
L’Algérie développe un modèle d’intelligence artificielle spécialement consacré à sa législation fiscale. Programmé à court terme dans la stratégie nationale d’IA, cet outil doit être livré dans quatre mois. Il s’inscrit dans la modernisation de l’administration fiscale et dans la volonté d’Alger de disposer de ses propres technologies.
Et si, demain, un entrepreneur algérien pouvait interroger une intelligence artificielle pour connaître ses obligations fiscales ou retrouver une disposition du Code des impôts ? C’est l’une des applications envisageables du projet engagé par les autorités algériennes. Le 20 octobre 2026, lors de la cinquième réunion multisectorielle de suivi de la stratégie nationale d’intelligence artificielle, présidée par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, les tâches ont été réparties pour la réalisation d’un modèle de langage spécialisé dans la législation fiscale nationale.
Des représentants de la Direction générale des impôts (DGI) sont associés à son développement. Selon le communiqué du ministère, les équipements nécessaires ont été mis à disposition et le projet doit être livré dans un délai de quatre mois, soit d’ici février 2027.
Pourquoi la fiscalité ?
La législation fiscale constitue un ensemble de textes particulièrement dense, régulièrement modifié par les lois de finances, les dispositions réglementaires et les instructions administratives. Pour une petite entreprise ou un travailleur indépendant, retrouver une règle applicable peut nécessiter de consulter plusieurs documents.
Un modèle de langage entraîné ou adapté à cette documentation pourrait répondre à des questions formulées en langage courant en renvoyant aux textes pertinents. Il pourrait aussi constituer un outil de travail pour les agents de l’administration. Ces usages restent toutefois des possibilités et les autorités n’ont pas encore précisé si le dispositif sera ouvert au grand public ou réservé aux agents du fisc.
Une administration déjà engagée dans la dématérialisation
L’initiative s’inscrit dans une transformation plus ancienne des services fiscaux algériens. Depuis janvier 2026, en application de la loi de finances, la télédéclaration est obligatoire pour les contribuables relevant des régimes du réel et du réel simplifié, auprès des services équipés du système Jibayatic. Le 25 juillet, la DGI a lancé le paiement en ligne des droits et taxes, par carte CIB ou Edahabia ou par virement bancaire, ouvert à tous les contribuables quel que soit leur régime.
Mais cette modernisation a rencontré des difficultés techniques. En février, après des pannes sur le portail, l’administration avait dû proroger certains délais déclaratifs et autoriser les contribuables empêchés d’utiliser Jibayatic à déposer leurs déclarations auprès du receveur des impôts.
L’intelligence artificielle viendrait compléter cette dématérialisation pour aider les contribuables à savoir exactement ce qu’ils doivent déclarer. Dans un pays qui cherche à encourager la création d’entreprises et à diversifier son économie, la lisibilité des obligations fiscales intéresse aussi les entrepreneurs et les investisseurs.
Le risque d’une mauvaise interprétation de la loi
RCependant, une intelligence artificielle peut produire des réponses convaincantes, mais juridiquement inexactes. Confondre deux régimes fiscaux ou s’appuyer sur un article abrogé pourrait entraîner des conséquences financières pour un contribuable.
L’OCDE, dont le Forum sur l’administration fiscale a constitué un groupe de travail sur l’usage de l’IA par les services fiscaux, appuie ces travaux sur ses principes pour une IA « digne de confiance », qui insistent notamment sur la transparence des systèmes et la responsabilité de ceux qui les déploient.
Pour l’Algérie, cela suppose une base de textes mise à jour à chaque loi de finances et un outil capable d’indiquer ses sources. Une réponse de l’outil n’engagera pas pour autant l’administration car pour obtenir une position opposable du fisc, le contribuable algérien dispose déjà du rescrit fiscal, renforcé par la loi de finances 2012.
Un test pour l’intelligence artificielle algérienne
Le projet fiscal s’inscrit dans un programme beaucoup plus vaste. L’Algérie prévoit notamment la formation de 50 000 spécialistes de l’intelligence artificielle d’ici 2030, la création d’un centre national de recherche dédié à l’IA et aux données, ainsi que le développement de capacités nationales de calcul.
Depuis l’adoption de la stratégie nationale, en décembre 2024, l’objectif affiché est de réduire la dépendance du pays aux solutions importées. Le modèle fiscal en sera un test grandeur nature. Sa valeur se jugera à la fiabilité de ses réponses et à la possibilité, pour un contribuable sans formation juridique, de s’en servir.






