Africa Race : le nouveau rallye raid africain

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Exit le Paris-Dakar, vive Africa Race. Un autre rallye pour en remplacer un autre fort décrié et qui a choisi de se délocaliser en Amérique Latine. Hubert Auriol, qui a remporté cette épreuve automobile trois fois, est l’organisateur du nouveau rallye raid qui se déroulera du 26 décembre au 11 janvier en terre africaine. Hubert Auriol revient sur la genèse d’Africa Race.

mail.jpgAfrica Race est le nom du nouveau rallye raid qui se tiendra en Afrique du 26 décembre 2008 au 11 janvier 2009. Amateurs et professionnels au volant de leurs différents bolides – motos, quads, autos et camions – partiront d’une ville européenne pour rallier Dakar, au Sénégal, en passant par la Mauritanie et le Maroc. L’organisateur de l’épreuve n’est autre que Hubert Auriol, triple vainqueur du Paris-Dakar. Africa Race se veut plus « écolo », respectueuse de l’environnement, des populations et compte travailler avec les associations africaines et contribuer au développement local des régions traversées.

Afrik.com : Le Paris-Dakar se tient désormais sous d’autres cieux après une annulation pour cause de menace terroriste, notamment en Mauritanie. Qui est à l’origine d’Africa Race qui va clairement remplacer cette épreuve ?

Hubert Auriol :
Le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal m’ont sollicité en mars, à la suite de ces évènements pour réfléchir à l’organisation d’une autre épreuve. Ces pays ont été très affectés par le fait qu’on les considère, du jour au lendemain, comme des pestiférés. J’ai découvert que le Maroc avait été très vexé d’être associé aux soupçons d’insécurité qui ont pesé sur la Mauritanie. J’ai souhaité que leur demande et leur soutien soient formalisés, à la suite de quoi je leur ai fait une proposition qui a été acceptée en avril. Nous avons annoncé le lancement d’Africa Race à Dakar, début mai, à la presse européenne, il y a quelques jours, à Paris. On rentre maintenant dans une phase opérationnelle.

Afrik.com : La création d’Africa Race signe de fait la « mort » du Paris-Dakar en Afrique, du moins tel qu’on l’a connu ces trente dernières années…

Hubert Auriol :
Je n’aime pas trop ce mot, surtout quand il est associé à un rallye auquel j’ai maintes fois participé et que j’ai remporté à plusieurs reprises. Les gens qui sont à la tête de cette épreuve ont pris des options différentes. Le monde est grand, il y a de la place pour tous, comme en témoigne les multiples rallyes qui sont déjà organisés un peu partout sur la planète. Il y a une épreuve qui a 30 ans, une autre qui démarre.

Afrik.com : Dans ces conditions, le Dakar mérite-t-il toujours de porter son nom ?

Hubert Auriol :
C’est plutôt à ses organisateurs de répondre à cette question. Moi, je n’ai pas de problème avec ça. En choisissant de baptiser ce nouveau rallye « Africa Race », nous avons choisi de dépasser Dakar, le Sénégal, pour donner toute sa dimension continentale à cette épreuve.

Afrik.com : Africa Race est un rallye qui subira certainement les mêmes critiques que le Paris-Dakar, compte tenu des contraintes environnementales et énergétiques qui sont les nôtres aujourd’hui. Pourquoi n’avez-vous pas opté pour une épreuve plus écologique ?

Hubert Auriol :
Africa Race a été conçu dans cet esprit. Nous avons crée une catégorie expérimentale dans laquelle pourront concourir de nouveaux types de véhicule, qui sont aujourd’hui au stade d’embryon : des véhicules à hydrogène, hybrides… Je suis très à l’aise sur l’aspect « pollution ». Je ne vois pas pourquoi les gens n’auraient pas droit à un spectacle parce qu’ils vivent dans le désert.

Afrik.com : En plus de la pollution, on a reproché au Dakar de tuer sur son passage…

Hubert Auriol :
Aujourd’hui, on a fait des progrès considérables en matière de sécurité routière. On ne peut pas empêcher un accident de la route. Cependant, nous prendrons toutes les dispositions afin que les conditions de sécurité soient réunies sur le parcours du rallye que nous organisons.

