Comment l’Afrique peut-elle tirer profit du nucléaire ?

Une conférence régionale sur la contribution du nucléaire au développement de l’Afrique s’est ouverte ce mardi à Alger, la capitale de l’Algérie, en présence de Mohamed El Baradei, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). L’occasion de revenir sur les possibilités qu’offre la science nucléaire aux pays africains.

Alger, la capitale algérienne, accueille depuis ce mardi une conférence régionale de deux jours sur la contribution de l’énergie nucléaire à la paix et au développement en Afrique. Des représentants d’une quarantaine de pays assistent à la rencontre à laquelle participe le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed El Baradei. Dans son intervention, à l’ouverture de la conférence, le responsable de l’AIEA s’est largement appesanti sur la situation de l’Afrique au regard des usages civils du nucléaire et l’aide que son organisation lui apportait dans leur développement. Pour rendre ce soutien plus efficace, l’organisation internationale promeut la coopération technique entre les pays africains fédérés par l’Accord régional africain pour le développement de la coopération en maîtrise de recherche et de la formation en science et technique nucléaire (AFRA). Il a été signé par 26 Etats africains. Il leur permet de maximiser l’utilisation des infrastructures et de l’expertise disponibles. La formation est l’un des principaux domaines d’intervention de l’agence car le nucléaire nécessite savoir-faire et précaution. En 10 ans, plus de 3 000 bourses et visites scientifiques ont été financées par elle.

Des usages multiples et bénéfiques

Les autres domaines, tout aussi importants, sont multiples. Ainsi dans la gestion des ressources hydrauliques, l’organisation met à disposition des pays africains les techniques de l’hydrologie isotopique pour connaître et gérer les ressources disponibles en eau. La Tanzanie, le Kenya et l’Ouganda ont bénéficié d’une étude conduite, entre 2003 et 2005, relative au partage des ressources du lac Victoria. L’expérience a également profité à l’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan, tous trois traversés par le Nil. L’Agriculture est aussi un secteur où l’usage du nucléaire s’avère bénéfique aux populations africaines, notamment en matière de biotechnologie, quand il s’agit d’améliorer les performances des semences. Selon Mohamed El Baradei, cela a conduit, depuis 2001, à la production de nouvelles variétés de sésame en Egypte, de manioc au Ghana, de banane au Soudan ou encore de coton en Zambie.

Autre champ où la technologie nucléaire est un recours efficace : la santé. Notamment en matière de lutte contre le cancer et la maladie du sommeil. Le « sterile insect technique » (SIT), méthode de stérilisation des insectes par radiation, est l’un des moyens pour combattre la mouche tsé-tsé, responsable de la trypanosomiase. Une maladie dont l’impact sur la croissance économique des régions où elle sévit est très négatif. Quant au cancer, le directeur général a affirmé que « d’ici 2020, sur les 260 millions de cas qui vont se déclarer, 150 le seront dans des pays en voie de développement ». Depuis 30 ans, a précisé, Mohamed El Baradei, l’AIEA s’emploie à apporter son aide aux pays en voie de développement pour détecter et soigner ce mal. Le traitement par radiothérapie est dans cette optique un précieux outil. Durant ces cinq dernières années, 6 centres de radiothérapie et de médecine nucléaire ont été ainsi construits en Afrique avec l’aide de l’AIEA. Il faut dire que sur 53 pays africains, seulement 25 ont des infrastructures fonctionnelles en radiothérapie.

Garantir son usage pacifique

Outre la santé, l’énergie électrique est un domaine très important où l’utilisation du nucléaire s’impose comme une alternative d’avenir pour le continent africain. « La consommation annuelle (en Afrique) est en moyenne de 500 kWh par tête, dans certains pays, elle est parfois inférieure à 50 kWh par tête. C’est environ 17 fois moins que dans les pays de l’OCDE », a indiqué le directeur général de l’AIEA. L’Afrique ne compte que deux centrales nucléaires sur 442 existantes. Situées à Koeberg, près du Cap, en Afrique du Sud, elles ne contribuent que très peu à l’approvisionnement en énergie électrique. « Certains pays, a poursuivi, le responsable de l’Agence, comme l’Algérie, l’Egypte ou le Nigeria ont exprimé leur intérêt pour l’énergie nucléaire tant dans le domaine de la production énergétique que dans celui de la désalinisation. » L’Afrique du Sud développe ainsi par exemple, à l’instar d’autres pays, des centrales nucléaires de taille moyenne qui demandent moins d’investissements. Les pays africains disposent en effet de ressources très limitées d’autant que le développement du nucléaire s’avère très coûteux.

Dans toutes ses interventions, la sécurité reste le leitmotiv pour l’AIEA qui s’emploie aussi à garantir un usage pacifique du nucléaire. C’est dans ce cadre que s’inscrit le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qui autorise l’agence à procéder à des inspections. Mais l’on compte 23 Etats africains sur 30 pays qui n’ont pas signé le Protocole additionnel – il permet, entre autres des visites inopinées,- on compte 23 pays africains. Le Traité de Pelindaba, quant à lui, dont l’objectif est de faire de l’Afrique une zone d’exclusion des armes nucléaires, ouvert à la signature en avril 1996, n’est toujours pas entré en vigueur. Le traité, qui interdit la possession et le stationnement d’armes nucléaires sur le continent, ne pourra prendre effet qu’avec la signature de 28 pays. Seuls, 21 l’ont paraphé pour l’heure.

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