveau mandat. Malgré des interrogations persistantes sur son état de santé et une démarche parfois difficile, le chef de l’État a rapidement proclamé sa victoire sur les réseaux sociaux, avant même la publication des résultats globaux.
Un carrefour stratégique sous haute surveillance
La force d’IOG réside en grande partie dans la position géographique unique de son pays. Sur un territoire exigu de 23 000 km², Djibouti s’est imposé comme la plaque tournante militaire du monde, accueillant des bases des États-Unis, de la France, de la Chine, du Japon et de l’Italie.
Cette présence étrangère assure au régime une rente financière cruciale et une protection diplomatique de premier plan, le pays bordant le détroit stratégique de Bab-el-Mandeb. Pourtant, derrière cette vitrine géopolitique, les défis socio-économiques restent immenses. Le pays est confronté à un chômage endémique qui touche 70 % des jeunes et à une dette extérieure massive, principalement contractée auprès de la Chine pour financer ses infrastructures portuaires.




