
Face à une criminalité endémique, l’Afrique du Sud a franchi un nouveau cap sécuritaire. L’armée a été déployée dans plusieurs quartiers sensibles de Johannesburg afin de soutenir la police dans la lutte contre les gangs. Blindés, perquisitions et patrouilles armées témoignent d’une stratégie musclée voulue par le président Cyril Ramaphosa.
Le réveil a été brutal pour les habitants des quartiers ouest de Johannesburg ce mercredi 11 mars. Dans un fracas de métal et de moteurs lourds, une dizaine de véhicules blindés ont investi les rues de Westbury et Riverlea. Ce déploiement marque le passage à l’acte du président Cyril Ramaphosa qui, face à une criminalité galopante, a décidé d’envoyer la Force de défense nationale sud-africaine en renfort de la police. Pour le chef de l’État, l’enjeu dépasse le simple fait divers : le crime organisé est désormais perçu comme une menace directe pour la survie de la démocratie sud-africaine.
Des perquisitions jusque sous les matelas
Sur le terrain, l’opération ne fait pas dans la dentelle. Sous l’œil des photographes, les soldats en uniforme, fusil d’assaut en bandoulière, accompagnent les policiers dans une traque minutieuse. Les scènes se répètent de maison en maison : les militaires soulèvent les matelas, vident les placards et scrutent les moindres recoins à la recherche d’armes ou de stupéfiants.
Cette présence massive vise à briser l’hégémonie des gangs qui se disputent violemment ces territoires, transformant la vie des résidents en un véritable champ de bataille quotidien.
Une nation ensanglantée par soixante meurtres quotidiens
Le diagnostic est sombre. Avec une moyenne dépassant les 60 homicides par jour, l’Afrique du Sud suffoque. À Johannesburg, la violence est alimentée par des guerres de territoire liées au trafic de drogue, mais aussi par les activités périlleuses de l’exploitation minière illégale dans la province du Gauteng.
Le plan gouvernemental, qui doit s’étendre sur une année entière, ne se limite pas à la capitale économique. Il prévoit de couvrir cinq des neuf provinces du pays, incluant la région touristique du Cap, elle aussi meurtrie par les règlements de comptes entre bandes rivales.
Le soulagement teinté de peur des habitants
Pour certains résidents, l’arrivée des blindés ressemble à une bouffée d’oxygène. Cecil Witbooi, un habitant de Westbury âgé de 50 ans, exprime un sentiment partagé par beaucoup : l’espoir de retrouver un sommeil paisible loin des sifflements de balles. Shai-Anne Fisher, mère de trois enfants, veut croire que ce déploiement arrêtera le « massacre » des plus jeunes.
Cependant, le scepticisme reste ancré dans les esprits. Pour d’autres, comme Ali, ce n’est qu’un coup de communication temporaire. La crainte est que, sitôt les militaires repartis, les « seigneurs de la rue » reprennent leurs droits, d’autant que le système judiciaire est souvent accusé de relâcher trop rapidement les criminels arrêtés.
Une stratégie militaire qui divise les experts
Si l’urgence sécuritaire semble justifier l’emploi des grands moyens, la méthode soulève des interrogations persistantes. De nombreux experts et membres de l’opposition critiquent cette « militarisation » du maintien de l’ordre. Le reproche principal réside dans la formation même des soldats, entraînés pour le combat et non pour la police de proximité ou la gestion de foules civiles.
Alors que le nombre exact de militaires mobilisés reste confidentiel, le débat demeure ouvert : l’armée peut-elle réellement soigner les plaies d’une société là où la police et la justice semblent avoir échoué ?




