Axelle Kabou ne croit pas à un « printemps arabe » en Afrique de l’Ouest

Nous Africains subsahariens, ne vivons pas dans des dictatures, dans des système politiques si totalisants qu’ils finissent, par l’emprise de leur maillage policier, la répression, la surveillance continue, par asphyxier des populations réduites au mutisme par la terreur », explique Axelle Kabou à ContinentPremier. Pour l’auteure camerounaise, il faut une promesse forte entre le dictateur et son peuple, un sentiment d’appartenance national très fort, ce qui n’est pas le cas en Afrique Sub-saharienne où, en dehors de deux ou trois promesses électorales vite oubliées, aucun pacte ne nous nous lie à notre classe politique.

Le nouveau livre d’Axelle Kabou Comment l’Afrique en est arrivée là, présenté comme un outil de bon niveau pour être à même de penser les futurs possibles de l’Afrique en connaissance de cause, sonne, également, comme une espèce de désenvoûtement, en ce sens qu’il donne la possibilité de penser, de réfléchir à ciel ouvert, loin des cercles fermés des élites et intellectuels africains. Dans une longue interview, à paraître, accordée au magazine panafricain ContinentPremier.Com, à propos de son nouveau livre «Comment l’Afrique en est arrivée là, écrit vingt ans après l’ouvrage tonnerre « Et si l’Afrique refusait le développement » (Harmattan 1991), la polémiste camerounaise donne son avis sur l’actualité en Afrique du Nord qui se débarrasse de son élite dite corrompue.

L’Afrique du Nord se débarrasse de son élite politique dite corrompue. Peut-on s’attendre à des révolutions du même type en Afrique sub-saharienne ?_ Non. Et les processus par lesquels les différents pays de cette région et du Moyen-Orient y sont parvenus ou non montrent très clairement que la question des préalables historiques, symboliques, politiques à réunir pour de que telles ruptures soient possibles est loin d’être superflue. Ben Ali et Moubarak sont tombés comme des fruits mûrs, presque sans effusion de sang, tandis la Lybie, elle, a plongé dans une guerre civile ; que le pouvoir algérien s’accroche à des branches plus solides qu’il n’y paraît, que le Maroc entreprend un toilettage constitutionnel.

Les retournements que connaissent actuellement ces pays du pourtour sud de la Méditerranée, notamment, montrent que leur jeunesse partage, avec celle du sud de l’Europe, plus que des antennes paraboliques et des outils de communication numérique : une proximité historique que l’instrumentalisation du débat sur l’islam et le christianisme parviendra de moins à moins à cacher.

Quant aux pays d’Afrique subsaharienne, ils partagent avec ceux d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, la grande misère, la grande verdeur de leur population et l’absence de démocratie politique et économique. Mais c’est tout : nous Africains subsahariens, ne vivons pas dans des dictatures, dans des système politiques si totalisants qu’ils finissent, par l’emprise de leur maillage policier, la répression, la surveillance continue, par asphyxier des populations réduites au mutisme par la terreur. Il faut garder à l’esprit qu’être un dictateur, c’est avoir la prétention déclarée d‘assurer à son peuple des lendemains qui chantent, une certaine prospérité et demeurer à la tête de l’Etat à vie pour faire ce travail. Ben Ali, Moubarak, Kaddhafi avaient le statut de « pères de la nation ». Il faut une promesse forte entre le dictateur et son peuple, un sentiment d’appartenance national très fort. Le sentiment d’avoir le droit de vivre décemment chez soi doit, en effet, être suffisamment prégnant pour que l’option de l’émigration ne soit pas une alternative plausible. Mohamed Bouazizi a préféré s’immoler plutôt que de courir le risque d’aller sombrer dans les eaux de Gibraltar. Il faut que le rêve de prospérité contre lequel on échange, plus ou moins confusément, sa liberté s’effondre suffisamment pour que le meurtre du père et le suicide soient possibles. Il faut que la promesse de félicité économique soit irrémédiablement rompue. Il faut, plus concrètement, que le système soit si vermoulu que ses principaux promoteurs ne soient plus capables de le soutenir.

Quel pays subsaharien entre dans ce scénario, à votre avis ? _ A mon humble avis, aucun. En dehors de deux ou trois promesses électorales vite oubliées, aucun pacte ne nous nous lie à notre classe politique. Nous faisons ce que nous voulons (et ils nous laissent faire, tant que nous n’avons pas la prétention de les contrarier en leur demandant des comptes) et ils font ce qu’ils veulent …depuis des siècles et… pour des siècles. Croyez-moi, c’est plus qu’une simple formule.

Propos recueillis par El Hadji Gorgui Wade NDOYE (ContinentPremier.Com)