Côte d’Ivoire/Présidentielle : jour J, un vote sans engouement

jour_j_cocody.jpg

Ce dimanche 25 octobre, plus de 6,3 millions d’électeurs ivoiriens étaient appelés aux urnes. La participation s’annonce faible alors que le Président sortant Alassane Ouattara est appelé à se faire réélire dès le premier tour. Les quelques votants se sont rendus dans les bureaux de vote sans enthousiasme au cours d’un scrutin émaillé de quelques irrégularités.

De notre envoyé spécial à Abidjan,

L’élection présidentielle de ce dimanche est le premier scrutin au cours duquel les électeurs disposaient d’une carte d’électeur biométrique. Des tablettes numériques ont été distribuées dans les bureaux de vote afin de pouvoir contrôler les votants. La distribution tardive de ce matériel a notamment provoqué le retard de l’ouverture de nombreux bureaux de vote. Prévu à 8h du matin, beaucoup ont dû ouvrir entre 8h30 et 9h, comme constaté notamment dans le bureau Jean de la Fosse, à Adjamé, quartier populaire de la capitale économique, Abidjan. Dans d’autres bureaux de vote, ces tablettes n’ont jamais été livrées. Les agents des bureaux de vote ont alors noté sur la liste électorale le vote des électeurs qui ont marqué leur index avec de l’encre « indélébile », comme lors des précédents scrutins. Certaines irrégularités ont été constatées au cours de ce vote « sans enjeux ».

Lire sur le sujet : Côte d’Ivoire/Présidentielle : ce qu’il faut retenir des candidats

jour_j_urnes.jpg
Dans le bureau de vote de l’école Jean de la Fosse, à Adjamé, un électeur accompli son vote (Crédit photo: Frédéric Schneider)

Des irrégularités

Dans un petit maquis du quartier d’Adjamé, une dame assise sur une chaise supervise les opérations. Des cartes d’électeurs sont distribuées à leur propriétaire qui les retirent auprès du gérant qui leur remet 500 Fcfa, soit le prix du transport pour se rendre au bureau de vote. Habitants d’Adjamé, ils sont plusieurs dizaines à s’être fait enrôler dans des bureaux de vote du quartier du Plateau, qui n’est que peu peuplé. Arrivés à destination, ils obtiendront la somme de 3 000 Fcfa pour avoir voté le Président sortant Alassane Ouattara.

Lire sur le sujet: Affiches électorales : Alassane Ouattara met ses adversaires « KO »

bulletin_de_vote.jpg
Les candidats Mamadou Koulibaly, Essy Amara et Charles Konan Banny qui ont annoncés leur retrait de la course figurent tout de même sur les bulletins de vote distribués aux électeurs (Crédit photo: Frédéric Schneider)

« La CEI (Commission électorale indépendante) nous démontre visiblement qu’elle n’est pas prête. Dans beaucoup de centres, c’est maintenant qu’on envoie le matériel de vote », a critiqué le candidat indépendant Kouadio Konan Bertin, à la mi-journée. « Des non Ivoiriens ont été pris en train de voter, il y en a deux qui sont en ce moment au commissariat à Zaïbo. La CEI a demandé qu’on les libère et qu’ils votent », a-t-il dénoncé.

Un scrutin « apaisé »

Du côté du Front populaire ivoirien (FPI) dont Pascal Affi N’Guessan est le candidat de l’opposition qui devrait obtenir le plus de voix, « aucun incident » n’a été signalé sur « l’ensemble du territoire national », selon Alcide Djédjé.

Lire sur le sujet: Côte d’Ivoire/Election présidentielle : une jeunesse « désintéressée » ?

« Tout s’est déroulé dans de bonnes conditions et de façon apaisée », déclare Marc, juste après avoir voté dans le bureau de vote de l’école Jean de la Fosse, dans le quartier d’Adjamé. « Le principal est qu’on efface la décennie de crise en Côte d’Ivoire. Le prochain Président sera le Président de tout le monde », indique Narcisse. Kader dénonce les cafouillages qui se sont déroulés dans ce bureau de vote : il a constaté « des urnes non scellées, du retard dans le dépôt de ces urnes », ce dimanche matin.

Une affluence très faible dans les bureaux de vote

Dans le même quartier, Ismaël, assis sur un banc avec ses amis au bord de la route, déclare que tout le monde sait que Ouattara va gagner lors de cette élection « sans enjeux ». « On sait que beaucoup n’ont pas voté. Il y en a qui n’ont pas pu recevoir leur pièce d’identité, d’autres qui veulent d’abord que Gbagbo (l’ancien Président Laurent Gbagbo, actuellement détenu par la Cour pénale internationale) revienne, et que sans lui, il ne peut pas y avoir de vrai réconciliation », poursuit-il.

Lire sur le sujet : Côte d’Ivoire : l’ombre de Gbagbo plane sur la Présidentielle

jour_j_cocody.jpg
Dans le bureau de vote du lycée technique de Cocody, à Abidjan (Crédit photo: Frédéric Schneider)

Une représentante électorale du FPI dans le bureau de vote du Lycée technique du quartier aisé de Cocody, Inés, déclare que l’affluence n’est clairement pas au rendez-vous : « Il y a beaucoup moins de monde, beaucoup moins de tentatives de fraudes par rapport à l’élection de 2010 ». Cette année-là, des partisans de certains partis demandaient aux électeurs de se prendre en photo avec leur bulletin de vote dans l’isoloir pour prouver leur vote et ainsi recevoir une somme d’argent, décrit Kader. Ebi qui qualifie cette élection de « disproportionnée », déclare avoir hésité à voter. « Je viens et je n’ai même pas ma carte d’électeur », précise-t-il.

Alors que les bureaux de vote ont fermé à 17h sur l’ensemble du territoire de la Côte d’Ivoire, les Ivoiriens qui se sont déplacés pour voter, sans illusions, sont retournés à leur occupation, dans l’attente d’un résultat joué d’avance.