Les noyés de Gibraltar

14 noyés. Neuf immigrants clandestins africains, originaires du Cameroun et de Sierra Leone, se sont noyés au large des Iles Canaries. La semaine dernière, le gouvernement espagnol a arrêté des centaines de candidats à l’exil. Et les a renvoyés chez eux. Histoire sans fin. Il y a de plus en plus d’Africains qui veulent tenter leur chance en Europe en traversant le détroit de Gibraltar. Les autorités espagnoles s’équipent de moyens de plus en plus sophistiqués. Cette semaine, quatorze clandestins ont péri noyés car leurs passeurs les ont largués loin du rivage pour ne pas se faire repérer par les garde-côtes. Les survivants ont nagé pendant des heures pour toucher terre. Et être immédiatement arrêtés. Les autres ne verront jamais l’Europe. La Méditerranée a happé leurs vies, leurs rêves.

Le gouvernement Aznar accuse le Maroc de laxisme. Les autorités chérifiennes répondent qu’elles font tout leur possible mais, elles aussi, sont débordées. Depuis le début de l’année, 8 500 clandestins ont échoué sur les côtes espagnoles. Le double de l’année dernière. Les nouveaux radars, capables de détecter la présence des embarcations à dix kilomètres, acquis par les garde-côtes espagnols n’y changeront rien. Les passeurs trouveront la faille ou changeront de lieux pour débarquer les immigrés clandestins. Une chose est sûre : les statistiques connaîtront inexorablement une ascension.

Tant que les pays africains continuent de croûler sous le poids de la dette, tant que les pays européens poursuivent leur politique de soutien aux dictatures, tant que les sept grands décideurs de ce monde n’invitent l’Afrique à leurs sommets que pour faire joli et qu’ils s’en détournent à la fin de la messe, les candidats à l’exil se multiplieront. Les raisons de l’immigration ne manquent pas. Humains, trop humains, les clandestins. Ils sont attirés par les vitrines regorgeant d’opulence, par les lumières de la richesse du Nord. C’est le Sud qui tape à la porte du riche Occident. La misère qui s’invite. Les gens ont faim de vivre. Seule une politique de développement, conjuguée avec une assistance aux régimes démocratiques, peut les aider à rester chez eux.