
Présenté à l’occasion de la COP17 d’Erevan, le rapport Common Ground de la coalition Faiths for Biodiversity analyse sept partenariats associant organisations religieuses, communautés locales, chercheurs et entreprises. Les exemples africains, du karité du nord ghanéen aux comités de l’eau du KwaZulu-Natal, illustrent le potentiel de ces alliances, mais aussi la difficulté de mesurer leurs résultats écologiques.
À Erevan, où la 17e Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique se tient du 19 au 30 octobre, les États dressent un premier bilan collectif du Cadre mondial de Kunming-Montréal, adopté en décembre 2022. Le constat est préoccupant : selon les premières conclusions présentées avant l’ouverture des travaux, moins de la moitié des objectifs nationaux évalués sont en voie d’être atteints. C’est dans ce contexte que Faiths for Biodiversity, coalition internationale interreligieuse constituée avant la COP15, a présenté Common Ground: Faith Partnerships for Nature.
Le rapport, dont Tariq Al-Olaimy et Gopal Patel sont les auteurs principaux, part d’une lacune relevée par le secrétariat de la Convention lui-même. En février 2026, moins de la moitié des 51 stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB) alors analysés expliquaient comment des acteurs extérieurs à l’État prendraient part à leur mise en œuvre. Pour Gopal Patel, coordinateur de la coalition, la conférence doit servir à consolider ces alliances : « La nature se régénère lorsque les institutions qui détiennent des droits, des savoirs, des responsabilités et des ressources travaillent ensemble. »
Les auteurs rappellent le poids matériel des institutions religieuses. D’après des estimations souvent citées, elles détiendraient environ 8 % des terres habitables de la planète et 5 % des forêts commerciales. Le document précise aussitôt que ces chiffres décrivent une capacité d’action potentielle et ne démontrent en rien un bénéfice écologique.
Le karité ghanéen pour financer la conservation
Dans le nord du Ghana, l’organisation chrétienne de conservation A Rocha Ghana a signé des accords avec l’entreprise Savannah Fruits Company et quatre zones de gestion communautaire des ressources (CREMA), des structures reconnues par le système ghanéen de gestion de la faune. Le principe consiste à rattacher l’achat du karité à la protection des savanes où poussent les arbres. Selon l’ONG française Noé, une prime biodiversité alimente un fonds de conservation.
A Rocha Ghana fait état de plus de 200 000 plants d’essences locales mis en terre sur 450 hectares dégradés, de plus de 200 patrouilles communautaires et d’un appui à plus de 600 femmes travaillant dans la filière du karité ainsi qu’à 450 apiculteurs.
Le rapport Common Ground reprend ces réalisations, mais souligne que plusieurs résultats restent à mesurer : quelle part de la prime atteint chaque année les fonds locaux, combien de plants survivent et dans quelle mesure l’habitat naturel s’améliore. Les auteurs rappellent également qu’une prime ne dispense pas l’acheteur de réduire lui-même les atteintes à la nature liées à sa chaîne d’approvisionnement.
Ces chiffres mesurent l’activité déployée. Le retour des espèces et la reconstitution des habitats demanderont un suivi sur plusieurs années.
Dans le KwaZulu-Natal, des adolescentes font entendre leur voix sur l’accès à l’eau
En Afrique du Sud, le Women’s Leadership and Training Programme (WLTP), créé en 1985 par le Graal, mouvement international de femmes d’origine catholique, mène depuis 2020 un projet consacré à l’eau dans les zones rurales du KwaZulu-Natal. En octobre 2021, quinze adolescentes formées à l’analyse de l’eau ont transmis ce savoir-faire à 40 filles de quatre écoles. Elles ont ensuite préparé des questions pour les candidats aux élections locales et appris quelles responsabilités relevaient des municipalités. Après avoir présenté leurs résultats aux autorités traditionnelles, des participantes ont été invitées à rejoindre des comités de l’eau.
Le programme collabore aussi avec le Mabula Ground Hornbill Project, qui protège le grand calao terrestre, un oiseau menacé. En 2026, ce projet a recruté un agent de terrain formé par le WLTP, et des ateliers avec les chefs traditionnels ont abouti à un projet de plan de sauvegarde de l’espèce, dont la version finale est attendue en novembre.
Là encore, les auteurs restent prudents. L’interdiction de jeter des couches dans les cours d’eau, proposée par un chef local, n’était toujours pas appliquée en septembre, et rien ne permet d’affirmer que l’accès à l’eau s’est amélioré.
Au Ghana, la conservation s’appuie sur les revenus du karité et l’organisation des producteurs, alors qu’en Afrique du Sud elle passe par la participation des habitants aux décisions publiques. Leurs effets sur les écosystèmes restent, pour l’heure, difficiles à établir.
De l’Éthiopie au Maroc, d’autres expériences à examiner
Au-delà des sept partenariats étudiés en détail, le rapport évoque d’autres initiatives africaines.
En Éthiopie, une évaluation de six forêts entourant des églises et monastères orthodoxes, soutenues par la commission de développement de l’Église et Norwegian Church Aid, n’a relevé quasiment aucune évolution nette du couvert végétal entre 2018 et 2021. La collecte de bois de chauffe continuait notamment de peser sur ces espaces. L’expérience montre les limites de la protection religieuse car le caractère sacré des lieux peut contribuer à préserver les forêts, sans suffire à faire disparaître les pressions économiques qui les menacent.
À Akrich, dans le Haut Atlas marocain, la communauté juive a mis à disposition un terrain voisin d’un cimetière et d’un tombeau pour une pépinière communautaire accompagnée par la High Atlas Foundation. La pépinière avait distribué 7 973 plants entre la mi-décembre 2020 et le 16 janvier 2021. Cette expérience, qui associe notamment des acteurs des communautés juive et musulmane, montre comment un patrimoine religieux peut être mis au service d’un projet environnemental local.
Un rôle revendiqué, mais encadré
Le rapport se distingue par sa franchise sur le passé. Il rappelle que des institutions missionnaires et coloniales ont réprimé des spiritualités autochtones et pris part à la dépossession de terres, et que certaines détiennent encore des terrains acquis à cette époque. Il en tire une règle : une présence ancienne dans une communauté ne confère pas le droit de parler en son nom, et l’engagement moral ne remplace pas l’expertise écologique ou l’autorité publique.
De ses études de cas, la coalition retient trois enseignements. Un partenariat donne des résultats lorsque chaque acteur apporte une contribution que les autres ne peuvent fournir seuls. Les données recueillies par les communautés n’ont d’effet que si elles peuvent orienter les décisions publiques. La restauration d’une forêt ou d’une rivière dépasse la durée de la plupart des financements de projet.
Cette publication s’inscrit dans le travail du réseau FutureFaith, déjà à l’origine de la coalition interreligieuse pour l’océan lancée en juin à Mombasa. Elle prolonge une réflexion sur la capacité des institutions religieuses à mobiliser les communautés, également abordée dans notre entretien consacré à la protection des océans.
Le rapport se conclut par un cadre de bonnes pratiques qui demande aux partenaires de fixer, avant tout lancement, le financement de l’entretien après la fin des subventions, la propriété des données et les « lignes rouges » de leur coopération.
Le rapport complet Common Ground est disponible en anglais.




