
L’African Trade Report 2026 d’Afreximbank dessine un Maghreb à plusieurs vitesses. Le Maroc s’impose comme la première puissance commerciale de la région, l’Algérie cumule quatrième rang commercial du continent et solides réserves de change, et la Libye détient le premier matelas financier d’Afrique. Le rapport met aussi en évidence la faiblesse persistante des échanges entre pays du continent.
Le classement des pays du Maghreb dans l’African Trade Report 2026 d’Afreximbank confirme le poids de la région dans le commerce africain, sans qu’elle fonctionne pour autant comme un bloc économique. En 2025, les cinq pays maghrébins, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Mauritanie, totalisent environ 416 milliards de dollars d’échanges de marchandises, soit près de 28 % du commerce total du continent, que le rapport évalue à quelque 1 500 milliards de dollars. Cette puissance reste toutefois très inégalement répartie.
Le Maroc, deuxième puissance commerciale d’Afrique
Le Maroc arrive en tête. Avec 208,9 milliards de dollars de commerce total en 2025 selon les tableaux du rapport, le royaume se classe deuxième d’Afrique, derrière l’Afrique du Sud. Il devance l’Algérie, quatrième du continent avec près de 99 milliards de dollars. La Tunisie occupe le septième rang avec 49,3 milliards, juste devant la Libye, huitième avec 48,2 milliards. La Mauritanie, à 10,3 milliards, figure beaucoup plus loin dans le classement africain.
Ce leadership marocain repose d’abord sur la progression rapide de ses ventes à l’étranger. Les exportations du royaume atteignent 86,8 milliards de dollars en 2025, en hausse de près de 20 % sur un an, ce qui le place au deuxième rang des exportateurs africains recensés par le rapport, derrière l’Afrique du Sud. L‘Algérie suit avec 42,6 milliards, devant la Libye à 29 milliards, la Tunisie à 20,7 milliards et la Mauritanie à 4,9 milliards. Afreximbank range d’ailleurs le Maroc, aux côtés de l’Égypte et de l’Afrique du Sud, parmi les principaux moteurs de la hausse des exportations continentales.
Cette ouverture a une contrepartie. Le Maroc est aussi le premier importateur africain du rapport, avec 122,1 milliards de dollars d’importations en 2025. Son économie, la plus connectée du Maghreb, affiche du même coup un déficit commercial supérieur à 35 milliards de dollars. L’Algérie conserve pour sa part un profil d’économie énergétique classique largement lié au prix des hydrocarbures dont elles dépendent toujours largement.
Réserves de change : la Libye et l’Algérie en position de force
Le classement change complètement lorsqu’on regarde les réserves de change. La Libye domine ce tableau avec 87,9 milliards de dollars en 2025, devant l’Afrique du Sud. L’Algérie arrive troisième avec 52 milliards de dollars, tandis que le Maroc se situe au cinquième rang avec un niveau record de 48,6 milliards. La Tunisie, avec 8,8 milliards, et la Mauritanie, avec 2,1 milliards, disposent de marges beaucoup plus réduites. La hiérarchie régionale s’inverse donc selon l’indicateur retenu.
Sur la croissance, la Libye signe la performance la plus spectaculaire du Maghreb. Le rapport lui attribue 15,9 % en 2025, loin devant le Maroc (4,9 %), la Mauritanie (4,2 %), l’Algérie (3,8 %) et la Tunisie (2,5 %). Ce chiffre traduit d’abord un rattrapage après des années d’interruptions de la production pétrolière et se prête mal aux comparaisons régionales.
L’inflation donne un autre avantage au Maroc. Avec 0,8 % en 2025, le royaume affiche la meilleure stabilité des prix du Maghreb, devant l’Algérie (1,4 %), la Mauritanie (1,6 %) et la Libye (1,8 %). La Tunisie reste plus exposée avec une inflation de 5,3 %, en baisse par rapport aux années précédentes, mais demeure nettement au-dessus de celle de ses voisins.
Commerce intra-africain : le Maroc seul Maghrébin du top 10
Le point le plus révélateur concerne le commerce intra-africain. Le Maroc est le seul pays du Maghreb à figurer parmi les dix principaux contributeurs à ces échanges. Avec 9,54 milliards de dollars de commerce avec le reste du continent, il occupe la cinquième place africaine, derrière l’Afrique du Sud, la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire et l’Ouganda. La Tunisie suit, hors du top 10, avec 4,93 milliards, juste devant l’Algérie à 4,88 milliards, tandis que la Mauritanie reste à 1,19 milliard. La Libye, elle, n’apparaît qu’à un niveau marginal dans les échanges intra-africains recensés en 2025.
Ce classement décrit moins un Maghreb uni que des trajectoires séparées. Afreximbank identifie néanmoins des leviers concrets pour resserrer ces liens. L’adhésion du Maroc au Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) en 2025 devrait faciliter les transactions transfrontalières en monnaies locales, et la banque voit dans les engrais, les équipements électriques, l’agroalimentaire transformé et la chimie des secteurs capables de porter une intégration régionale plus poussée. Autant de pistes qui conditionnent la capacité du Maghreb à transformer son poids commercial en influence collective sur le continent.




