Didier Simba, du taekwondo à la cybersécurité : le pari d’un ingénieur gabonais


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Didier Simba
Didier Simba

Double lauréat des PADIS Swiss Awards à Lausanne, Didier Simba a bâti sa carrière dans la cybersécurité de grandes entreprises françaises. Aujourd’hui, il mise sur la formation de 200 Gabonaises pour développer les compétences numériques de son pays.

En taekwondo, tout se joue dans l’anticipation : lire l’adversaire avant qu’il ne frappe. Didier Simba connaît la règle par cœur. Il pratique depuis plus de vingt ans, dont une décennie à haut niveau. En 2023, après plusieurs années loin de la compétition, il atteint les quarts de finale du championnat de France, puis participe au championnat d’Europe.

Mais c’est dans un tout autre domaine qu’il vient d’être distingué. Le 17 octobre, à Lausanne, les PADIS Swiss Awards lui ont décerné le prix du meilleur acteur de l’innovation, du numérique et de la technologie de la diaspora africaine, ainsi que le prix spécial du jury.

Son autre arène, ce sont les systèmes d’information. Et la logique reste la même : anticiper l’attaque.

De Libreville à l’EPITA

Tout commence au lycée Paul Indjendjet Gondjout de Libreville, avec un bac C obtenu en 2004, puis une année de maths sup au Gabon avant le départ pour la France. Diplômé de l’EPITA en 2012, il débute comme consultant en audit et analyse des risques. Il devient ensuite responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) au sein du groupe bancaire BPCE, puis exerce la même fonction chez Docaposte, 1001 Vies Habitat ou Petit Forestier. Banque, données, logistique sont autant de secteurs particulièrement exposés aux cyberattaques.

Il préside l’APSI-GA, qui fédère les professionnels gabonais du secteur, et lance en 2022 DSTrust, un cabinet de conseil installé à Libreville. Autre chantier, l’African Cybersecurity Maturity Index, un projet d’indice destiné à comparer le niveau de préparation des 54 pays africains face aux cybermenaces. L’ambition est de mieux cerner les faiblesses des dispositifs nationaux et les efforts nécessaires pour y remédier.

200 Gabonaises à former d’ici 2027

C’est pourtant un programme plus modeste en apparence qui a particulièrement retenu l’attention. Baptisé SSIGA (Sécurité des systèmes d’information au Gabon), il s’adresse exclusivement aux femmes. Monté par CCPE’ZON et PIZOLUB, en partenariat avec DSTrust, il propose cinq mois de formation intensive dans les locaux du CCPE’ZON, à l’Université Omar Bongo. Les participantes y préparent le certificat professionnel Google Cybersecurity, puis bénéficient d’un accompagnement vers l’emploi. Les conditions d’entrée sont volontairement ouvertes : des bases en informatique, de la motivation et de la disponibilité.

La première promotion comptait 20 participantes. Selon les responsables du programme, 18 ont obtenu leur certification et 16 auraient bénéficié d’une insertion professionnelle. Des chiffres encourageants.

L’objectif de 200 femmes formées, initialement fixé à 2026, court désormais jusqu’en 2027. Il manque encore l’équivalent de neuf promotions de 20 participantes. À raison de cinq mois par session, ce rythme ne pourra être tenu qu’en menant plusieurs cohortes de front ou en les élargissant.

L’initiative répond à un déséquilibre bien réel. Selon une étude publiée en 2025 par ISC2, association professionnelle internationale du secteur, les femmes ne représentaient en moyenne que 22 % des effectifs des équipes de cybersécurité étudiées. Au Gabon, l’enjeu est d’ouvrir ces métiers aux femmes et de former localement les spécialistes dont les entreprises et les administrations auront besoin.

Car former sur place, c’est aussi éviter que chaque nouvelle compétence gabonaise prenne l’avion. Didier Simba dit vouloir « faire en sorte que les opportunités que nous avons eues deviennent accessibles ».

La diaspora comme pont

Son parcours illustre un modèle de coopération entre la diaspora et le continent : celui de cadres africains formés et aguerris en Europe, qui réinvestissent leur réseau et leur savoir-faire au pays sans forcément tout quitter. Dans un métier où l’expérience pratique pèse autant que les diplômes, ces allers-retours peuvent devenir un atout.

Encore faut-il transformer l’essai. Comme beaucoup de pays du continent, le Gabon numérise ses administrations et ses services, et chaque nouvelle plateforme élargit d’autant la surface d’attaque. Disposer de spécialistes capables de protéger ces infrastructures devient une nécessité, bien au-delà des seules entreprises technologiques.
La leçon des tatamis s’applique : on ne gagne pas un combat en attendant le coup.

Afrik
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