Afrik.com : Africa Race fait la part belle à Chinguetti. Cette ville mauritanienne classée au patrimoine mondial sera l’étape-repos du rallye. Quel sera le parcours d’Africa Race ?

Hubert Auriol :
C’est un peu tôt pour en parler même si j’ai déjà ma petite idée. Chinguetti est une ville majeure, c’était important qu’on associe son nom à l’évènement. D’autant plus que les Mauritaniens ont été très affectés par ce qui s’est passé. Je voue une affection toute particulière à la Mauritanie que j’ai découverte en 1984 et que je connais bien. J’ai été effaré de lire tout ce qui avait été écrit sur ce pays. C’est dans la difficulté que l’on a besoin de ses amis.

Afrik.com : Ce rallye ressemble en effet à une perche tendue à la Mauritanie qui a vu son industrie touristique s’effondrer, en quelques mois, à cause des soupçons d’insécurité qui pesait sur cette destination…

Hubert Auriol :
La problématique de la sécurité se pose pour les trois pays, même si elle est plus actuelle pour la Mauritanie.

Afrik.com : Pourquoi c’est à Hubert Auriol qu’on s’est adressé pour mettre en route ce nouveau rallye ?

Hubert Auriol :
Il serait plus judicieux de poser la question à ceux qui m’ont contacté. Néanmoins, l’Afrique et moi, c’est une longue histoire. En 1978, quand j’ai participé à la première édition du Paris-Dakar, j’avais envie de faire un voyage en moto en Afrique. Du haut de mes 25 ans, j’étais fasciné par ce continent. Aujourd’hui, j’ai la chance d’organiser un évènement qui le met en valeur et qui est en adéquation avec l’époque. Les personnes avec qui nous avons discuté souhaitent tout simplement qu’on s’implique, qu’on ne fasse pas que passer dans leur pays, mais qu’on y séjourne. Africa Race participera notamment au développement local en privilégiant les acteurs économiques locaux. Ce rallye est une façon de mettre l’Afrique à l’honneur, de valoriser toutes ses richesses. C’est une compétition, certes, mais il ne faut pas négliger l’aspect festif. Le tourisme en Afrique a besoin d’un support médiatique pour se développer. Un évènement sportif en est un.

Afrik.com : Des voix, au sein de la société civile en Europe et en Afrique, se sont élevées contre le Paris-Dakar. Elles s’élèveront certainement contre Africa Race, comme on le voit déjà sur le Net. Que pourriez-vous dire à vos détracteurs ?

Hubert Auriol :
D’abord que nous ne sommes pas là pour dire qu’on a raison. Je suis prêt à écouter tous les arguments qui me seront opposés mais je ne me plie à aucun diktat, encore moins de ceux qui croient qu’ils ont la solution. Personne en Afrique ne nous reproche de leur rendre visite. Au contraire.

La revue Trek magazine, spécialiste du tourisme d’aventure à lancé une pétition contre la tenue du Paris-Dakar 2009. Plus de 6 000 personnes l’ont signée depuis son lancement en février 2007. Anthony Nicolazzi, journaliste et responsable éditorial du site de la revue donne son avis sur Africa Race. Subira-t-il la même opprobe que son prédécesseur ? « Non », répond ce dernier. « Notre pétition contre le Dakar est avant tout une question de principe puisque nous sommes partisans du voyage à pied. Nous estimons que cette dépense d’énergie considérable est tout a fait déplacée à notre époque, au moment où la protection de l’environnement est devenue une urgence, où les rapports Nord-Sud doivent être reconsidérés. Hubert Auriol a choisi de faire un rallye, on aurait préféré une épreuve plus écologique. Cependant, il n’y a aucune raison de s’opposer à la tenue d’Africa Race, d’autant plus qu’il passera par la Mauritanie qui a souffert de l’annulation du Paris-Dakar pour raisons géopolitiques. Douze mille Mauritaniens ont été les victimes d’une saison touristique 2007-2008 catastrophique. Dans le contexte mauritanien, la tenue d’Africa Race va contribuer au retour de la confiance dans ce pays. Ce qui est une bonne chose. »

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