Burkina Faso-Inde : la relance d’un partenariat stratégique au cœur d’une diplomatie économique diversifiée


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Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso
Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso

Ce 31 décembre, l’ambassadeur de l’Inde près de la République du Burkina Faso, Om Prakash Meena, a été reçu en audience par le ministre burkinabè des Affaires étrangères. Un geste symbolique qui illustre le renforcement de l’axe Ouagadougou–New Delhi, dans un contexte de diversification des partenaires économiques du pays dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré.

L’audience accordée par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’Extérieur, Karamoko Jean Marie Traoré, à l’ambassadeur de l’Inde, Om Prakash Meena, le 31 décembre 2025, dépasse le cadre protocolaire. Elle s’inscrit dans la dynamique d’un Burkina Faso qui affirme progressivement sa volonté de diversifier davantage ses partenaires économiques et diplomatiques, dans un contexte régional et international en profonde recomposition.

Une relance diplomatique aux enjeux économiques clairs

Au cœur des échanges entre Ouagadougou et New Delhi figure l’approfondissement de la coopération bilatérale, avec un accent assumé sur des secteurs jugés stratégiques pour le développement burkinabè. Mines, agriculture, agroalimentaire, industrie pharmaceutique, énergie, habitat : autant de domaines dans lesquels l’Inde se dit prête à investir davantage.

Pour le diplomate indien, cette disponibilité traduit l’intérêt croissant des milieux d’affaires de son pays pour les opportunités offertes par l’économie burkinabè. À l’heure où le Burkina Faso cherche à renforcer sa souveraineté économique et à réduire sa dépendance vis-à-vis de partenaires traditionnels, l’Inde apparaît comme un acteur capable d’apporter à la fois capitaux, savoir-faire technologique et débouchés commerciaux.

La diversification comme réponse stratégique

Depuis plusieurs années, et plus encore dans le contexte de la Transition, le Burkina Faso affiche une orientation diplomatique visant à élargir le spectre de ses alliances. Le pays des Hommes intègres multiplie, en effet, les initiatives vers des puissances émergentes ou des États du Sud global, perçus comme plus ouverts à des partenariats pragmatiques et moins soumis à des conditionnalités politiques .

La relance des relations avec l’Inde s’inscrit pleinement dans cette logique. Présente diplomatiquement au Burkina Faso depuis 1996, l’Inde n’est pas un partenaire nouveau, mais elle tend aujourd’hui à occuper une place plus visible dans la stratégie économique de Ouagadougou. La volonté exprimée par le ministre Jean Marie Traoré de relancer les commissions mixtes de coopération illustre cette ambition : structurer le dialogue, planifier les actions conjointes et maximiser les retombées concrètes des relations bilatérales.

Des échanges commerciaux déjà significatifs

Les données de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso confirment le poids économique de l’Inde dans les échanges extérieurs du pays. Selon les données de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF), en 2022, New Delhi était le 7ᵉ client du Burkina Faso, avec des exportations évaluées à 75 millions de dollars, principalement constituées de noix de cajou, de karité, de coton et d’or. Dans le même temps, l’Inde se positionnait comme le 5ᵉ fournisseur du pays, avec 357,6 millions de dollars d’importations, portant notamment sur les céréales, les produits pharmaceutiques, les combustibles minéraux, les produits sidérurgiques et les textiles.

Ces chiffres traduisent une relation commerciale déjà dense, mais encore marquée par un déséquilibre en défaveur du Burkina Faso. Le renforcement de la coopération, notamment dans l’agro-industrie et la transformation locale des matières premières, pourrait contribuer à rééquilibrer ces échanges et à créer davantage de valeur ajoutée sur le sol burkinabè.

Une coopération étendue au champ culturel et institutionnel

La diversification des partenariats voulue par Ouagadougou ne se limite pas au seul champ économique. En juillet 2025, le ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Gilbert Ouédraogo, avait déjà échangé avec l’ambassadeur indien autour d’un nouveau programme culturel intégrant le cinéma. Des projets d’échanges de films dans le cadre du FESPACO et la participation de troupes indiennes à la Semaine nationale de la culture témoignent d’une volonté de renforcer les liens humains et culturels, souvent perçus comme un socle durable des relations internationales.

La récente visite en Inde du président de l’Assemblée législative de Transition, le Dr Ousmane Bougouma, citée par l’ambassadeur Om Prakash Meena, a donné une nouvelle impulsion politique à cette coopération. Pour les autorités burkinabè, l’enjeu est désormais de transformer cette convergence d’intérêts en projets concrets, visibles et bénéfiques pour les populations.

En misant sur l’Inde, le Burkina Faso confirme une orientation stratégique : diversifier ses partenaires pour renforcer sa résilience économique et accroître sa marge de manœuvre diplomatique. Il reste maintenant pour la partie burkinabè à espérer que cette relance se traduise, à moyen terme, par des investissements structurants et une coopération équilibrée, à la hauteur des ambitions affichées par les deux capitales.

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Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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