
Avec plusieurs nouvelles lignes africaines et l’ouverture annoncée d’une liaison vers Shanghai, Air Algérie franchit une nouvelle étape dans sa stratégie internationale. La compagnie entend faire d’Alger une plateforme de correspondance entre l’Europe, l’Afrique subsaharienne et l’Asie. Le projet commence à se concrétiser, face à des concurrents déjà installés.
Un passager quittant Conakry ou Lagos pourra-t-il bientôt rejoindre Shanghai en passant par Alger, sans transiter par Paris, Istanbul ou une capitale du Golfe ? C’est l’un des paris engagés par Air Algérie. À partir du dimanche 25 octobre, la compagnie nationale doit ouvrir plusieurs nouvelles liaisons internationales. Ces ouvertures servent le projet de faire de l’aéroport Houari-Boumédiène un carrefour du trafic aérien entre trois continents.
Cette stratégie, affichée depuis plus d’un an, prend désormais de la vitesse. Après avoir renforcé sa présence en Afrique au cours des derniers mois, Air Algérie cherche à mettre en relation ses différentes destinations pour attirer une clientèle qui ne voyage pas nécessairement vers l’Algérie.
De Conakry à Shanghai, un réseau qui change de dimension
Le programme de la dernière semaine d’octobre est dense. Conakry, en Guinée, doit être desservie à partir du 25 octobre, avec trois vols hebdomadaires. Brazzaville, capitale de la République du Congo, suivra le lundi 26 octobre, au même rythme. Au Nigeria, une desserte combinée de Lagos et Abuja est également prévue, avec deux rotations par semaine.
Ces ouvertures prolongent celles de Libreville, au Gabon, et de Luanda, en Angola, intervenues cet été. Elles élargissent sensiblement le réseau africain d’Air Algérie, longtemps concentré sur quelques grandes capitales.
L’ouverture de Shanghai, le 26 octobre, donne pourtant une autre portée à ce développement. Trois vols par semaine en Airbus A330-900neo doivent relier Alger à la métropole chinoise, après Pékin et Guangzhou, déjà présentes dans le réseau de la compagnie.
Dans le même temps, la liaison vers Doha devient quotidienne à partir du 25 octobre, et le Koweït entre au réseau le 26 octobre, avec un vol hebdomadaire en escale sur la ligne d’Amman. Les vols vers Tripoli reprennent le 28 octobre, après plus de onze ans d’interruption.
Mises bout à bout, ces lignes permettent de construire des itinéraires entre les marchés africains et les grandes places économiques internationales.
Alger, un hub naturel selon le patron d’Air Algérie
Cette ambition avait été exposée dès avril 2025 par Hamza Benhamouda, PDG d’Air Algérie, dans un entretien accordé à Afrik.com. « Géographiquement, Alger est un hub naturel pour l’Afrique », expliquait-il, en soulignant que la majorité des grandes destinations mondiales étaient accessibles depuis la capitale algérienne en moins de douze heures de vol.
Située sur la rive sud de la Méditerranée, Alger bénéficie d’une proximité avec l’Europe et d’une position intéressante pour desservir une partie de l’Afrique occidentale et centrale. Air Algérie souhaite exploiter cet avantage pour proposer des correspondances compétitives vers l’Asie, le Moyen-Orient et l’Amérique du Nord.
Pour le voyageur, c’est d’abord le temps total du trajet qui comptera. Un billet Conakry-Shanghai passant par Alger ne deviendra attractif que si les horaires permettent une correspondance suffisamment rapide, avec un tarif intéressant. Dans le même entretien, Hamza Benhamouda mettait d’ailleurs en avant des « temps de correspondance réduits » au départ d’Alger.
Des avions supplémentaires pour soutenir cette ambition
La flotte suit et, le 17 octobre, la compagnie a réceptionné son sixième Airbus A330neo, baptisé Ras El Afia. Cet appareil long-courrier s’inscrit dans un programme de renouvellement engagé en 2023, qui porte sur dix A330neo, dix Boeing 737 MAX et seize ATR 72-600 destinés au réseau intérieur.
Les gros-porteurs doivent permettre de développer les dessertes intercontinentales, tandis que les moyen-courriers assurent l’alimentation du réseau depuis les capitales africaines et européennes.
Cette organisation constitue le principe même d’un hub qui est de faire converger les vols vers un aéroport central avant de redistribuer les passagers vers d’autres destinations. Encore faut-il des horaires bien coordonnés et un transit sans accroc, bagages compris.
Le développement du fret représente un autre volet du projet, c’est pourquoi un accord a notamment été signé en avril pour préparer un centre de fret aérien à Alger. L’ouverture de nouvelles liaisons avec la Chine pourrait également favoriser les échanges commerciaux, au-delà du seul transport de passagers.
Face à Casablanca et Addis-Abeba, la concurrence s’intensifie
Air Algérie entre toutefois sur un marché où plusieurs concurrents sont déjà implantés. Royal Air Maroc a construit depuis Casablanca un réseau de correspondances particulièrement dense vers l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. À Addis-Abeba, Ethiopian Airlines a lancé un projet de nouvel aéroport et s’appuie sur une plateforme intercontinentale desservant une grande partie de l’Afrique et de l’Asie. Turkish Airlines, Emirates et Qatar Airways captent également une part importante des voyageurs africains en transit.
Selon le cabinet spécialisé OAG, Air Algérie programme 757 522 sièges en octobre 2026, soit une progression de 12,4 % sur un an, ce qui la place au cinquième rang africain. Royal Air Maroc, quatrième, en affiche 817 323 tandis qu’Ethiopian Airlines dépasse deux millions de sièges.
La compagnie algérienne progresse donc et doit encore élargir son réseau et, surtout, attirer davantage de voyageurs internationaux en correspondance. En reliant davantage de villes africaines à Shanghai, à l’Europe et au Moyen-Orient, Air Algérie commence ainsi à réunir les éléments nécessaires à cette transformation. Il lui faudra convaincre les voyageurs que passer par Alger est aussi pratique et compétitif que de transiter par les grandes plateformes concurrentes.
Premier test le 25 octobre, avec le vol inaugural vers Conakry, suivi le lendemain de ceux de Brazzaville, Abuja et Shanghai.




