Marché chocolaté pour le karité

Le karité pourrait être introduit dans la fabrication du chocolat. La directive européenne à l’origine de ce changement devrait déboucher sur une exportation accrue de l’or blanc. Mais les productrices africaines pourraient ne pas bénéficier des retombées économiques.

Du chocolat au beurre de karité. Voilà un produit que l’on pourrait retrouver prochainement dans les rayons des supermarchés. Une directive européenne autorise en effet l’ajout de 5% de matières grasses, autres que le beurre de cacao, dans la fabrication du chocolat. Peut-être là un nouveau marché qui s’ouvre aux femmes, principales productrices de karité en Afrique.

Le karité est surtout exporté pour un usage cosmétique et pharmacologique. L’ouverture à un marché aussi florissant que celui du chocolat dynamiserait l’économie rurale des pays producteurs. Au Mali, par exemple, trois millions de femmes tireraient 80% de leurs revenus de cette culture informelle. De nouveaux marchés signifieraient donc plus d’exportations. « La production pourrait tripler, voire plus, en moins de cinq ans », prévoit Binta Bocoum Konté, chargée du Programme d’appui aux activités des femmes dans la filière du karité. De quoi améliorer le quotidien familial et social.

Les intermédiaires s’enrichissent

Toutefois, l’évolution des marchés fait craindre une inégalité dans la répartition des richesses. « Avec tous les intermédiaires qui interviennent lors des transactions, les productrices risquent de ne pas percevoir les retombées de ce nouveau commerce. Nous devons nous battre pour qu’elles aient un accès direct au marché », souligne Binta Bocoum Konté. Même son de cloche chez l’association burkinabé Songtaab-Yalgre, protégeant les productrices de karité. « Pour que les productrices profitent des retombées, il faudrait qu’elles traitent directement avec les chocolatiers. Les intermédiaires achètent le karité à un prix très bas et le revendent bien plus cher. Le principe du commerce équitable n’est donc pas respecté. Nous ne savons même pas où notre produit est utilisé », souligne Marcelline Ouedrago, coordinatrice de l’association.

Pour renverser la vapeur, Songtaab-Yalgre s’est informatisé pour se rendre plus accessible et ainsi éviter les transactions annexes. Pour l’instant, aucune société chocolatière ne l’a l’approchée. Pourtant, un revirement aurait un impact substantiel. Le karité doit être vendu à 700 FCFA le kilo pour que les femmes puissent subvenir à leur besoin et ceux de leur famille, estime Marcelline Ouedrago. « Si ce prix minimum était respecté, la pauvreté de ces femmes serait éradiquée ». Mais il arrive que les productrices bradent elles-même les prix pour subvenir à leurs besoins immédiats.

Karité qualité supérieure

Autre problème : la concurrence et les exigences du marché. Le programme malien d’appui aux activités des femmes dans la filière du karité est l’une des armes du gouvernement pour valoriser et moderniser le secteur. Indispensable pour satisfaire une éventuelle hausse des commandes. La qualité de production n’est plus assez satisfaisante pour les normes internationales. Il va falloir remplacer les méthodes traditionnelles par des moyens plus sophistiqués. Un tournant qui permettra en plus d’augmenter la production.

C’est aussi le moyen d’écarter la concurrence. Binta Bocoum Konté, chargée du Programme, ne se fait aucun souci. « Le Mali possède le plus grand nombre d’arbres de karité ». Pourtant, le Burkina, en avance sur la technologie, se retrouve à la place de premier exportateur mondial devant son voisin.

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