
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa achève ce 10 mars 2026 une visite d’État de deux jours au Brésil, marquée par une tonalité inattendue. Si l’économie et les échanges commerciaux étaient initialement au cœur de l’agenda, c’est le dossier de la défense qui a volé la vedette. Reçu avec les honneurs par Luiz Inácio Lula da Silva, le leader sud-africain a entendu son homologue brésilien plaider pour une union sacrée face aux risques d’ingérences étrangères.
Dans un contexte géopolitique de plus en plus polarisé, les deux géants de l’hémisphère Sud affichent une volonté farouche de protéger leur souveraineté par une autonomie militaire renforcée.
Une industrie de défense commune pour contrer l’incertitude
Le président Lula n’a pas mâché ses mots lors des échanges à Brasilia, mettant en garde contre le risque qu’un pays tiers ne finisse par « envahir » leurs nations respectives si celles-ci ne préparent pas sérieusement leur autodéfense. Pour le dirigeant brésilien, la solution réside dans la co-production d’armements et le partage de technologies. Cyril Ramaphosa a accueilli favorablement cette main tendue, reconnaissant l’avance technologique du Brésil, particulièrement dans les secteurs de l’aviation et de l’ingénierie militaire. Un nouvel accord de coopération est actuellement en gestation, promettant de transformer les relations diplomatiques en un partenariat industriel stratégique capable de répondre aux besoins spécifiques des pays émergents.
Les BRICS comme bouclier face aux pressions extérieures
Cette convergence de vues sur la défense ne peut être isolée du climat de tension avec Washington. Alors que le président américain Donald Trump qualifie ouvertement les BRICS de bloc « anti-américain », le Brésil et l’Afrique du Sud resserrent les rangs. Les récents projets américains de frappes de missiles contre les cartels de la drogue en Amérique latine et la possible désignation de groupes criminels brésiliens comme organisations terroristes par les États-Unis inquiètent Brasilia. Pour Lula et Ramaphosa, renforcer la coopération bilatérale est une manière d’affirmer que le Sud Global n’entend pas subir les décisions sécuritaires dictées par le Nord. La défense est ici perçue non pas comme une volonté d’agression, mais comme un outil de dissuasion nécessaire à la préservation de la paix régionale.
Au-delà des armes, un rééquilibrage économique nécessaire
Malgré l’urgence des questions sécuritaires, le volet économique reste un chantier colossal. Les échanges commerciaux entre les deux nations ont atteint environ 2 milliards de dollars en 2025, mais la balance penche lourdement en faveur du Brésil. Cyril Ramaphosa, accompagné d’une importante délégation ministérielle, cherche à corriger ce déséquilibre en ouvrant des opportunités dans l’agroalimentaire, les mines et l’énergie. L’objectif est de passer d’une simple relation d’import-export à une véritable intégration industrielle. En misant sur des secteurs de pointe comme l’aérospatiale et la pharmacie, l’Afrique du Sud espère capter davantage d’investissements brésiliens tout en consolidant sa position de porte d’entrée incontournable sur le marché africain.




