
Au Burkina Faso, le parquet a requis de lourdes sanctions dans le procès pour détournement de fonds au ministère de l’Action humanitaire. L’affaire porte sur près de trois milliards de francs CFA qui auraient été soustraits entre 2016 et 2024, au détriment des populations vulnérables. L’accusation réclame des peines de prison, des amendes élevées et la confiscation des biens des prévenus. Le verdict est attendu le 27 mars.
Le palais de justice de Ouagadougou a refermé une page majeure de l’actualité judiciaire burkinabè. Après dix jours de débats intenses et de révélations sur les rouages de l’administration publique, le procès portant sur le détournement massif de fonds au sein du ministère de l’Action humanitaire a pris fin. L’affaire, qui porte sur la période allant de 2016 à 2024, met en lumière une évaporation de près de trois milliards de francs CFA, initialement destinés aux populations les plus vulnérables du pays.
Un réquisitoire implacable pour frapper les portefeuilles
Le ministère public n’a pas fait dans la demi-mesure lors de ses réquisitions finales. Pour le parquet, la sanction pénale doit impérativement s’accompagner d’une sanction financière exemplaire afin de décourager la délinquance économique. Le procureur a ainsi requis une peine de cinq ans de prison ferme contre l’ancienne ministre Laure Zongo, ainsi qu’une peine plus lourde de onze ans à l’encontre de Yé Yaké Camille, l’ancien directeur de la gestion des finances.
Au-delà de la détention, l’accusation réclame la confiscation des biens des douze prévenus et des amendes colossales pouvant atteindre 500 millions de francs CFA, affirmant que seul l’impact sur leur patrimoine saura véritablement punir de tels agissements.
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Des mécanismes de corruption au cœur de l’Action humanitaire
L’instruction a détaillé une panoplie de stratagèmes sophistiqués utilisés pour vider les caisses de l’État. Parmi les procédés dénoncés figurent l’organisation d’activités totalement fictives, des surfacturations systématiques liées au Conseil national de secours d’urgence (CONASUR) et des irrégularités dans l’achat de pagnes.
Plus spécifiquement, l’ancienne ministre est accusée d’avoir détourné du carburant et des sommes d’argent s’élevant à 86 millions de francs CFA. Ces fonds, censés soutenir les déplacés internes dans un contexte sécuritaire précaire, auraient été dissipés au profit d’intérêts privés.
La défense dénonce une procédure sans preuves matérielles
Face à la sévérité du parquet, les avocats de la défense ont plaidé la relaxe générale, fustigeant un dossier qu’ils jugent techniquement fragile. Me Adama Kagoné a notamment fustigé une instruction manquant de rigueur juridique et de preuves tangibles pour étayer les accusations de détournement.
Selon la défense, les faits reprochés ne reposent sur aucun élément matériel probant, transformant ce procès médiatisé en une épreuve injuste pour les prévenus. Le tribunal, après avoir écouté les dernières plaidoiries, a suspendu l’audience et a fixé le délibéré au 27 mars 2026.




