Centrafrique : Anicet-Georges Dologuélé brise le silence et revendique la victoire


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Anicet Georges Dologuélé
Anicet Georges Dologuélé

Avant même la publication des résultats officiels, Anicet-Georges Dologuélé s’est proclamé vainqueur de l’élection présidentielle en Centrafrique. Le leader de l’opposition affirme disposer de preuves de fraudes massives et conteste par avance toute proclamation qui ne le donnerait pas gagnant. Le camp présidentiel rejette ces accusations et rappelle que seules les institutions électorales sont habilitées à trancher. Dans l’attente des résultats provisoires, attendus le 5 janvier, la tension monte à Bangui autour d’un scrutin aux enjeux politiques majeurs.

L’atmosphère est lourde de suspense à Bangui en ce début d’année 2026. Alors que les Centrafricains attendent fiévreusement les résultats officiels du quadruple scrutin du 28 décembre dernier, le principal leader de l’opposition a décidé de passer à l’offensive. Lors d’une conférence de presse très suivie ce vendredi 2 janvier, Anicet-Georges Dologuélé a non seulement dénoncé des fraudes massives qu’il juge orchestrées par le pouvoir, mais il a surtout proclamé sa propre victoire à l’élection présidentielle, court-circuitant ainsi le calendrier de l’Autorité nationale des élections (ANE).

Des preuves de « tripatouillage » sur la table

S’appuyant sur les données récoltées par ses 10 000 représentants déployés dans les bureaux de vote, le président de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA) affirme que le parti au pouvoir, le Mouvement cœurs unis (MCU), est en « chute libre » dans la majorité des préfectures. Pour l’ancien Premier ministre, les chiffres sont sans appel et le désignent comme le futur locataire du palais de la Renaissance. Il accuse toutefois le pouvoir d’avoir mis en place une machine à fraude sophistiquée pour inverser la tendance en faveur du président sortant, Faustin-Archange Touadéra.

L’opposant a évoqué des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrant des procès-verbaux abandonnés ou détruits, ainsi que l’implication présumée de autorités administratives (préfets et sous-préfets) dans la manipulation des résultats durant la phase de centralisation. « C’est moi qui ai gagné. Je ne reconnaîtrai que les résultats qui me proclameront vainqueur », a-t-il martelé, affichant une détermination nouvelle après avoir, selon ses propres mots, accepté sans broncher les résultats contestés de 2016 et 2021.

La contre-attaque du camp présidentiel

La réaction du parti au pouvoir n’a pas tardé. Pour le Mouvement cœurs unis, les déclarations de Dologuélé ne sont rien d’autre qu’une « fuite en avant » d’un candidat conscient de sa défaite. Évariste Ngamana, porte-parole du MCU, a rappelé que seules l’Autorité nationale des élections et le Conseil constitutionnel ont la légitimité juridique pour proclamer les résultats. Il a qualifié la sortie de l’opposant de tentative désespérée d’amuser la galerie face à un échec imminent.

Le camp Touadéra, qui brigue un troisième mandat après une révision constitutionnelle controversée en 2023, affiche une sérénité totale. Pour les partisans du chef de l’État sortant, le processus électoral a été transparent et respectueux des normes constitutionnelles. Ils appellent la population au calme et à la retenue en attendant la publication des chiffres provisoires prévue pour le début de la semaine prochaine.

L’ANE et la communauté internationale sous pression

Entre ces deux discours antagonistes, l’Autorité nationale des élections se retrouve en première ligne. Malgré les critiques acerbes de l’opposition, l’institution assure que la transparence est au cœur du dépouillement en cours. De son côté, la MINUSCA (mission de l’ONU) souligne la complexité logistique de ce scrutin quadruple et appelle les acteurs politiques à utiliser les voies légales pour toute contestation.

Le pays retient son souffle jusqu’au 5 janvier, date fixée pour la publication des résultats provisoires. Le défi est immense pour la République centrafricaine : transformer cet exercice démocratique en un socle de stabilité plutôt qu’en un nouveau déclencheur de crise politique. Le ton martial employé par Anicet-Georges Dologuélé laisse toutefois craindre une période post-électorale agitée si les résultats officiels venaient à contredire ses propres estimations.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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