Congo : le tennis de table pour réinsérer les enfants de la rue

Une centaine d’enfants s’entraîne régulièrement au ping-pong au gymnase de Ouenze ou derrière la maison d’Henri Djombo, président de la Fédération congolaise de tennis de table. Parmi eux, la moitié sont des ex-enfants des rues formés pour défendre demain les couleurs de leur pays lors des compétitions internationales. Découverte.

Notre envoyée spéciale à Brazzaville

Tous les jours, du matin au soir, on entend des bruits secs et discontinus derrière la maison du ministre congolais de l’Economie Forestière Henri Djombo. En s’approchant, on découvre une vaste salle où des grappes d’enfants âgés de 7 à 14 ans jouent au tennis de table. Tous portent l’équipement rouge que leur a offert leur hôte, par ailleurs président de la Fédération congolaise de tennis de table (FCTT).

Trouver des joueurs « disponibles »

L’ambiance est si chaleureuse qu’on en oublierait presque que certains des pongistes en herbe ont un lourd passé. Sur la centaine d’enfants qu’entraîne le club Avenir chez le ministre et au gymnase de Ouenze, « 53 sont des ex-enfants de la rue », explique Carine Loupé, qui se charge de ces nouvelles recrues depuis un an. Selon Henri Djombo, la moitié de ces jeunes déshérités viennent de Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo.

Pourquoi avoir choisi de les former au tennis de table ? « Je voulais des jeunes disponibles pour en faire des professionnels. Or, les enfants des rues ont plus de temps pour jouer que les enfants ordinaires, qui vont aller à l’école. Je me sens par ailleurs concerné par la réinsertion sociale de ces enfants, dont la présence dans la rue trahit le fait que nous, parents, avons échoué dans notre mission d’encadrement », confie Henri Djombo, qui recrute lui-même des enfants des rues.

Réinsérer les enfants dans leur famille

Quand ils arrivent au club, les jeunes sont pris en charge. « On essaye d’emmener ceux qui sont drogués chez des psychiatres et ceux qui sont malades à l’hôpital, indique Carine Loupé, qui s’occupe des enfants des rues depuis un an. Pour les enfants qui ont encore leurs parents, j’essaye de renouer le dialogue avec eux. »

La responsable souligne que la médiation permet à des enfants de retourner chez eux mais que parfois ils préfèrent rester dans la rue parce qu’ils sont maltraités à la maison ou que leurs proches ne peuvent s’en occuper. Dans ces cas extrêmes, le club Avenir subvient à leurs besoins. « Tous les matins, on leur offre un petit déjeuner. Pour le midi, on leur donne 250 FCFA et, le dimanche, quand le ministre est là, on mange tous ensemble », indique Carine Loupé.

La carotte et le bâton

De quoi prendre des forces pour l’entraînement. Les enfants jouent au moins trois fois par semaine le matin ou l’après-midi, selon leurs heures de cours, d’alphabétisation ou de formation. Et la rigueur est de mise. « Si l’un des enfants en injurie un autre, fait preuve d’agressivité, vole quelque chose ou casse du matériel, il est sanctionné pendant quelques jours, affirme Henri Djombo. Surtout avec les petits de la rue, il faut être dur pour corriger leurs mauvaises habitudes. »

Pour s’assurer que les enfants, de la rue ou non, pratiqueront le tennis de table avec sérieux, le président de la FCTT a toutefois trouvé comment les motiver : « On leur explique qu’ils auront des primes de participation aux compétitions et des primes de résultat en plus des sommes qu’ils auront s’ils gagnent des médailles. Cela les pousse à travailler durement, à s’intéresser matériellement au tennis de table et à comprendre qu’en travaillant durement on réussit ».

Tous derrière Différent

La méthode semble porter ses fruits. Plusieurs ex-enfants des rues semblent prometteurs. Et lorsqu’on demande à Henri Djombo et Carine Loupé lequel est le meilleur, un seul nom revient : celui de Différent. Il faut dire que le jeune homme de 18 ans a rapidement fait preuve de talent. Aujourd’hui, il brille par sa vivacité et la précision et la rapidité de ses coups. Des qualités dont il fait montre lors des compétitions ou lors de matchs improvisés contre le ministre.

Et le succès est au rendez-vous. « Je suis arrivé en 2003 après que le ministre m’a repéré dans la rue. Il m’a acheté des habits, donné de l’argent, un équipement et un coach m’a formé. Et maintenant, je suis un bon joueur ! », raconte le collégien en souriant. Et effectivement : il explique qu’il a gagné un titre de champion d’Afrique junior qui lui a rapporté 700 000 FCFA, et qu’il s’est classé à la deuxième place lors d’une Coupe du monde junior (400 000 FCFA).

Outre les sommes d’argent qu’il engrange de temps à autres, Différent apprécie de pouvoir voyager. Ses compétitions de tennis de table l’ont déjà conduit en Algérie, en Afrique du Sud et en France. Un changement radical et une grande fierté pour Différent, qui a tant souffert de la précarité. Les parents de cet élève timide ne tarissent pas non plus d’éloges sur leur fils, qu’ils ont accepté de reprendre à la maison.

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