
La justice française avance dans le dossier impliquant l’islamologue suisse Tariq Ramadan. La cour criminelle départementale de Paris a décidé de délivrer un mandat d’arrêt international à son encontre après son absence à l’ouverture de son procès, le 2 mars. L’universitaire de 63 ans, poursuivi pour plusieurs accusations de viol, devait comparaître pendant quatre semaines devant les magistrats.
« Aucune excuse valable » de la part de Tariq Ramadan
Une décision judiciaire relance l’affaire de l’islamologue suisse Tariq Ramadan. Faute de présence de l’accusé à son procès, la justice française a annoncé que la procédure se poursuivrait par défaut. Poursuivi pour plusieurs accusations de viol, un mandat d’arrêt international a été délivré à son encontre. Une décision immédiatement contestée par ses avocats qui dénoncent un grave dysfonctionnement judiciaire. Selon les magistrats, l’absence de l’intellectuel ne constitue pas un motif suffisant pour suspendre les audiences.
La présidente de la cour, Corinne Goetzmann, a estimé que l’accusé n’avait présenté « aucune excuse valable » justifiant son incapacité à comparaître. Le mandat d’arrêt délivré est immédiatement exécutoire, ce qui signifie que l’islamologue pourrait être interpellé s’il se déplace dans un pays coopérant avec la justice française. Cette décision marque une nouvelle étape dans une affaire judiciaire suivie de près depuis plusieurs années.
Hospitalisation et controverse autour de l’expertise médicale
L’absence de Tariq Ramadan s’explique, selon sa défense, par des raisons médicales. L’islamologue avait été hospitalisé le 27 février à Genève après une aggravation de sa sclérose en plaques, une maladie dont il souffre depuis plusieurs années. Ses avocats ont affirmé qu’il venait de quitter l’hôpital mais restait dans un état de grande fatigue. Ce qui, selon eux restait incompatible avec une comparution immédiate. Son neurologue aurait recommandé une période de repos de plusieurs jours avant toute participation au procès.
Pour éclairer la situation, la cour a mandaté deux experts neurologues afin d’évaluer son état de santé sur la base de documents médicaux. Leur conclusion a toutefois contredit la défense. Selon leur rapport, la maladie de l’islamologue serait « stable » et ne présenterait pas de poussée récente susceptible d’empêcher sa présence devant les juges. Cette divergence d’interprétation entre médecins et défense a immédiatement alimenté une controverse sur l’impartialité et la pertinence de l’expertise judiciaire.
Les avocats quittent l’audience en dénonçant un « déni de justice »
La tension est montée d’un cran lorsque les quatre avocats de Tariq Ramadan ont décidé de quitter la salle d’audience. Pour eux, la poursuite du procès en l’absence de leur client constitue une atteinte aux droits fondamentaux de la défense. L’un de ses conseils, Ouadie Elhamamouchi, a dénoncé devant la presse une « parodie de justice ». En plus d’un refus injustifié de reporter l’audience de quelques semaines.
Selon la défense, l’accusé a transmis tous les documents médicaux nécessaires et n’a jamais cherché à se soustraire à la justice. Les avocats estiment qu’un simple report aurait permis à leur client d’assister à son propre procès dans des conditions médicales acceptables. Ils critiquent également le choix de l’expert judiciaire chargé d’évaluer l’état de santé de l’islamologue. Mieux, ils affirment que celui-ci aurait eu par le passé un différend public avec leur client. Ce qui pourrait, selon eux, entacher l’impartialité de l’évaluation.
Des accusations graves au cœur d’un dossier très médiatisé
Au cœur de l’affaire se trouvent plusieurs accusations de viol formulées par trois femmes.Ce, pour des faits supposés commis entre 2009 et 2016. Parmi les plaignantes figure Henda Ayari, dont la plainte, déposée en 2017, avait largement contribué à déclencher l’enquête judiciaire. Les faits reprochés incluent notamment un viol aggravé avec violences présumées sur une femme considérée comme vulnérable, dans un hôtel de Lyon, en 2009.
L’islamologue conteste fermement toutes ces accusations. Pendant l’instruction, il a multiplié les recours et demandes d’expertises supplémentaires. Il affirmait disposer d’éléments susceptibles de prouver son innocence. Le procès parisien devait permettre d’examiner ces accusations en détail, dans un contexte judiciaire particulièrement sensible. S’il est reconnu coupable, Tariq Ramadan encourt une peine pouvant aller jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle.
Tariq Ramadan victime d’un acharnement ?
L’intellectuel d’origine égyptienne affirme, depuis plusieurs années, être victime d’un acharnement visant autant ses idées que sa personne. Il est connu pour ses prises de position sur la place de l’islam en Europe. Dans plusieurs interviews, il a déclaré avoir parfois le sentiment que ce ne sont pas seulement des faits qui sont jugés, mais également ce qu’il représente dans le débat public. Ses détracteurs, au contraire, considèrent que la justice suit simplement son cours face à des accusations graves portées par plusieurs plaignantes.




