Algérie : à Timimoun, les athlètes face au désert


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Ils sont partis mardi 28 novembre 2023 pour couvrir, selon leur catégorie, les 54, 104, 180 kilomètres du 2ème Treg Algeria Trail, en solitaires ou en relai par équipes, tous résolus à accomplir l’exploit : traverser les différents déserts qui entourent Timimoun, l’Oasis rouge, ouverture au cœur du Sahara, palmeraie mythique et sereine, dominant une île de palmiers dans un océan de dunes. 

Le désert requiert des équipements adaptés : des guêtres viennent couvrir les baskets et selon les coureurs, des gourdes ou des poches à eau munies de tuyaux flexibles qui permettent de boire pendant l’effort… Cela donne aux athlètes une allure spécifique, cosmonautes en tenue olympique. 

En quelques heures, les premiers champions ont eu raison du Marathon, malgré les difficultés spécifiques liées à la course dans le sable et dans les dunes, sur le versant sud desquelles les pas s’enfoncent dans une profonde poudreuse. Les meilleurs coureurs sur cette distance sont Africains : Algérien, Nigérien, Sénégalais, Malien, suivis d’un coureur Palestinien, puis par les concurrents européens, français, belges…   

Le treg, un effort considérable

Arrivent ensuite, au fil des prochaines heures et des prochains jours, les coureurs des plus longs tregs, ceux qui, après avoir parcouru plus de cent kilomètres, arrivent épuisés, certains à la limite de leurs forces. Les uns vont dormir sitôt la ligne d’arrivée franchie, les autres restent là un peu hagards, et certains ne parviendront pas à trouver le sommeil pendant de longues heures, portés par l’énergie dépensée, le corps incapable de relâcher l’effort trop longtemps soutenu. 

Et jusqu’à vendredi, les athlètes disputant les 180 km en 72 heures maximum arriveront, un à un, au terme de leur exploit solitaire. Immense boucle dans des cadres naturels à la fois uniques et multiples, renouvelés à chaque heure du jour par la lumière intense du soleil, mince piste tracée entre les palmeraies lointaines, dunes succédant aux dunes, plaines desséchées où fleurissent les cailloux, et où s’érigent de loin en loin des monts arides terminés en falaises, creusés de grottes, formant le relief improbable des déserts, résistant à l’implacable érosion qui les réduit en poussière ocre ou dorée. 

Face à cette nature grandiose, chaque coureur, minuscule, inlassable fourmi, semble relever un défi de vie dans cette immensité minérale, une virgule dressée devant l’implacable soleil, une volonté de surpassement physique qui fait écho à la beauté du site. Nul écrasement ressenti pourtant, l’épuisement même parait surmontable, car c’est une forme de plénitude que ressentent les coureurs, hommes et femmes, cette communion avec le désert, avec la splendeur, avec la nuit même. Souvent, ce sont les médecins de la course qui doivent convaincre les sportifs de modérer leurs ambitions, et parfois d’abandonner, car ils se mettraient en danger!

Bien sûr, il y a les moments où les sens défaillent : la vision qui se trouble, les erreurs d’orientation, les mirages dus à la fatigue. Mais c’est une autre manière d’entrer à retardement à l’intérieur du réel, en dépassant la tromperie des apparences et des illusions sensorielles, et en allant chercher toujours plus loin en soi le ressort de son propre dépassement, malgré la déception ou le découragement ressentis.   

Le vainqueur danois du 180 km à son arrivée dans la nuit du 29/11/23… Image OZR 2023

Le premier coureur vainqueur du 180 km est arrivé dans la nuit de mercredi, avec près de 30 kilomètres d’avance sur ses poursuivants. Épuise, mais heureux, attendu par les caméras des télévisions, il les a écartées d’un geste : le héros danois avait triomphé du désert, mais son triomphe était modeste. Tels sont tous les athlètes de ce treg hors du commun : amoureux du désert, heureux de se mesurer à lui, modestes devant son immensité, ardents et paisibles à la fois.

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