
Après avoir repris la main sur le permis d’exploitation détenu depuis 2003 par Geovic Cameroon, l’État camerounais, via la Société nationale des mines (Sonamines), remet officiellement sur le marché l’un de ses dossiers miniers les plus emblématiques. Objectif : trouver des partenaires capables de financer et d’industrialiser, enfin, le projet polymétallique de Nkamouna-Lomié, dans la région de l’Est.
En février 2025, un décret présidentiel a acté le retrait du permis d’exploitation minière n°33 (cobalt, nickel et substances connexes) attribué à GEOVIC CAMEROON S.A., mettant fin à une longue séquence de reports et de relances avortées autour du gisement de Nkamouna-Lomié.
Un an plus tard, le dossier change de main et de méthode. Le 10 janvier 2026, la Sonamines a lancé un appel international à manifestation d’intérêt (AMI) afin de présélectionner de nouveaux partenaires technico-financiers pour « développer et mettre en exploitation » ce gisement polymétallique (cobalt-nickel-manganèse).
Une relance encadrée, avec des critères financiers élevés
L’AMI vise des entreprises (ou groupements) disposant d’une expérience solide : la Sonamines exige notamment au moins 15 années de pratique avérée dans le secteur minier, ainsi qu’une capacité financière compatible avec des projets lourds et rapides à déployer. Elle demande également des références d’exploitation sur le continent africain et un niveau de performance économique significatif dans le secteur.
Selon les éléments repris dans la presse économique, les candidats ont jusqu’au 31 mars 2026 pour déposer leurs dossiers. L’ambition affichée est claire : rompre avec les montages fragiles du passé et aligner le projet sur des standards internationaux, tant sur le plan industriel qu’environnemental (mise à jour de l’étude de faisabilité, EIES, plan de réhabilitation, financement, etc.).
Un gisement « batteries » qui remet le Cameroun dans la course
Si Nkamouna-Lomié attire, c’est d’abord pour sa place potentielle dans la chaîne de valeur des métaux critiques. Le cobalt et le nickel restent des composants majeurs de nombreuses chimies de batteries, tandis que le manganèse gagne du terrain dans les stratégies d’approvisionnement, notamment pour diversifier les sources et réduire certains coûts.
Sur le papier, le potentiel est conséquent : le site est crédité d’environ 121 millions de tonnes de ressources (mesurées et indiquées) avec des teneurs moyennes autour de 0,23 % de cobalt, 0,65 % de nickel et 1,35 % de manganèse. Un rapport technique de référence (format NI 43-101) publié au début des années 2010 confirme un ordre de grandeur comparable pour les tonnages et les teneurs, selon les catégories de ressources.
Le vrai défi : infrastructures, financement, crédibilité
Reste le point dur : l’exécution. Historiquement, Nkamouna-Lomié souffre d’une équation coûteuse (infrastructures, logistique, traitement de minerais latéritiques) et d’un cycle de financement difficile. Les dernières estimations « de référence » au début des années 2010 situaient l’investissement initial autour de 615–617 millions de dollars, soit environ 300 milliards FCFA à l’époque.
Côté retombées, plusieurs sources liées au projet évoquent un potentiel d’environ 800 emplois directs et 400 emplois indirects à terme. Un argument social régulièrement mis en avant pour une zone à forts besoins de développement.
Dans les prochains mois, la crédibilité de cette relance se jouera donc sur la capacité de la Sonamines à sélectionner un partenaire à la fois capitalisé et techniquement éprouvé, mais aussi sur la capacité de l’État à sécuriser un cadre stable (permis, fiscalité, exigences environnementales, acceptabilité locale). Avec la date-butoir du 31 mars 2026, Yaoundé envoie un signal : Nkamouna-Lomié n’est plus un projet dormant, mais un test grandeur nature de la nouvelle doctrine camerounaise de pilotage des ressources stratégiques.



