Aïssa Maïga prend les clichés sur les immigrés à contre-pied

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Aïssa Maïga est Ashanti dans Pas de toît sans moi, le téléfilm diffusé ce mercredi soir par France 2. Une histoire d’immigrée pas comme les autres, où elle donne la réplique à Antoine Dulery, Bernadette Lafont et Cheick Doukouré.

pasdetoitsansmoi-affiche.jpgDe professeur de lettres à l’université dans un pays africain, Ashanti est devenue une immigrée sans papiers en France où on refuse de lui accorder le statut de réfugiée politique qu’elle demande. Cette précarité n’a pourtant pas entamé le caractère bien trempé de cette mère de deux enfants. Ashanti ne se laisse pas faire. Surtout quand c’est son voisin français, Paul alias Antoine Duléry, un cadre au chômage un peu aigri qui s’en prend au ballon de son fils. Ils ne s’aiment pas beaucoup mais ils vont devoir cohabiter pour trouver une solution à leurs problèmes respectifs. Mariage blanc, droit des immigrés, préjugés raciaux et autres clichés : tout y passe dans Pas de toît sans moi de Guy Jacques. Une comédie, co-produite en 2008 par Eloa Prod, qui fait étrangement écho à l’actualité tout en s’attachant au sujet de l’immigration d’une façon assez originale en présentant une facette des sans-papiers que l’on a pas souvent l’occasion de voir à la télévision.

Afrik. com : Pourquoi ce personnage d’immigrée sans papiers, assez iconoclaste sur les écrans de télévision, vous a-t-il intéressée ?

Aïssa Maïga :
Pour les multiples facettes de sa personnalité. Ashanti est la veuve d’un opposant, qui a été assassiné dans un pays africain, et elle se bat pour offrir un meilleur cadre de vie à ses deux enfants. C’est également un professeur de lettres à l’université qui se retrouve en France dans une situation précaire. Son parcours ne cesse d’évoluer dans ce film où on essaie de prendre certains clichés à contre-pied, et ça tourne au comique. C’est là tout l’esprit d’une comédie, mais je me suis à maintes reprises posé la question de savoir si l’on pouvait rire de ces situations. J’en ai beaucoup discuté avec Philippe Niang, qui a écrit le scénario, les producteurs France (Zobda) et Jean-Lou (Monthieux) qui me sont chers. Pouvait-on montrer des immigrés dans de telles situations sans que cela ne porte préjudice à ce que nous voulions défendre ? C’est aussi l’aspect politique de cette femme qui m’a attirée. Elle ne choisit pas de venir en France parce qu’elle considère ce pays comme un eldorado : c’est une réfugiée politique. Il y a chez elle un attachement à sa patrie d’origine où elle a dirigé le journal dont était responsable son mari après sa mort. Ashanti est une femme cultivée. Son personnage montre un autre visage des migrants, différent de ceux que les politiques aiment à mettre en avant.

Afrik.com : Il y a 6 ans, lors d’un précédent entretien, vous exprimiez le souhait d’être une actrice à part entière, qui ne serait pas cantonnée à des rôles du fait de ses origines africaines. Votre filmographie récente semble démontrer que le défi est relevé…

Aïssa Maïga :
Mon objectif en tant que comédienne n’est pas d’échapper à des rôles clichés. L’enjeu est ailleurs : il est artistique. Je rêve de jouer avec de grands comédiens et des réalisateurs que j’admire. Evidemment, il y a eu une évolution mais ce n’est pas une fin en soi. De plus, il n’y a pas de révolution au niveau global. Je ne peux bien évidemment pas échapper à ces questions que les journalistes ne manquent jamais de me poser. De même, en tant que citoyenne, évidemment que ces problématiques m’interpellent. Ce qui m’importe, c’est de pouvoir incarner des rôles aussi différents les uns des autres : me retrouver dans la peau de cette chanteuse de bar dans Bamako ou interpréter une vendeuse dans un film de Cédric Klapish (Les Poupées russes)

Afrik.com : Vous êtes actuellement sur le tournage de Toussaint Louverture, qui sera également diffusé sur France 2. Comment avez-vous été associée à ce projet ?

Aïssa Maïga :
France et Jean-Lou m’en ont parlé il y a deux ans. Il s’agissait d’un mystérieux projet auquel ils souhaitaient que je participe. Ils travaillent, eux, sur Toussaint Louverture depuis au moins cinq ans. J’ai été très flattée que, depuis le début, ils aient pensé à moi pour incarner Suzanne, la compagne de Toussaint Louverture. J’ai pu suivre les différentes versions du scénario et voir évoluer le casting. C’est d’autant plus exaltant de participer à un tel projet que tous ceux qui ont voulu le réaliser au cinéma ou à la télévision n’ont pas pu le faire aboutir. Toussaint Louverture est un véritable héros de cinéma. Fils d’un esclave africain déporté à Haïti, lui qui ne savait ni lire et écrire a infligé un revers cuisant aux troupes napoléoniennes. Ce self-made man est à l’origine de la première République noire du monde. C’est un projet qui a des vertus pédagogiques, qui témoigne d’un pan d’une histoire collective oubliée qu’il convient de rappeler afin de faire évoluer dans le bon sens notre rapport aux uns et aux autres. Je suis très fière de participer à ce film.

Afrik.com : On vous a vue récemment dans la pièce Les Grandes personnes de Marie Ndiaye. Qu’éprouvez-vous sur les planches ?

Aïssa Maïga :
Ça fait peur. Plus peur qu’au cinéma parce que j’en ai moins l’habitude. Mon personnage et la langue de Marie Ndiaye étaient assez difficiles et j’étais face à de si grands acteurs que je me sentais toute petite. C’était une expérience très riche.

Afrik.com : Quand vous verra-t-on de nouveau sur les écrans ?

Aïssa Maïga :
J’ai trois projets de tournage, magnifiques, dont je ne peux absolument pas parler. Il m’est difficile de ne pas pouvoir les annoncer pour le moment, mais c’est le jeu… Pour ce qui est des sorties, j’ai une participation dans Mineurs 27 de Tristan Aurouet qui sortira en septembre et, dans un autre registre, Houba ! Le Marsupilami et l’Orchidée de Chicxulub réalisé par Alain Chabat.