Al Qaida annonce son retour

Les terroristes reviennent sur le devant de la scène. Après deux attentats sanglants en Algérie, Al Qaida veut de nouveau frapper les esprits. Après trois ans de silence, à quelques jours du début du Ramadan et du sixième anniversaire du 11 septembre, une vidéo de Ben Laden a été diffusée par la chaîne Qatari Al Jazira. Le leader d’Al Qaida a appelé ses troupes à intensifier la lutte.

C’est d’abord en Algérie que la branche d’Al Qaida au Maghreb, l’ancien Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), a fait couler le sang ces derniers jours. Deux attentats ont frappé l’Algérie faisant plus d’une cinquantaine de morts. Jeudi, c’était le cortège du Président Abdelaziz Bouteflika qui était visé. A Batna, à 400 km à l’Est d’Alger, un homme d’une trentaine d’années s’est fait exploser au milieu de la foule venue saluer le Président. 22 personnes sont mortes et 100 sont blessées. Puis, ce week-end, c’est un attentat-suicide à la voiture piégée qui a eu lieu à Dellys, à 40 km d’Alger, tuant 30 personnes, en blessant 47 autres. Le kamikaze de l’attentat contre la caserne des gardes côtes de Dellys était un collégien de 15 ans , Nabil Belkacemi. Il s’était donné pour nom de guerre Abou Moussaab al-Zarqaoui, celui d’un dirigeant jordanien du réseau Al Qaida tué par l’armée américaine en Irak.

Les violences avaient pourtant diminué ces dernières années en Algérie, mais depuis avril, un noyau dur de 500 islamistes armés, regroupés au sein de l’Organisation d’Al Qaida au Maghreb, poursuit la lutte. Parmi eux, le fils d’Ali Belhadj, ancien numéro deux du Front islamique du salut (FIS) : Abdel Qahar Belhadj, âgé de 20 ans. En avril et juillet dernier, l’Algérie a été touchée deux fois par des attaques à la bombe de grande ampleur. Le chef du gouvernement algérien, Abdelaziz Belkhadem, a estimé que l’attentat de Dellys était « une tentative de parasiter la politique », mais que les terroristes « n’ont pas réussi, depuis dix-sept ans, et ne réussiront jamais dans leur besogne désespérée de frapper la stabilité du pays.»

Le Maroc est aussi très concerné par « Al Qaida Maghreb ».

A l’appel de plusieurs partis politiques et syndicats, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées, dimanche, dans plusieurs grandes villes d’Algérie pour dénoncer le terrorisme et réaffirmer l’unité nationale avec pour mots d’ordre : « Non au terrorisme, halte à l’instabilité, ne touche pas à mon Algérie. »

Le royaume du Maroc a adressé à « l’Algérie sœur » des messages de condoléances. Il mène le même combat contre le terrorisme depuis les cinq attentats-suicide de Casablanca, en mai 2003, qui avaient fait 45 morts, dont trois Français et une douzaine de kamikazes. Depuis, le pays a essuyé une série d’attentats-suicide à Casablanca en avril 2007 et l’attaque d’un kamikaze qui s’est fait exploser près d’un car de touristes à Meknès en août dernier. Le royaume de Mohamed VI en cette période d’élection reste plus que jamais sur ces gardes. Début juillet 2007, le Maroc a relevé à son plus haut niveau le seuil d’alerte en matière de menace terroriste.

Al Qaida en Afrique

L’Afrique sub-saharienne et en particulier la Somalie sont un refuge pour de nombreux groupes armés se revendiquant d’Al Qaida. L’organisation terroriste a parlé en début d’année de son intention d’intensifier ses activités sur le continent africain. Les groupes islamiques radicaux sont conscients des failles qui existent dans de nombreuses régions et tentent de les exploiter. La majeure partie du sous-continent connaît traditionnellement une forte présence islamique. Les cultures, les croyances et les structures sociales très variées de cette région représentent pour les services de renseignement occidentaux un vrai défi pour la collecte d’informations. De plus, la faiblesse générale des gouvernements et la corruption expliquent l’intérêt sans cesse croissant du réseau terroriste pour l’Afrique subsaharienne.

Pour les Américains, la « guerre contre le terrorisme » se joue aussi dans la Corne de l’Afrique. Les Etats-Unis sesont engagés aux côtés des forces gouvernementales dans la lutte contre les membres des tribunaux islmamiquesL’agence américaine Associated Press (AP) a révèlé dans une enquête, publiée le 4 avril dernier, que des agents de la CIA et du FBI traquant des militants d’Al Qaida ont interrogé des centaines de suspects illégalement transférés de Somalie et du Kenya vers des centres de détention secrets (un sorte de Guantanamo bis) situés en Ethiopie, principal allié des Etats-Unis dans la région.

Des menaces d’attentats planent sur les Etats-Unis et l’Europe

Toutefois, l’Occident semble rester une cible privilégiée pour le réseau Al Qaida. Vendredi, le chef de la CIA, Michael Hayden, a affirmé qu’Al Qaida était en train de préparer des attentats « de grande envergure » visant les Etats-Unis. « Al Qaida vise des cibles qui feraient un grand nombre de victimes, causeraient des destructions massives et auraient des conséquences économiques importantes », a-t-il expliqué. Le vendredi 7 septembre, Oussama Ben Laden mettait en garde dans un message vidéo les puissances occidentales. Ce lundi, As-Sahab, maison de production proche d’Al Qaida, a annoncé sur un site internet islamiste la diffusion prochaine d’une autre vidéo dans laquelle laquelle Ben Laden présente le testament de l’un des 19 auteurs des attentats du 11 septembre.

L’Europe ne semble pas plus à l’abri que les Etats-Unis. La police allemande a arrêté le 5 septembre trois hommes soupçonnés de préparer des attentats massifs contre l’aéroport de Francfort et la base militaire américaine de Ramstein, en Allemagne. Les suspects seraient affiliés à un mouvement islamiste né en Ouzbékistan, l’Union du Jihad islamique, qui travaille en « liaison étroite » avec Al Qaida. La veille, un autre complot terroriste a été déjoué, cette fois au Danemark, où la police a arrêté huit présumés militants islamistes qui projetaient des attentats dans la capitale, Copenhague. Ce double coup de filet réalisé à quelques jours du 11 septembre relève le niveau d’inquiétude face à d’éventuels attentats en Europe. Dans son dernier message diffusé, Ben Laden a évoqué la récente élection de Sarkozy et Brown, connus pour leur proximité avec le régime américain. La France et les Royaumes Unis restent sur leurs gardes.