
Il y a des qualifications qui valent plus qu’une simple position sur la grille. Ce samedi, sur le bitume de l’Albert Park, Isack Hadjar a envoyé un message au monde entier : le gamin de Paris avec le sang chaud d’Alger, est bel et bien arrivé au sommet de la Formule 1.
Troisième des qualifications du Grand Prix d’Australie, premier rendez-vous de la saison 2026, Isack Hadjar et sa Red Bull Racing s’est intercalé derrière les deux Mercedes de George Russell et Kimi Antonelli, reléguant derrière lui Charles Leclerc, Oscar Piastri, Lando Norris ou Lewis Hamilton. Meilleur des « autres » face à la domination argentée, Hadjar a signé ce que la presse spécialisée qualifie déjà de meilleure qualification de sa jeune carrière.
Deux drapeaux, un seul cœur
Si le nom d’Isack Hadjar s’affiche désormais en haut des classements sous licence française, il porte en lui bien plus qu’un seul drapeau. Né le 28 septembre 2004 à Paris, il est le fils de Yassine Hadjar, physicien et enseignant-chercheur originaire d’Alger, spécialiste de la physique quantique, et d’une mère libano-algérienne, cadre dans les ressources humaines. L’Algérie coule dans ses veines aussi sûrement que l’essence dans les circuits de sa Red Bull RB22.
Détenteur de la double nationalité franco-algérienne, Hadjar n’a jamais caché la fierté qu’il tire de cette identité biculturelle. Il l’a résumé lui-même avec la franchise qui le caractérise : il possède un tempérament forgé par son héritage algérien, un menton solide, du franc-parler et du courage. Sur son casque, des formules de physique quantique rendent hommage au parcours intellectuel de son père, un clin d’œil que des millions de téléspectateurs peuvent apercevoir à chaque tour de piste.
Dans un paddock de Formule 1 historiquement peu diversifié, Hadjar incarne une figure singulière. Il l’a reconnu publiquement : la jeunesse arabe peut s’identifier à lui, et il est conscient de représenter davantage que sa seule famille. S’il court sous les couleurs tricolores, il est aussi le premier pilote d’ascendance algérienne à fouler les grilles de la catégorie reine, ouvrant un chemin que personne n’avait emprunté avant lui.
Une qualification de patron
Revenons aux faits de ce samedi melbournien. Alors que les Mercedes semblaient intouchables dès les premiers tours, la séance a été marquée par le spectaculaire accident de son coéquipier, Max Verstappen, sorti violemment au premier virage lors de sa première tentative en Q1. Drapeau rouge, monoplace détruite, le champion néerlandais relégué au fond de la grille. Dans ce contexte de chaos, Hadjar a gardé la tête froide.
La joie d’Isack Hadjar et du clan Red Bull à la radio après sa 3e place en qualifications #AusGP #F1 pic.twitter.com/ZWjfbHdcPQ
— CANAL+ F1® (@CanalplusF1) March 7, 2026
En Q3, le Franco-Algérien a extrait le maximum de sa Red Bull pour boucler un dernier tour à sept dixièmes et demi de la pole de Russell, mais surtout devant la Ferrari de Leclerc, qui a lui-même reconnu le caractère impressionnant de la performance du jeune homme, et les McLaren du champion en titre Norris et du héros local Piastri. Au micro de Canal+, Hadjar s’est montré à la fois satisfait et lucide, évoquant un bon dernier tour tout en reconnaissant qu’il y avait encore beaucoup de travail à accomplir. Il a qualifié cette journée de limitation des dégâts, signe d’un pilote qui refuse de se satisfaire de peu et vise bien plus haut.
D’Alger à Milton Keynes, un parcours hors normes
L’histoire d’Isack Hadjar est celle d’un rêve construit entre la banlieue parisienne et les circuits internationaux. Initié au karting à l’âge de cinq ans par un père qui troquait la blouse de laboratoire pour la combinaison de mécanicien le week-end, le jeune Isack a gravi tous les échelons du sport automobile.
Vice-champion de Formule 2 en 2024, titularisé chez Racing Bulls pour la saison 2025 où il a décroché son premier podium en F1 aux Pays-Bas à seulement vingt ans, devenant au passage le plus jeune Français à monter sur une marche du podium dans la catégorie reine, Hadjar a ensuite été promu au sein de l’écurie mère Red Bull Racing pour 2026. Un parcours fulgurant qui rappelle ceux de Sebastian Vettel ou Max Verstappen au sein de la même filière.
Demain, le GP de Melbourne
Dimanche, quand les feux s’éteindront à Melbourne, Isack Hadjar s’élancera depuis la deuxième ligne, juste derrière les Flèches d’argent. Un deuxième podium, après celui de Zandvoort, est à portée de main. Il l’a d’ailleurs formulé avec son pragmatisme habituel : il souhaite conserver sa position et décrocher un nouveau podium.
Mais au-delà du résultat, c’est un symbole qui prend la piste. Celui d’un jeune homme de vingt-et-un ans qui porte deux cultures, deux histoires, deux fiertés. Celui qui prouve, tour après tour, que l’on peut être enfant de Paris et d’Alger, héritier de la physique quantique et du bitume brûlant, et se battre avec les meilleurs pilotes de la planète.
De Constantine à Paris, des millions de paires d’yeux seront rivées sur la Red Bull numéro 6. Parce qu’Isack Hadjar, qu’on surnomme « le petit Prost » appartient à tous ceux qui rêvent.
Grand Prix d’Australie 2026 – Grille de départ (Top 10) :
- George Russell (Mercedes)
- Kimi Antonelli (Mercedes)
- Isack Hadjar (Red Bull)
- Charles Leclerc (Ferrari)
- Oscar Piastri (McLaren)
- Lando Norris (McLaren)
- 7. Lewis Hamilton (Ferrari)
- 8. Liam Lawson (Racing Bulls)
- 9. Arvid Lindblad (Racing Bulls)
- 10. Gabriel Bortoleto (Audi)




