Aïcha, Bernard, Yazid, Amor et les autres…

Le dernier essai du sociologue algérien Azouz Begag, Les Dérouilleurs, revient sur les destins de ces jeunes des banlieues difficiles qui, dans les années 70 et 80, ont quitté leurs quartiers pour faire leur vie ailleurs, ont  » dérouillé « . Un éclairage nécessaire sur les jeunes des cités d’aujourd’hui.

Se tirer. S’arracher. Se barrer. Se bouger. Se casser. En somme :  » dérouiller « . Définition selon Begag :  » Le contraire de  » rouiller  » au pied de son immeuble, le contraire d’être oisif, de  » tenir les murs.  » Le sociologue algérien Azouz Begag offre une étude riche et passionnante sur ces  » dérouilleurs « , personnes issues des quartiers sensibles qui en sont parties pour  » réussir  » leur vie. Agées de 30 à 45 ans aujourd’hui, elles avaient une vingtaine d’années – voire moins – lorsqu’elles ont  » dérouillé « .

A l’époque, on ne parlait pas encore de  » sauvageons « , les barres n’avaient pas totalement anéanti la solidarité entre voisins, les cités pouvaient encore être considérées comme des terreaux de mixité sociale, les débuts de SOS-Racisme et la marche des Beurs en 1983 avaient suscité l’espoir parmi les  » jeunes issus de l’immigration  » d’alors et leurs rêves d’intégration.

Mobilité et réussite sociale

Azouz Begag analyse le lien entre mobilité et réussite sociale pour ces jeunes, pressés de fuir le délit de faciès et le délit d’adresse et qui ont eu le courage  » d’aller voir ailleurs qui ils sont « . Le poids de la famille et des traditions – surtout pour les filles -, le déclic qui a amené au  » dérouillage  » – les  » passeurs  » et les  » passages  » -, la rupture ou non avec le milieu d’origine.

A travers la centaine d’entretiens menés en 2000 et 2001, se dessine une galerie de portraits attachants et de destins pas ordinaires, tout en  » évitant les exemples de réussite artistique ou sportive trop flagrants « . S’il y est question, à titre d’exemple, de Faudel ou de Jamel, les vrais acteurs du livre sont anonymes. Et si Azouz Begag s’est attaché à choisir un échantillon  » diversifié « , ce sont les dérouilleurs d’origine maghrébine qui en constituent la majeure partie.

Un autre regard

Pour ce travail, le sociologue s’est entouré d’enquêteurs d’origines et de formations diverses : Mohamed Ould-Mebarek, chercheur en sociologie à Lyon-II, Alec G. Hargreaves, expert international sur les questions de banlieues françaises et de productions littéraires des Beurs, Anne Fournand, chercheur en géographie à Paris-IV et Chérifa Amouri, étudiante en sociologie à Paris.

Avec l’exemple des dérouilleurs, le livre nous invite à porter  » un autre regard sur les jeunes des quartiers  » et nous offre certaines clés pour comprendre le fonctionnement de ceux qui habitent les banlieues aujourd’hui. Nécessaire.

Commander le livre : Les dérouilleurs. Ces Français de banlieue qui ont réussi d’Azouz Begag. Editions Mille et une nuits.

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